En inscrivant deux buts à Charleroi, voici dix jours, Olivier Nzuzi (alias "Polo") a évacué toutes ses frustrations. "Cela faisait longtemps que je cherchais à marquer", admet-il. "Chaque fois que l'occasion de jouer m'était offerte, je me mettais en tête que je devais absolument trouver le chemin des filets. Sans cette touche finale, j'avais l'impression que mon travail était inachevé. Un attaquant est jugé en grande partie sur les buts qu'il inscrit et cela me gênait que mon compteur demeurait vierge. J'étais tellement obsédé par les filets adverses que je me suis montré un peu égoïste en certaines occasions. Je m'en excuse. Tous les attaquants sont égoïstes et je n'échappe pas à la règle. Le bonheur tant recherché est enfin venu à Charleroi. Un club qui me réussit bien: j'ai été titularisé deux fois cette saison et c'était chaque fois contre le Sporting. Dans les jours précédant le déplacement au Pays Noir, je sentais qu'un heureux événement allait se produire pour moi. J'en avais fait part à mes copains. Grâce à Dieu, cet événement s'est réalisé. Ces deux buts m'ont libéré d'un poids. Désormais, je me sens plus à l'aise et j'espère que cette sérénité me sera bénéfique pour terminer la saison".
...

En inscrivant deux buts à Charleroi, voici dix jours, Olivier Nzuzi (alias "Polo") a évacué toutes ses frustrations. "Cela faisait longtemps que je cherchais à marquer", admet-il. "Chaque fois que l'occasion de jouer m'était offerte, je me mettais en tête que je devais absolument trouver le chemin des filets. Sans cette touche finale, j'avais l'impression que mon travail était inachevé. Un attaquant est jugé en grande partie sur les buts qu'il inscrit et cela me gênait que mon compteur demeurait vierge. J'étais tellement obsédé par les filets adverses que je me suis montré un peu égoïste en certaines occasions. Je m'en excuse. Tous les attaquants sont égoïstes et je n'échappe pas à la règle. Le bonheur tant recherché est enfin venu à Charleroi. Un club qui me réussit bien: j'ai été titularisé deux fois cette saison et c'était chaque fois contre le Sporting. Dans les jours précédant le déplacement au Pays Noir, je sentais qu'un heureux événement allait se produire pour moi. J'en avais fait part à mes copains. Grâce à Dieu, cet événement s'est réalisé. Ces deux buts m'ont libéré d'un poids. Désormais, je me sens plus à l'aise et j'espère que cette sérénité me sera bénéfique pour terminer la saison". Avec le retour de Nenad Jestrovic, Olivier Nzuzi sait qu'il devrait logiquement retrouver un statut de réserviste : "A Charleroi, j'ai cependant démontré à l'entraîneur qu'il pouvait compter sur moi et c'est le plus important à mes yeux. Si je ne joue que quinze ou vingt minutes par match, je m'en contenterai. A mon âge, ce n'est déjà pas mal". Olivier Nzuzi pourrait, pourquoi pas, endosser un rôle de joker qui devrait lui convenir. Lorsqu'il était entré au jeu contre Beveren, il avait apporté son explosivité à une attaque mouscronnoise en panne d'inspiration. "J'estime cependant que j'avais été introduit trop tard pour pouvoir faire la différence. Les circonstances étaient difficiles, aussi. Le public était de mauvaise humeur. J'ai été surpris d'entendre les supporters siffler. En quatre années à Mouscron, cela n'était encore jamais arrivé. J'ai pensé qu'ils nous abandonnaient et j'ai trouvé cela curieux. Nous ne l'avions pas fait exprès, de livrer une mauvaise prestation. Cela arrive à toutes les équipes. Au bureau aussi, il y a des jours où cela ne tourne pas comme on le souhaiterait. J'espère que la victoire à Charleroi aura contribué à rallier les supporters à notre cause. Ils aiment leur club et ont eu une réaction de frustration. Je ne