K im Gevaert et Tia Hellebaut, toutes deux âgées de 28 ans, ont mis fin à 35 ans de disette : depuis 1971, la Belgique n'avait plus décroché de médaille d'or aux championnats d'Europe. Kim avait déjà remporté l'or sur l'hectomètre mercredi dernier. Deux jours plus tard, Tia surprenait tout son monde en triomphant au saut en hauteur, en battant du même coup son record de Belgique - 2,03 m. Quelques minutes plus tard, son amie Kim prenait le départ du 200 m. Sans hésiter, Hellebaut, drapeau belge en main, fonçait vers la ligne d'arrivée. Pressentait-elle la victoire de Gevaert ? Les deux femmes se sont jetées dans les bras l'une de l'autre, se sont serrées dans le même drapeau et ont effectué un tour d'honneur triomphal, d'autant plus magique qu'il consacrait deux médailles d'or en l'espace de trois minutes.
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K im Gevaert et Tia Hellebaut, toutes deux âgées de 28 ans, ont mis fin à 35 ans de disette : depuis 1971, la Belgique n'avait plus décroché de médaille d'or aux championnats d'Europe. Kim avait déjà remporté l'or sur l'hectomètre mercredi dernier. Deux jours plus tard, Tia surprenait tout son monde en triomphant au saut en hauteur, en battant du même coup son record de Belgique - 2,03 m. Quelques minutes plus tard, son amie Kim prenait le départ du 200 m. Sans hésiter, Hellebaut, drapeau belge en main, fonçait vers la ligne d'arrivée. Pressentait-elle la victoire de Gevaert ? Les deux femmes se sont jetées dans les bras l'une de l'autre, se sont serrées dans le même drapeau et ont effectué un tour d'honneur triomphal, d'autant plus magique qu'il consacrait deux médailles d'or en l'espace de trois minutes. Kim attendait cette médaille depuis longtemps, Tia, qui vient de renoncer à l'heptathlon au profit de la hauteur, nous avait confié qu'elle pouvait convoiter une place voisine du podium. Les deux athlètes ont des personnalités très différentes mais un point commun : elles consentent depuis des années de nombreux sacrifices. Ils ont trouvé leur récompense. Flash-back. EURO 2002 à Munich : deux médailles d'argent. " Ses premières médailles dans un championnat en plein air. Elle était inconnue ", confirme son entraîneur depuis douze ans, Rudi Diels. Wilfried Meert, l'organisateur du Mémorial Van Damme, considère Munich comme un moment-clef : " Elle a obtenu la preuve de ses aptitudes ". Indoor de Birmingham, 2003-2004 : elle bat Marion Jones. Wilfried Meert : " C'est le meeting le plus convoité du monde. Kim a fini devant Jones en battant le record national du 60 m (7.13). Elle a été reconnue en-dehors de l'Europe car sinon, les Américains ne s'intéressent pas à ce qui se passe sur le Vieux Continent. Jusque- là, Kim admirait beaucoup Jones. Ce fut un tournant mental ". JO d'Athènes 2004. Kim Gevaert échoue en demi-finales du 100 m, est sixième du double hectomètre et du 4 x 100 m. Diels : " En demi-finales du 200, elle a établi un nouveau record de Belgique, la récompense de quatre ans d'efforts. Elle a mal digéré le fait d'avoir raté les JO de Sydney en 2000 et pendant quatre ans, elle s'est fixée sur les prochains Jeux ". Meert : " Ne pas réussir le minimum pour Sydney a été plus important pour son développement que sa participation à Athènes. Elle a échoué d'un cheveu alors qu'un aveugle aurait réalisé qu'elle était un grand talent en devenir. Un athlète peut réagir de deux façons : décrocher, surtout qu'elle est diplômée en logopédie, ou prouver à ses détracteurs qu'ils avaient tort. C'est ce qu'elle a fait à Munich ". Championnats d'Europe indoor de Madrid en 2005 : l'or sur 60 mètres. Meert : " Elle avait déjà gagné à Vienne en 2002 mais elle était un outsider. Détenir le titre pendant quatre ans a renforcé son assurance ". Diels : " En plus, elle est toujours là, alors que ses rivales se blessent ou sont victimes de leurs nerfs. Elle souffre certes du tendon d'Achille mais nous