"Vice-champion et vainqueur de la Coupe : la saison du Standard est réussie. Les supporters n'avaient pas à s'inquiéter ", a lâché Sébastien Pocognoli à l'issue de la victoire contre Westerlo (2-0). Une équipe liégeoise consciencieuse et appliquée a fini sur une bonne note une saison terminée tambour battant, en prenant la mesure de son adversaire dans un stade complètement acquis à sa cause. Une sixième Coupe de Belgique dans l'escarcelle liégeoise, 18 ans après la dernière. L'échec dans la lutte au titre avait donc été oublié et voici dix jours, c'était tout le peuple rouche qui s'était déplacé pour fêter son équipe, celle qui restait sur une série impressionnante.
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"Vice-champion et vainqueur de la Coupe : la saison du Standard est réussie. Les supporters n'avaient pas à s'inquiéter ", a lâché Sébastien Pocognoli à l'issue de la victoire contre Westerlo (2-0). Une équipe liégeoise consciencieuse et appliquée a fini sur une bonne note une saison terminée tambour battant, en prenant la mesure de son adversaire dans un stade complètement acquis à sa cause. Une sixième Coupe de Belgique dans l'escarcelle liégeoise, 18 ans après la dernière. L'échec dans la lutte au titre avait donc été oublié et voici dix jours, c'était tout le peuple rouche qui s'était déplacé pour fêter son équipe, celle qui restait sur une série impressionnante. " On n'a pas eu les équipes les plus faciles de cette Coupe avec l'Antwerp, Genk, Malines et Gand. On méritait donc cette victoire qui récompense le travail de toute une saison. " C'est pourtant des tribunes que l'arrière gauche du Standard a vécu l'apothéose. Blessé contre Anderlecht, c'est à coup d'infiltrations qu'il avait pu participer au sommet contre Genk. Le match de trop pour lui qui s'était arraché ces derniers mois pour revenir à un très haut niveau. Il y avait celui qu'on avait élu parmi les meilleurs joueurs du tournoi olympique, à Pékin en 2008, celui qui avait réussi à séduire Louis van Gaal à l'AZ par son mental, celui qui revenait au Standard pour y briller. Assurément une fameuse recrue pour le cercle liégeois ! Celui pour lequel le Standard a fait une exception en sortant le chéquier (2,2 millions d'euros) en janvier 2010. Celui qu'on croyait parti pour arpenter, pendant des années, un flanc gauche des Diables Rouges bien dégarni en talent pur. Il y aura le Poco renaissant de 2011 ! Pourtant, pendant six mois, on a bien cru, sur les hauteurs du Sart Tilman, avoir réalisé une mauvaise affaire. Son statut fut discuté et remis en question. Il goûta même du banc, le temps de matches à Malines et face à Charleroi cette saison. Le doute a donc duré quelques mois avant qu'on ne retrouve le vrai Pocognoli au sortir de l'hiver. Au point de susciter, de nouveau, les éloges et d'inscrire le flanc gauche du Standard parmi les atouts et les forces de la furia liégeoise lors de ces play-offs. Pourquoi a-t-il mis autant de temps à s'adapter au jeu du Standard ? Comment s'est-il remis sur les rails ? Et pourquoi cartonne-t-il actuellement ? Comment expliquer qu'un joueur dont le style correspond à merveille à celui du Standard, un Liégeois qui se revendique et qui aime sa ville, n'ait pas réussi à s'imposer d'emblée au Standard ? Première explication : le timing de son arrivée. Débarqué à Sclessin en plein marasme, dans une équipe à la dérive, Pocognoli a été pris pour le messie. " Quand l'équipe était à la traîne, il ne pouvait pas à lui tout seul la relever ", explique son agent, Kismet Eris. " La somme de transfert l'a sans doute un peu bloqué. Il se rendait compte que ses prestations n'étaient pas bonnes et il a éprouvé des difficultés à gérer cela. " Ni par sa position (défenseur latéral), ni par son âge, Pocognoli ne pouvait tout changer au Standard. " Beaucoup de gens oublient qu'il n'a que 23 ans ", lâche Philippe Léonard. " Il est parti très tôt à l'étranger et même s'il y a acquis un certain bagage, il a encore une belle marge de progression. Il y a eu trop d'attentes, trop vite. On lui demandait de devenir le patron de cette équipe et il n'était pas encore prêt à le faire. On ne devient pas une idole juste en partant à l'étranger. L'âge et l'expérience comptent également. " Le label " parti à l'étranger " emporte tout sur son passage. Cela joue peut-être sur un CV mais cela n'aide pas le joueur. " Quand tu viens d'un club étranger, on attend beaucoup de toi au Standard ", analyse Eric Deflandre, revenu de Lyon au Standard en 2004, " Tu dois toujours être à niveau et tu ne peux pas te permettre d'avoir des états d'âme. Il faut être soutenu, t'adapter le mieux possible, te mettre le moins de personnes à