pense pas qu'ils nous hueront encore. C'est le passé". Olivier Nzuzi semble personnellement avoir marqué des points ces dernières semaines. "Lorsqu'il a appris que je serais titularisé à Charleroi, Gil Vandenbrouck m'a beaucoup parlé", explique-t-il. "Il a insisté pour que je reste concentré et que je fasse abstraction du stress. Il est très attentionné à mon égard. A l'entraînement également, il me conseille sans arrêt. Hugo Broos est plus distant : c'est le patron, il doit être au-dessus de la mêlée. Cela me fait du bien de sentir l'entraîneur-adjoint à mes côtés. Lorsque j'ai tendance à rêver, Gil Vandenbrouck est là pour me réveiller". Olivier Nzuzi joue à Mouscron depuis quatre saisons. "J'avais été découvert par Philippe Saint-Jean, qui m'a fait venir au Futurosport avec trois autres stagiaires: Blaise, Coffee et John. J'avais 17 ans lorsque j'ai quitté mes parents. Ils ont accepté que je tente l'aventure à condition que je termine d'abord mes études. Ce qui a été fait. Lorsqu'ils ont vu que j'avais signé un contrat en bonne et due forme, ils étaient plus rassurés. Pour moi, c'était un rêve qui se réalisait. La perspective de faire carrière en Europe est très attrayante pour tous les Africains. Durant ma première saison à Mouscron, j'ai encore suivi des cours à l'ITEM, mais sans grand enthousiasme. Toute mon attention était déjà portée vers le football. Je suis très rapidement passé en équipe Réserve. La deuxième saison, j'ai intégré l'équipe Première. J'ai alors abandonné l'école. Les autres stagiaires congolais de l'époque ont quitté Mouscron, mais ils sont toujours en Belgique. Blaise est à La Louvière, Coffee à Namur et John à Saint-Josse". Olivier Nzuzi a du mérite de s'être accroché, car la poisse ne l'a pas épargné. Lors de sa deuxième saison à Mouscron, alors qu'il venait à peine d'intégrer l'équipe Première, il a été opéré aux ligaments croisés postérieurs. "Ce fut un très mauvais moment à passer. J'ai été touché lors d'un contact à l'entraînement. Le 27 octobre 1998, je n'ai jamais oublié la date. Une blessure aussi grave alors que je commençais à peine à intégrer l'équipe Première, c'était le pire qui puisse m'arriver. Cela équivalait à une indisponibilité de six mois, plus tout le travail à accomplir par la suite pour retrouver le rythme. Cette perspective m'effrayait. Lorsque l'on m'a communiqué le diagnostic, j'ai failli refuser de passer sur le billard. Je voulais rentrer chez moi, en Afrique. Mes parents m'ont convaincu de me faire opérer en Belgique. Heureusement, j'ai été très bien entouré. Mes copains, qui vivaient encore avec moi à l'époque, m'ont encouragé. Le propriétaire de la maison où nous vivions, Monsieur Paul, a été aux petits soins pour moi. Les kinés de l'Excelsior, Jean-Luc Massin et Christophe Soyez, m'ont toujours soutenu également. Je n'ai jamais été abandonné. L'opération s'est très bien passée. Mais, lorsque je suis revenu sur les terrains, j'avais peur du contact. Je n'osais plus m'engager, ni rechercher le duel, et j'avais donc perdu une bonne partie de mes capacités. Aujourd'hui, touchons du bois, j'ai totalement récupéré et je ne crains plus les contacts. Je n'ai plus souffert que de quelques petites blessures bénignes -une entorse à la cheville notamment- comme tous les footballeurs". Mais il y a la concurrence, qui a failli le conduire au RWDM ou à Mons l'été dernier. "J'avais lu que Mouscron comptait acheter de nouveaux attaquants. Gonzague Vandooren était encore là. Je voyais mon horizon bouché. Le RWDM m'aurait sans doute permis de jouer plus régulièrement, à un échelon plus bas, et les négociations étaient bien avancées. Finalement, elles ne se sont pas concrétisées. Après cela, j'ai