Les statistiques dressées après 11 journées de ce championnat confirment la tendance constatée depuis plusieurs années : un joueur italien a aujourd'hui quatre fois moins de chances de faire une apparition en Serie A qu'un étranger. Certes le prix moyen d'un national est le double de celui d'un importé mais il y a aussi le fait que les dirigeants préfèrent se couper un bras plutôt que d'aligner un jeune du cru...
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Les statistiques dressées après 11 journées de ce championnat confirment la tendance constatée depuis plusieurs années : un joueur italien a aujourd'hui quatre fois moins de chances de faire une apparition en Serie A qu'un étranger. Certes le prix moyen d'un national est le double de celui d'un importé mais il y a aussi le fait que les dirigeants préfèrent se couper un bras plutôt que d'aligner un jeune du cru... Demandez à Alessandro Matri (27 ans) ce qu'il en pense, lui qui n'a pas bénéficié du moindre crédit à Milan. Depuis qu'il est devenu un des rares incontournables de la Juventus, on souligne son sens du démarquage dans le rectangle adverse. Et si, comme les fans de la Juve, on ajoute son abattage, son démarrage, sa bonne technique et son sang-froid devant le but adverse, on pourrait même croire qu'il est déjà aussi fort que son idole : Marco van Basten. Matri est un 9 moderne et l'étiqueter " renard des surfaces " est réducteur. Le Juventino multiplie les déplacements et il n'hésite pas à se replier pour effectuer un travail de sape appréciable. Avec 1m84 pour 80kg, il a le même gabarit que van Basten et tourne à la moyenne d'un but toutes les 120 minutes. Il possède un sens de l'anticipation incroyable comme le prouvent ses goals de la tête face à des défenseurs plus centimétrés et son tir est précis : plus de la moitié de ses essais sont cadrés. En revanche, on peut affirmer que van Basten avait de " meilleurs pieds " et du calme : pour atteindre les mêmes résultats que le Hollandais, trois fois Ballon d'Or, il doit encore manger un peu de cotolette alla milanese, un de ses plats préférés ! Quand il ne s'élève pas au rang de virtuose, Matri se fait rapace et marque, comme à Sienne et Florence, des goals qui pèsent lourd et permettent à la Juventus de rêver du titre. Au début de la saison, les pronostics allaient bon train pour savoir qui occuperait le poste d'avant-centre. Ainsi, l'ex-star croate, Zvonimir Boban déclara : " Matri ? Pas mal pour le championnat italien mais si la Juventus va en Coupe d'Europe, je le vois au maximum troisième attaquant ". Cassé, l'attaquant a rétorqué sourire coin : " Ben, si nous allons en Coupe, je m'accommoderai du banc. " Blessé en pleine préparation (entorse à la cheville gauche), Matri est parti avec un léger retard mais il l'a vite rattrapé. Une fois qu' Antonio Conte a mis au placard son 4-2-4 pour le 4-2-3-1, la place en pointe lui a été attribuée. Coup gagnant pour la Juventus qui a vu ses autres centre-avant s'évaporer : Toni est au terminus, Amauri est bazardé, Vucinic, qui n'a jamais beaucoup marqué, est bien plus à l'aise sur un flanc et enfin, Iaquinta est au centre d'une drôle d'histoire. Il se murmure que la drogue serait la cause des blessures à répétition dont il a été victime et que le club, qui n'a jamais voulu communiquer sur la nature des problèmes, l'aurait écarté afin qu'il ne soit pas contrôlé positif. Né le 19 août 1984, Matri ne serait jamais devenu footballeur s'il n'avait pas chuté à vélo. Jusqu'à ses 10 ans, le garçon s'adonnait au cyclisme sous le maillot du Pedale Graffignanino. Cet incident, le fait changer d'avis et il accompagne ses copains qui jouent au foot au collège Don Bosco de Graffignana. En 1995, il s'affilie à la Fanfulla de Lodi où Milan le repère et, à la fin de la saison, l'amène chez les Rossoneri. En 2002, il intègre le noyau pro mais ne totalise qu'une seule apparition tout en fin de championnat 2002-2003. Milan décroche des trophées mais Matri peut, quand il en a la chance, suivre du banc les coups de patte de Shevchenko. Lassé et forcé, il commence son tour d'Italie en 2005 : Milan le prête une saison à Prato (D3), à Lumezzane (D3) et à Rimini (D2) avant de s'en débarrasser. En juin 2007, Cagliari achète la moitié du carton du joueur. Bien que peu aligné, un an plus tard, la direction sarde propose 2,3 millions à Milan pour acquérir complètement l'attaquant. Cagliari a eu le nez fin : Matri grandit, marque sept fois d'affilée et totalise 13 buts. 2010-2011 démarre par un doublé contre la Roma et trois autres suivront. Le 31 janvier 2011, la Juventus met 2,5 millions sur la table et le 21 juin 2011, lève le droit d'option fixé à 15,5 millions. Arrivé comme joueur glamour, en raison de sa relation avec la super populaire velinaFederica Nargi, Matri a prouvé depuis qu'il était un cannoniere de race. Ses deux premiers buts sous le maillot de la Juventus, il les marque contre Cagliari où le public le siffle. Mais sur le plan sportif, la Juve connaît de gros problèmes que Mitra Matri (Matri la mitraillette) ne peut régler seul. Malgré la tactique ultra défensive prônée par Del Neri, qui le laisse souvent seul devant, il atteint le total de 20 buts (11+9) et devient le seul joueur de champ à avoir pris part aux 38 rencontres des deux derniers championnats. Un bilan aussi positif ne pouvait s'accompagner que par un appel en équipe nationale. Prandelli le convoque pour le match contre l'Allemagne (9 février) mais ne l'aligne pour la première fois qu'en mars contre l'Ukraine. Monté au jeu à la 61e, il signe le 0-2 de la victoire. Timide et même réservé, les supporters de la Juventus voient désormais en lui le nouveau Trezeguet et ne le considère plus comme " le fiancé de la jolie poupée de la télé ". PAR NICOLAS RIBAUDO - PHOTO : REUTERS Quand il ne s'élève pas au rang de virtuose, Matri se fait rapace et marque.