dos. " Pourtant, ses débuts, sans être fracassants, furent de bonne facture, comme en témoigne son but victorieux face à Westerlo juste après son arrivée. Mais ses prestations déclinèrent par la suite. Entraîné par la spirale négative des résultats du Standard ? Oui, mais pas seulement. Le poids du maillot joua également. " Cela peut arriver qu'un joueur, formé au Standard, dont le rêve est de porter le maillot de l'équipe première, se mette une pression particulière quand il revient ", explique Etienne Delangre, " Cela n'est pas facile à gérer. C'est un élément qu'on ne maîtrise pas mais dont il faut tenir compte car, même inconsciemment, cela joue un rôle. " Le stress d'un retour dans sa ville, dans son club ? Possible. Probable. " Mais, comme il était à Liège, près de ses amis et de sa famille, il a pu se ressourcer plus facilement ", nuance Eris. " On l'a aidé à relativiser ". C'était l'époque des deux cartons rouges, l'époque de l'engueulade dans les vestiaires avec l'entraîneur, l'époque des doutes. Dominique D'Onofrio avait alors décidé de changer Daniel Opare de flanc. " Les médias en ont fait toute une affaire ", commente Eris. " C'est arrivé à une époque où Opare avait fait deux bons matches. Cela tournait bien et cela devenait difficile de l'enlever de l'équipe. Dire qu'il a fait la fête en se retrouvant sur le banc, ce serait mentir, mais cela a eu le mérite de montrer que personne n'était sûr de sa place. " Dominique a passé l'éponge et a surtout compris ce que pouvait lui apporter un Pocognoli en forme. " Ce n'est pas cet accroc entre les deux qui a freiné l'évolution de Pocognoli ", affirme Léonard, " Au contraire, Dominique a très bien compris et évalué la situation. Il estimait qu'il n'apportait pas ce qu'on attendait de lui. Le placer sur le banc fut une manière de lui faire comprendre qu'il ne devait pas s'endormir sur ses lauriers. Parfois, cela n'est pas plus mal. Le banc n'est pas toujours une punition. Moi, quand je connaissais de moins bonnes périodes avec Monaco, c'est comme cela que fonctionnaient Claude Puel et Jean Tigana. Dominique n'est pas rancunier. D'ailleurs, maintenant, Pocognoli joue et il est bon. La preuve que sa méthode a bien marché. " Indéniablement. Car, à force de se demander pourquoi il ne retrouvait pas son niveau de l'AZ, certains se sont demandé s'il convenait au Standard. Et pourtant, son style rappelle celui des glorieux aînés, ceux qui ont forgé la légende de Sclessin. Que ce soient les idoles comme Eric Gerets ou les travailleurs de l'ombre comme Delangre. " Il me fait un peu penser à moi ", reconnaît Delangre. " Il ne fait jamais tâche quand l'équipe tourne bien et quand elle tourne mal, il ne va pas solutionner les problèmes par des trouvailles exceptionnelles... mais on ne pourra rien dire concernant son engagement et sa combativité. C'est le type de joueur sur lequel on peut compter à n'importe quel moment. Ce qui n'est pas le cas, cette saison, d'autres joueurs offensifs qui sont bien plus irréguliers, que ce soit sur une saison ou même au sein d'un match. " " Sa mentalité colle à celle du Standard ", corrobore Léonard. " Il ne lâche rien, va faire le pressing, est rageur et n'a pas peur de mouiller son maillot. Le sien, à la fin d'un match, il faut le laver, hein ! "Tout était donc une question de temps. Les supporters, eux, ne se sont jamais posé la question, intégrant rapidement Poco comme un des leurs. " Il a la mentalité Standard. Un guerrier. Le genre de joueur qu'on apprécie particulièrement ", lâche Tony Russo, un des responsables du site internet RSCL. " On l'a intégré d'autant plus facilement qu'il a fait ses classes au Standard et qu'il se revendiquait lui-même supporter du Standard lorsqu'il évoluait à l'AZ. On ne peut qu'apprécier un joueur pareil. D'ailleurs, quand il a été écarté, cela nous a fait bondir. Même quand il est moins bien, c'est le genre de joueur qu'on soutient plus facilement car on sait que quand un type comme cela est moins bien, c'est qu'il y a quelque chose derrière. Alors, oui, il jouit d'une grande popularité et d'un énorme crédit. Il faudrait qu'il commette vraiment un acte répréhensible pour qu'on ne l'aime plus. S'il est un peu moins populaire qu' Axel Witsel ou Steven Defour, c'est simplement parce qu'il se vend moins bien, il est plus réservé. " " Au Standard, même quand tu as réalisé cinq mauvais matches, il en suffit d'un bon pour te faire soutenir par ce public extraordinaire ", commente Eris. " Tu reçois énormément de soutien de ce public. En retour, il attend de toi que tu donnes tout. En bref, on peut dire qu'il est chez lui au Standard et à Liège. " Et pour expliquer ces débuts compliqués ? " Dites-moi