"Ce renouvellement doit permettre de diminuer l'écart avec le subtop européen... ", Pol Jonckheere, le président brugeois, s'était, sourire en coin, exprimé de la sorte le 17 mai dernier lors de la présentation à la presse de sa nouvelle structure dirigeante. Un comité managérial de huit personnes devant se réunir toutes les semaines afin de booster le Club sportivement et économiquement. Et pour cela, le président posait fièrement avec sa nouvelle recrue : Patrick Orlans, intronisé Commercial and Operational Manager. Ce, une semaine après la démission du directeur général, Filips Dhondt, étiqueté dernier homme de Michel D'Hooghe à qui Jonckheere a succédé il y a un an.
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"Ce renouvellement doit permettre de diminuer l'écart avec le subtop européen... ", Pol Jonckheere, le président brugeois, s'était, sourire en coin, exprimé de la sorte le 17 mai dernier lors de la présentation à la presse de sa nouvelle structure dirigeante. Un comité managérial de huit personnes devant se réunir toutes les semaines afin de booster le Club sportivement et économiquement. Et pour cela, le président posait fièrement avec sa nouvelle recrue : Patrick Orlans, intronisé Commercial and Operational Manager. Ce, une semaine après la démission du directeur général, Filips Dhondt, étiqueté dernier homme de Michel D'Hooghe à qui Jonckheere a succédé il y a un an. Pour bien marquer le schisme entre les deux présidences, Jonckheere avait débuté son ère par un changement sportif et la venue du Hollandais Adrie Koster comme coach. Cette année, il a poursuivi son £uvre en modernisant les cadres, en redonnant un coup de neuf à la cellule dirigeante. D'où Orlans. " Qui ?", peuvent légitimenent se demander les moins de 30 ans. Arrivé de Lokeren, où il occupait le poste de directeur général, ce Gantois de 54 ans n'était pas des plus médiatiques ces dernières années, surtout pour la partie sud du pays qui ne retient généralement du club du pays de Waes que son homme fort, au sens propre comme au sens figuré, Roger Lambrecht. Mais ce manque d'éclat n'a pas toujours entouré la personnalité d'Orlans. Loin de là. Durant les années 90, il crève l'écran. On le voit partout et portant toutes les casquettes. Il est le symbole du conte de fées qui va entourer le club d'Alost, au mitan des nineties. Gilles De Bilde empoche le Soulier d'Or en 1994 sur un seul tour de scrutin, suivi d'une quatrième place synonyme de soirées - très arrosées - européennes, lors de la saison 1995-1996. Et pourtant, l'Eendracht Alost n'avait auparavant jamais marqué l'histoire du foot belge ; végétant de 1945 à 1991 entre la Division 3 et la Division 2. Pour seuls faits d'armes, on pointera la fin de carrière de Paul Van Himst dans ce club et quelques affaires (déjà) peu reluisantes. Quand Orlans débarque en 1991 du Racing Heirnis Gand, club alors en D3, où il avait occupé les fonctions de joueur, entraîneur et dirigeant, Alost accroche la montée en D1 via le tour final. D'un point de vue structurel, l'Eendracht n'est pas prêt et replonge 12 mois plus tard en D2. La ville, dont les citoyens sont réputés pour leur goût prononcé pour la fête, se réveille avec la gueule de bois. Le président d'alors, Eric Goethals décide de donner à Orlans les pleins pouvoirs. Le golden boy en herbe dispose, dixit la légende, comme seul meuble dans son bureau, d'une chaise. Pour couronner le tout, le club a une ardoise de 40 millions de francs belges (un million d'euros). Orlans n'en a cure et fait parler son inventivité pour attirer le chaland. Exemple parmi d'autres : l'ex-Sérésien et joueur du PSG, Jules Bocandé est prêt à venir contre 37.500 euros par an. Pour le faire signer, le nouveau commercial de Bruges produit des posters avec l'inscription " de retour van Jules " sur lesquels les entreprises peuvent afficher leur pub en échange de 1.250 euros. Orlans met aussi sur pied un dîner de gala à 250 euros la place. Le grand Sénégalais jouera à Alost... Mais la personnalité d'Orlans ne se confine pas qu'à des idées purement commerciales. Issu du sérail, ce fils de Richard, ex-Diable Rouge, s'attribue la venue de De Bilde, alors totalement inconnu, qu'Alost revendra pour 2 millions d'euros à Anderlecht. Il officie à tous les étages du club mais ne reste pas dans l'ombre car le personnage est volubile, doté d'un flot de mots branché sur haut débit, et aime par dessus tout se mettre en scène. Des soirées after foot où la gent féminine se presse et le champagne coule à flots sont organisées le dimanche après-midi. Orlans, chanteur dans l'âme, n'hésite pas à y pousser la chansonnette et imiter son idole, Gilbert Bécaud avec le cultissime Et maintenant... Et bien justement, Orlans voit toujours plus grand. Il organise notamment des concerts