On oublie trop souvent l'évidence. Celle sans laquelle rien ne serait possible. Sans curé, pas de mariage. Sans cochon, pas de jambon. Sans bras, pas de mains. Mais surtout : sans arbitre, pas de football. On adore les détester, on adore en faire les responsables de nos erreurs. Mais à travers quelques lignes, on peut leur faire part de notre profond respect. Pas facile d'être une éponge à insultes. D'être l'objet préféré de notre mauvaise foi. D'être celui qui devrait être surhumain. D'être celui qui ne se trompe jamais. Nous devons veiller à ce qu'ils ne deviennent pas une espèce en voie de disparition. Que le réchauffement climatique (des tribunes) n'ait pas de prise sur eux. Parmi eux, il y en a un qui vient d'entrer dans l'histoire. Monsieur Mike Dean vient de fêter son 500e match de Pr...

On oublie trop souvent l'évidence. Celle sans laquelle rien ne serait possible. Sans curé, pas de mariage. Sans cochon, pas de jambon. Sans bras, pas de mains. Mais surtout : sans arbitre, pas de football. On adore les détester, on adore en faire les responsables de nos erreurs. Mais à travers quelques lignes, on peut leur faire part de notre profond respect. Pas facile d'être une éponge à insultes. D'être l'objet préféré de notre mauvaise foi. D'être celui qui devrait être surhumain. D'être celui qui ne se trompe jamais. Nous devons veiller à ce qu'ils ne deviennent pas une espèce en voie de disparition. Que le réchauffement climatique (des tribunes) n'ait pas de prise sur eux. Parmi eux, il y en a un qui vient d'entrer dans l'histoire. Monsieur Mike Dean vient de fêter son 500e match de Premier League. Un homme en noir plein de couleurs. Parmi elles, on retrouve celles de Tottenham et Tranmere. Aussi incroyable que vrai, il ne s'est jamais caché d'être supporter de ces deux clubs. Une sincérité formidable qui ne l'a pas empêché d'être le doyen de la profession en Angleterre. Le plus sublime, c'est qu'il a souvent arbitré Tottenham et qu'on l'a même surpris à fêter des buts des Spurs quand il les arbitrait. Des petites attitudes qui se voulaient discrètes, mais qui ne l'étaient pas assez. Vous imaginez les polémiques. Du côté des supporters d'Arsenal, l'ennemi ancestral de Tottenham, on est convaincu d'en être victime. Ils ont sorti une stat : Monsieur Dean siffle un péno tous les 21 matches en faveur d'Arsenal. En comparaison, il sifflerait un péno tous les quatre matches pour Manchester United. Rien à voir donc avec Tottenham. Arsenal ne gagnerait que 42% de ses matchs quand c'est lui au sifflet. Soit 10% de moins que ce qui était la moyenne des Gunners jusqu'en 2018. Vérification faite, jusqu'à aujourd'hui, Arsenal n'a pas perdu un seul match sous son autorité depuis 2015. Cela dit, il lui est arrivé d'être relégué pour quelques matches en division 2, histoire de calmer les polémiques. Pas toutes liées à sa soi-disant sympathie pour les Spurs : au début de sa carrière, il a été suspendu trois mois parce qu'il travaillait à la promotion d'une entreprise de paris... hippiques. Un vrai hippie, on vous disait. Cela dit, aimer un club est une chose, faire perdre un concurrent en est une autre. On ne tient pas 500 matches dans le championnat le plus regardé du monde si on n'est pas fiable. Notre Mike est aussi un grand supporter de Tranmere Rovers, club de League One, l'équivalent de notre division 3. En mai dernier, les caméras de télévision l'ont surpris en pleine expression de son amour. Match de play-offs pour la montée, Tranmere se qualifie à la dernière seconde pour la finale. Et voilà que notre Mike se retrouve en gros plan, en transe, debout sur une balustrade les bras levés au ciel hurlant sa joie. L'expression de la passion passe avant la réserve qui requiert la fonction. Sublime de vérité. D'humanité. C'est également sa signature sur les terrains. Il est coutumier des cartons à l'aveugle. Comme les joueurs font parfois des passes, lui donne des cartes en regardant ailleurs. Souvent adressées à des joueurs qui l'ont insulté. Il lui arrive aussi de se mettre dans les lignes de passes et de laisser passer le ballon entre ses jambes. Un petit pont en forme de pont entre le censeur et les joueurs. Une façon de rappeler que les arbitres jouent avec, qu'ils font partie du jeu. Comme nous on joue parfois avec eux. Souvenir personnel : je porte le maillot du FC Liège. Monsieur Ponnet nous arbitre. Il me donne un carton jaune et me gueule : " Waseige, tu vas te calmer ! ". Je lui répond : " Monsieur Ponnet, appelez-moi Fred, comme tout le monde ". Depuis ce fait, il m'a appelé Fred et ne m'a plus jamais donné de carton. Les arbitres sont des hommes. Faits d'émotions et de passion. Mais aussi de courage. Celui d'assumer le mauvais rôle. Sans les hommes en noir, les acteurs du plus grand cinéma du monde resteraient à jamais dans l'ombre.