dans quelle famille il n'y a parfois pas des petites disputes. Cela reste malgré tout la famille ! ". Pocognoli a forcé le respect en montrant deux facettes : celle d'un défenseur hargneux, qui ne lâche rien et qui effectue sans doute les tackles les plus propres de Belgique ; et celle d'un joueur arpentant sans relâche son couloir et offrant des centres millimétrés. Pendant quelques mois, le Pocognoli-partant-à-l'abordage ne fut pas trop d'actualité. " Ce n'est pas une question de savoir quand monter ou pas ", explique Léonard. " La première tâche d'un défenseur consiste à défendre. C'est la base. Si tu amènes deux, trois actions dangereuses par tes débordements, tant mieux mais cela ne doit pas empiéter sur ton travail défensif. Encore moins quand cela ne va pas trop. Là, tu dois prioritairement te concentrer sur ton travail défensif, en tenant ton adversaire direct et en l'empêchant de centrer. En période de crise, Daniel Opare montait également moins souvent. Aujourd'hui, la défense est en place, encaisse moins et donc, les latéraux peuvent remonter. " " Tout back qui aime monter doit aussi pouvoir assurer la couverture défensive ", analyse Deflandre. " Si vraiment il faut lui trouver un petit défaut, je dirais que son replacement défensif est un peu trop lent. Il faut savoir trouver le bon équilibre entre la défense et l'attaque. Dominique D'Onofrio m'a souvent tapé sur les doigts car j'aimais bien monter. A la fin, je me concentrais davantage sur mon travail défensif, parfois aux dépens de mes qualités mais je le faisais parce que l'on me le demandait et pour le bien du groupe. "Depuis plusieurs semaines, Pocognoli a trouvé le bon équilibre entre tâches défensives et apport offensif. " Ses centres font mal à l'adversaire car ils aboutissent toujours entre le gardien et le point de penalty, là où c'est très délicat pour le défenseur adverse d'intervenir ", remarque Léonard. Si Poco a renoué avec ses centres assassins, il le doit à la nouvelle configuration de l'équipe et pas seulement à un retour de la confiance. L'arrivée de Jelle Van Damme l'a libéré. " Son rôle offensif dépendait beaucoup du joueur devant lui ", raconte Eris, " Avec Van Damme, il y a une complémentarité incroyable, comme s'ils avaient toujours joué ensemble. Quand il monte, il sait qu'il va être couvert par Van Damme. Quand il s'appuie sur Van Damme, il sait qu'il va retrouver le ballon. Et même quand il y a du grabuge et que Poco est pris à partie ( NDLR : comme face à Gand), Van Damme vient le défendre. Récemment, les joueurs de Genk avaient vu que le trafic aérien constituait son point faible et dégageaient tout sur son côté. Van Damme l'a vu et est venu l'épauler. " " Le flanc gauche du Standard fait particulièrement bonne figure ", corrobore Deflandre. " Les deux joueurs ont joué aux deux positions : ils savent dédoubler, délivrer de bons centres. C'est rare de voir une telle connivence sur un flanc. "" Je me souviens l'avoir rencontré alors qu'il évoluait à Genk ", relate Delangre, " Il hésitait entre la place de back gauche et celle de médian gauche. Il a bien fait d'opter pour le poste de défenseur car il y a plus d'avenir. " Si Pocognoli et Van Damme s'entendent aussi bien, c'est sans doute parce qu'ils connaissent les exigences des deux postes et qu'ils ont mené la même réflexion quant à leur meilleure position. Cela donne une complémentarité renforcée par quelques différences, notamment au niveau du gabarit. Pocognoli apporte plus de vitesse quand Van Damme déménage davantage. Un beau duo. Aujourd'hui, il respire donc la forme. " C'est un garçon bien en place ", explique Léonard quand on lui demande de détailler les qualités du latéral. " Il ne lâche rien, il est dur dans les contacts, se retrouve rarement au sol, ce qui n'est jamais bon pour un latéral, et quand il va au sol, il repart souvent avec le ballon. Il se retourne rapidement et se fait prendre rarement dans le dos. Il couvre son intérieur et mène souvent son adversaire vers le point de corner. "Son jeune âge pourrait le priver d'un manque d'expérience et de vécu. Mais ce n'est pas le cas. " A 23 ans, il montre déjà qu'il a une certaine expérience de ce poste de back gauche et il se sert de celle-ci quand il est moins bien dans un match ", avoue Delangre. A 23 ans, il ne peut que progresser et améliorer certains points faibles (jeu aérien) et deviendra encore plus fort dans son placement au fur et à mesure des années. PAR STÉPHANE VANDE VELDE" On ne devient pas une idole naturelle juste en partant à l'étranger. " (Philippe Léonard) " Avec Van Damme, il y a une complémentarité incroyable. Comme s'ils avaient toujours joué ensemble. " (Kismet Eris)