dans le petit stade alostois où débarque Andrea Bocelli ou le grand Bécaud. Les groupes soul Sister Sledge et The Three Degrees s'y produisent également. La cité des Oignons est rebaptisée la Motown belge. Lui est surnommé le nouveau Michel Verschueren. " Pour mes 40 ans, Michel m'a envoyé un plateau avec l'inscription au numéro 2 ", a-t-il confié à Sport/Voetbal Magazine il y a dix jours. " J'ai eu la possibilité de travailler pour Anderlecht. Lors d'un tirage européen à Genève, Verschueren m'a demandé si j'étais intéressé de bosser avec lui. " Orlans a alors la cote et est moins regardant à la dépense, le bouillant public alostois est aussi de plus en plus ambitieux. Arrivent Kristof Lauwers (et son gros contrat) ou Philippe Vande Walle à coups de millions, des transferts qui se terminent en flops. " On a été un peu aveuglé par le succès. Pendant quelques années, on s'est pris pour le Roi Midas, tout ce qu'on touchait se transformait en or ", avouera-t-il à notre pendant néerlandophone. Même si plus tôt dans l'interview, il déclarait : " Quand je dois chercher des sous, j'en trouve la plupart du temps. J'ai toujours apporté plus que je n'ai coûté. J'ai le talent pour ça. " Sauf qu'à Alost le conte de fées se transforme en cauchemar. Sa flamboyance se ternit et le charme commercial d'Orlans n'opère plus et fait de plus en plus penser à un dragueur de fin de soirée. Il va même, toujours dixit la légende, jusqu'à dépenser en janvier 1997, 90.000 francs belges (2.250 euros) dans une voyante afin de prédire l'avenir de l'Eendracht en D1. Jusque-là, ça peut prêter à sourire sauf que si sauvetage miraculeux il y a, il est entaché d'une tentative de corruption. Trois joueurs de clubs adverses au moins disent avoir été approchés pour influencer des rencontres en faveur d'Alost. La commission de contrôle de l'Union belge s'empare du dossier et exige un an de suspension pour Orlans qui est cité dans l'affaire. Les preuves sont toutefois insuffisantes. Orlans est disculpé. L'instruction sanctionnera Eddy Roelandt et Bart De Bruyne de respectivement deux et dix ans de suspension. Ces entremetteurs et managers, ont régulièrement entouré l'Eendracht, à l'image de Staf Blanckaert, réapparu dans l'affaire de la montée du Lierse cette année. Autant Anderlecht est réputé pour son jeu léché et le Standard pour sa furia, autant Alost s'est créé au fil du temps une réputation bien moins... sportive. " J'avais quelques joueurs à De Bruyne, j'ai bu quelques pintes avec lui et j'ai aussi été me couper les cheveux ( NDLR, chez le coiffeur Blanckaert), mais ce que ces gens faisaient à côté, ça je n'en savais rien ", dit Orlans dans S/V Mag. Les mauvaises langues diront que Patrick Orlans connaît aussi bien les dessus de table (des fins de soirée) que les dessous de table. Voilà pour les mauvaises langues. Ce dernier rétorquera, à raison, qu'il n'a jamais été inculpé. Mais les ennuis ne s'arrêtent pas là. En 1999, Hans Slagmulder, un ancien collaborateur commercial, accuse son boss de s'enrichir sur le dos du club, raconte De Krant Van West-Vlaanderen. Dans le stade Pierre Cornelis, l'image de Patje s'écorne de plus en plus, jusqu'à ce qu'il soit sifflé dans les tribunes, d'autant que la caisse accuse un trou de 2,5 millions d'euros. Un gouffre qui plonge le club dans la faillite. Pour info, l'Eendracht se bagarre aujourd'hui en D3... Orlans trouve cependant une porte de sortie et signe en 2000 à Lokeren. Finis les feux des projecteurs, le nouveau directeur général est confiné à une salle des fêtes qu'il met sur pied ; une véritable réussite de l'avis de tous les convives qui peuvent encore entendre la tessiture de Mister Orlans. Mais il n'est plus le seul maître à bord. Le patron, c'est Lambrecht, un tout autre calibre. Reste que l'égo ou l'humour, c'est selon, reste bien présent chez Orlans. " Tel un vrai Henry Kissinger, j'ai dégelé cette guerre froide ", pour exprimer le réchauffement des relations entre la Ville de Lokeren et le Sporting local. Ses dix ans de service à Lokeren ont, semble-t-il, fait leur effet au-delà du Daknam puisque la direction du Club était venue une première fois aux nouvelles l'an dernier pour s'attacher ses services. " A cette période, je ne pouvais pas accepter. J'avais le projet d'agrandir le stade et de construire des tribunes derrière les goals, grâce à l'apport d'entreprises familiales. A partir du moment où ce projet fut enterré, j'étais disponible pour Bruges. "Chez les Blauw en Zwart, on espère d'Orlans qu'il déniche de nouveaux sponsors mais pas seulement. Qu'aussi, des soirées, des events, encadrent les matches. Sur ce point, au moins, on peut lui faire confiance... l Les mauvaises langues disent qu'Orlans connaît aussi bien les dessus de table (des fins de soirée) que les dessous...