avons adapté les entraînements et leur volume. Elle possède une base telle qu'elle peut évoluer à un très haut niveau toute une saison. Elle est à la place que nous visions en entamant notre programme ". Göteborg 2006 : championne d'Europe du 100 m et du 200 m. " Elle avait prouvé en salle qu'elle pouvait gérer la pression ", commente Meert. " Cet été, la pression n'a cessé de croître, avec le forfait de Christine Arron, sa principale concurrente : Kim était pointée favorite partout ". Fier Rudi Diels résume : " Elle émarge à l'élite absolue ". Septembre 1999 : un nouvel entraîneur. Tia Hellebaut a été formée par Marc Borra, ancien champion de Belgique du saut en hauteur. Il l'a dirigée vers les épreuves multiples mais l'Anversoise s'entraînait plus souvent à Herentals, où elle a fait la connaissance de Wim Vandeven, déjà réputé. Ils forment un couple depuis un an et vivent dans le Limbourg. Avant qu'il l'entraîne, elle avait un penchant fatal pour les fêtes. Wim Vandeven : " Nous avons conclu un pacte : elle devrait vivre davantage pour son sport. Elle s'entraînait peu, irrégulièrement. A peine trois fois par semaine. Détour du destin, un de nos premiers meetings a eu lieu à Göteborg, lors de l'EURO des Espoirs, en 1999 ". Etape suivante, la formation d'une équipe professionnelle en Flandre, en janvier 2001. " Elle travaillait à mi-temps dans un magasin de sport. Elle était la seule à ne pas remplir les critères, soir un minimum B pour le Mondial d'Edmonton mais elle a été admise grâce à Paul Eerdekens, qui avait décelé son potentiel ". JO d'Athènes en 2004 : la finale. Hellebaut tente sa chance en hauteur pour la première fois à ce niveau, par hasard. " Elle a raté sa qualification pour l'heptathlon à cause de la longueur. Nous avons tiré des leçons de cette finale : pour se qualifier, elle devait passer 1.95 m à la hauteur, soit égaler le record de Belgique. Elle y a investi tant d'énergie qu'elle était vidée en finale ". Mondial d'Helsinki 2005 : sixième. Selon Vandeven, Helsinki a davantage pesé sur le choix de Tia qu'Athènes. " En mars, cinq mois après une opération, elle a terminé sixième d'un Mondial. Elle a compris qu'elle pouvait aller plus loin en hauteur qu'en heptathlon. C'est son choix. On ne peut couler de force une athlète dans une discipline. Nous avons décidé qu'elle ne participerait qu'à un concours en 2006, celui de Gôtzis, en Autriche, pour battre le record national d' Ingrid Didden. Elle restait sur un excellent hiver et avait perdu deux kilos tout en prenant du muscle ". Meeting de la Golden League à Paris, juillet 2006 : elle passe le cap magique des deux mètres. C'était son deuxième tournoi d'envergure en hauteur. Elle venait de fêter ses débuts à Oslo avec un saut à 1,98 m et une deuxième place. Meert : " Tout le monde était conscient depuis des années que Tia devait se concentrer sur la hauteur. Il est difficile d'organiser un heptathlon en Golden League. Elle en était donc privée. Tout s'est accéléré depuis qu'elle a laissé tomber les épreuves multiples ". Vandeven : " Je lui ai dit, d'emblée, qu'elle pouvait sauter plus haut que deux mètres. Je l'ai ainsi libérée de la pression engendrée par ce cap et lu ai fixé un nouvel objectif ". Göteborg 2006 : championne d'Europe. " Ce fut un des concours les plus relevés de l'histoire ", souligne Vandeven. " Pour la première fois, un saut à 2,01 m n'était pas garant du podium. Tia est au top mentalement et physiquement. Elle a vraiment atteint sa meilleure forme au bon moment mais n'espérez pas la voir passer cette hauteur chaque semaine. Qu'attendre de 2007 ? Difficile à dire car cinq autres femmes passent les deux mètres. Göteborg n'est en tout cas pas la fin de sa carrière. Elle doit confirmer ce 2,03 m et viser 2,04 ou 2,05 m ". Selon Meert, l'heptathlon l'a aidée. " Elle a appris à se concentrer dans des conditions difficiles, à s'abstraire du stress ". MATTHIAS STOCKMANS