entendu que Mons s'est également intéressé à moi. Personnellement, je n'ai pas discuté avec les dirigeants hennuyers. Cela n'a débouché sur rien de concret. Je ne regrette rien. J'aurais sans doute été plus régulièrement titulaire en D2, mais j'effectuais aussi un pas en arrière. L'objectif aurait été de rebondir, ce qui n'est pas toujours évident". Lorsqu'Olivier Nzuzi est revenu à Mouscron, il n'était pas loin d'être considéré comme un attaquant excédentaire. Le transfert de Nenad Jestrovic avait été réalisé. Claude Bakadal était arrivé également. Marcin Zewlakow et Axel Lawarée étaient toujours là. Où allait-on pouvoir lui trouver une place? "Je ne me suis pas découragé", affirme-t-il. "J'ai toujours cru en ma bonne étoile. Je pensais même que j'allais commencer le championnat, car Nenad Jestrovic n'a débuté qu'une semaine avant le commencement de la compétition, lors d'un match amical à Denderleeuw. Il a d'emblée montré tout son talent et a logiquement été titularisé. Je pouvais remettre mes rêves à plus tard. Mais je me suis dit que la saison allait être longue et que l'entraîneur allait avoir besoin de tout le monde. J'ai toujours essayé de rester positif. Lorsque je sens mon moral défaillant, je m'en réfère à Dieu. Je prie et cela me donne du courage. Toute ma famille est très croyante. Mes parents m'ont appris à prier et je n'ai pas dérogé à cette habitude en venant en Belgique. Je prie matin et soir. Avant un match également. Dieu m'accorde sa protection. J'ai besoin de le sentir à mes côtés". Olivier Nzuzi est sous contrat jusqu'en juin 2002. Après avoir failli être cédé en D2, il pourrait prolonger à Mouscron. "Pourquoi pas? Si on me propose une prolongation, j'aviserai. Je sais que la concurrence est rude. Il y a cinq attaquants et nous sommes tous très bons. Il faut sans cesse se battre. Je sais qu'en principe, je ne suis pas considéré comme un titulaire. Mais, dans la vie, il ne faut pas être trop impatient. Je n'entends pas brûler les étapes. Ce sera à l'entraîneur de décider quand je serai prêt. J'ai le temps. Les deux buts inscrits à Charleroi m'ont conféré un capital-confiance. Je peux compter sur ma compagne Sophie et sur mon fils Olivier, né voici quinze mois. Ils me sont d'une aide précieuse. Même si, souvent, mes parents me manquent. Ils sont toujours au Congo. J'aimerais les avoir ici, en Belgique, pour m'encourager. Je ne les oublie pas. Je sais qu'ils ont beaucoup fait pour moi et j'essaye de leur rendre la pareille. Je fais tout ce que je peux pour les aider. Je leur dois bien cela. Car, si je joue au football en Europe, c'est grâce à eux". Olivier Nzuzi est issu d'une famille nombreuse. "Nous sommes huit enfants dans la famille. Quatre garçons et quatre filles. Nous sommes quatre en Europe : deux en France, un à Londres et moi en Belgique. L'aîné de la famille, qui vit en France, est venu à Mouscron le week-end passé. Il vient régulièrement en Belgique, mais c'est la première fois qu'il a l'occasion d'assister à un match. J'espère que je ne l'ai pas déçu". Lors de son premier match en D1, contre le Lierse en fin de championnat 97-98, Olivier Nzuzi avait inscrit un but très spectaculaire. Puis, une blessure l'a plongé dans le trou. Il en est ressorti. Pour de bon? "Je l'espère. Depuis l'âge de 5 ans, je rêve de devenir un grand joueur. Comme Romario, qui était mon idole. Je sais qu'il reste du pain sur la planche. Entre le banc de Mouscron et l'équipe nationale brésilienne, le chemin est long. Mais je n'ai que 20 ans. A 34 ans, Romario est toujours très performant sur la scène internationale. Même si je ne disputerai peut-être jamais une Coupe du Monde, j'ai encore de belles années devant moi". Daniel Devos