Le climat était lourd en ce début de semaine à La Louvière. Flottait dans l'air une nauséabonde odeur de suspicion. Le staff technique parlait de manière à peine voilée de "sabotage", à Genk. En découlaient un florilège de procès d'intention. Autant le dire clairement, nous sommes passés à quelques millimètres de véritables drames humains.
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Le climat était lourd en ce début de semaine à La Louvière. Flottait dans l'air une nauséabonde odeur de suspicion. Le staff technique parlait de manière à peine voilée de "sabotage", à Genk. En découlaient un florilège de procès d'intention. Autant le dire clairement, nous sommes passés à quelques millimètres de véritables drames humains.Heureusement, ils furent évités. De justesse. Sentant la crise poindre son museau, Jean-Claude Verbist et Filippo Gaone ont rangé leurs querelles au placard. Ensemble, ils se sont rendus dans le vestiaire. C'était lundi. La teneur profonde cette réunion restera secrète. D'autant plus qu'actuellement, au Tivoli, on ne se bouscule pas pour parler à la presse. Clairement mis en cause par Daniel Leclercq, les anciens ont senti l'haleine glacée du couperet lécher leur nuque. Concernés au premier chef, Thierry Siquet et Domenico Olivieri ne se sont pas débinés.Pouvez-vous réellement affirmer qu'aujourd'hui, l'abcès est crevé?Domenico Olivieri: Je l'espère. Le tour de table s'est avéré ultra-positif. A mes yeux du moins. L'occasion nous a été donnée de faire valoir notre point de vue. Nous avions aussi besoin de libérer notre conscience. Thierry Siquet: Ce fut long. Plusieurs heures. Il arrive un moment où lâcher ce que l'on peut avoir sur le coeur devient nécessaire. On n'avance pas en gardant pour soi des rancoeurs. Dans ces cas-là, elles ne cessent de grandir. Je suis sorti soulagé de ce huis clos. Catastrophe au LimbourgPour l'un comme pour l'autre, la dernière rencontre de championnat fut catastrophique.Olivieri: Evidemment. S'il existe un terrain où je n'ai pas envie d'être ridicule, c'est à Genk. Prendre 5-1 devant ces milliers de personnes qui m'apprécient et que je respecte énormément, ressemble à une gifle. Là n'est pas le plus important toutefois. Je retiens que nous venons de subir un 0 sur 9, nous inclinant sur des scores ressemblant davantage à des parties de mini-foot. Siquet: Pour ma part, j'ai vécu l'après-midi à la manière d'un cauchemar. Après un quart d'heure, je me sentais à côté de mes pompes. J'ai demandé à l'arbitre l'autorisation de m'hydrater. Après la demi-heure, lorsque le referee a interrompu la partie, j'ai bu abondamment. En reprenant le jeu, j'étais victime de nausées. Mes jambes devenaient de plus en plus molles. Puis elles ne m'ont plus porté. Si je n'ai pas perdu conscience, je me demandais où j'étais. Un très sale impression. Comment se présente l'avenir?Olivieri: Nous devons nous reprendre face au Lierse. Siquet: Quelque chose a changé. Dans le bon sens. Olivieri: Généralement, je n'apprécie pas trop de vivre une interruption après une défaite. Il vaut mieux replonger dans le bain afin de ne pas ruminer une déception. Ici, je révise mon jugement. La petite halte nous sera salutaire. Elle nous a autorisé à faire le point. A remettre de l'ordre dans nos têtes. A faire le vide. Siquet: Les entraînements de jeudi et de vendredi ont été excellents. Les meilleurs depuis le début de la saison. Chacun y est allé à fond. L'entraîneur a apprécié. Il nous l'a dit. Ce qui a fait plaisir. Je ne me suis à nouveau amusé sur le terrain. Réellement, j'ai pris du plaisir à travailler. Le carcan a sautéGrâce ou à cause de quoi?Olivieri: Un nouvel esprit. La confiance revient. Siquet: C'est passé du noir au blanc. Bravo! Mais à vous entendre, tout paraît simple. Pourquoi alors ne pas avoir réagi plus tôt?Olivieri: L'occasion ne nous avait pas été offerte. Siquet: A l'instar de mes équipiers, j'étais crispé. Nerveux. Hanté par la peur de mal faire. Le dialogue a effacé le carcan dans lequel nous n'arrivions pas à respirer. Vous voulez dire que l'exigence du coach vous anesthésiait?Olivieri: Je répondrai simplement: comportons-nous en adultes. Oublions nos petites personnes. L'objectif primordial demeure la bonne santé du club. Point! Siquet: La chape de plomb a explosé pour des raisons qui nous regardent. Voilà l'essentiel. Olivieri: On repart à zéro. En groupe. Soudé. La Louvière ne se trouve pas esseulée en queue de tableau. Rien n'est irrémédiable. Une victoire nous relancera définitivement. Nous la voulons. Nous l'obtiendrons. Siquet: A condition de reproduire le week-end les bonnes dispositions manifestées en semaine, il ne peut plus rien nous arriver de fâcheux. De fait, votre position reflète mal la valeur de l'effectif.Olivieri: Evidemment! L'année dernière, lors du second tour, nous avons démontré notre aptitude à forcer la décision. Cette série victorieuse, excepté notre défaite face à Anderlecht et une autre sans importance devant Mouscron, sert de base à la réflexion. Doit nous permettre de relativiser en conservant la tête froide. Inutile de paniquer. D'autant que nous nous sommes renforcés. Bénéficiant de qualités supplémentaires, La Louvière réintégrera rapidement la moitié du tableau. Je n'en doute plus. Siquet: Le noyau recense 23 joueurs. Chacun a sa part de boulot à prester. Nous ne disposons d'aucune individualité capable d'orienter le sens d'une rencontre sur un coup de patte. Nous ne jouissons ni des services de Koller, ni de ceux de Radzinski, Goor ou Stoica! Notez, ce n'est faire injure à quiconque d'effectuer cette constatation. Voyez Bruges. Lui non plus ne présente de grandes stars. Cela ne l'empêche pas de se maintenir au top. En misant inlassablement sur un collectif puissant, organisé, solidaire. Un exemple à méditer. Que veut Leclercq?En tant que routiniers, Daniel Leclercq a raison d'attendre de vous que vous soyez les maçons. Il vous appartient de cimenter les compartiments.Olivieri: J'estime que ça a toujours été le cas. Maintenant, je me montrerai deux fois plus attentif aux détails. Siquet: Partout, les plus expérimentés ont une mission particulière. On veut autre chose de leur part. Je ne fuis nullement mes responsabilités. Cependant, nous ne constituons qu'une partie de l'ensemble. De Mos disait qu'une équipe bien réalisée forme une balance. Eléments techniques et combatifs. Offensifs et défensifs. Jeunes et plus aguerris. Nous ne représentons qu'une composante. La vérité se trouve ailleurs. Chacun se doit d'être concerné par l'avenir de ses couleurs. Ainsi, il offre le meilleur de lui-même. Vous savez, j'habite un petit village. Ces derniers temps, je me serais bien enfermé chez moi. Dès que j'effectuais mes emplettes, j'entendais la même ritournelle. Chez le boucher, c'était: -Alors quoi, encore battu? Le boulanger me demandait: -Qu'est-ce qui se passe, vous n'en touchez plus une? D'autres vous charrient: -Quand arriverez-vous à prendre un point? On joue tous avec un objectif en tête: dans le but de réaliser un bon transfert ou de renégocier un nouveau contrat. Et personne n'aime devenir la risée des stades! Daniel Renard