Mardi 27 février, 10 heures. Tandis que le carnaval bat son plein dans la proche localité de Lanaken, une certaine effervescence règne aussi, de grand matin déjà, au Stade du Phénix. Et plus particulièrement au service billetterie, confronté aux premières demandes de tickets pour les demi-finales de la Coupe de Belgique. Un double événement qui interpelle tout le Limbourg, puisqu'il opposera deux équipes de la "province verte", le RC Genk et le SK Lommel. Pour le Racing, il s'agit là, ni plus ni moins, de la quatrième qualification de rang dans le dernier carré d'une épreuve dont il est, par ailleurs, le dernier lauréat.
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Mardi 27 février, 10 heures. Tandis que le carnaval bat son plein dans la proche localité de Lanaken, une certaine effervescence règne aussi, de grand matin déjà, au Stade du Phénix. Et plus particulièrement au service billetterie, confronté aux premières demandes de tickets pour les demi-finales de la Coupe de Belgique. Un double événement qui interpelle tout le Limbourg, puisqu'il opposera deux équipes de la "province verte", le RC Genk et le SK Lommel. Pour le Racing, il s'agit là, ni plus ni moins, de la quatrième qualification de rang dans le dernier carré d'une épreuve dont il est, par ailleurs, le dernier lauréat. "Au printemps 2000, l'apothéose au Heysel avait compensé une campagne des plus ternes en championnat", narre Pieter Hurkmans. "Et ce coup-ci, j'ose espérer qu'il n'en ira pas autrement". Ex-patron de café, ce supporter de Waterschei s'érige depuis une décade en véritable inconditionnel des Coalisés. "Au départ, la fusion avec Winterslag ne me disait rien qui vaille", précise-t-il. "Il a toutefois suffi que l'ancien Thorian, Pier Janssen, soit nommé à la tête de l'équipe représentative du club, à l'aube de la décennie écoulée, pour dissiper les derniers doutes chez moi. A partir de ce moment-là, je n'ai plus loupé la moindre rencontre. J'ai même été partie prenante dans tous les déplacements européens". En l'espace d'une dizaine d'années, Pieter Hurkmans aura donc vécu à la fois l'apogée des Bleus, champions de Belgique en 1999, et vainqueurs de la coupe nationale en 1998 et 2000, de même que leur surprenante descente aux enfers cette saison. Une plongée qu'il explique par un ensemble de mauvaises options prises par la direction. "Autrefois déjà, Waterschei aurait pu se monter plus ambitieux si ses responsables sportifs avaient fait preuve de pertinence dans leurs choix", dit-il. "Avec des éléments de la trempe de Pier Janssen, Lei Clijsters, Eddy Voordeckers et Heinz Gründel, pour ne citer qu'eux, les plus beaux espoirs étaient permis. Au lieu de conserver tout ce beau monde, l'un après l'autre est allé chercher fortune ailleurs. Je pensais, au même titre que d'autres sans doute, que les dirigeants actuels auraient tiré les leçons de cet épisode. Mais j'observe qu'ils sont retombés exactement dans les mêmes travers que leurs devanciers. Pour rester au sommet, il convient de renforcer sans cesse son effectif. Ici, on ne l'a manifestement pas perçu de cette manière puisque les meilleurs sont partis : Souleymane Oulare, Branko Strupar, Thordur Gudjonsson. Sans oublier Aimé Anthuenis. S'ils étaient toujours là aujourd'hui, je reste persuadé que c'est Genk, et non Anderlecht, qui ferait fureur de nos jours en Ligue des Champions". Merchandising : numéro 1 en Belgique!Le Racing a beau être rentré quelque peu dans le rang, ces derniers mois, au plan sportif, il n'y en a pas moins un domaine où il demeure l'incontestable leader en Belgique : le merchandising. Aux dires du manager commercial, Stephan Poelmans, cette activité représente 8 à 9% du budget total du Racing Genk, qui est de l'ordre de près de six cent millions actuellement. "S'il est exact, comme je l'ai lu, que le fanshop d'Anderlecht génère un bénéfice de vingt-cinq millions par an, nous sommes, en effet, mieux lotis", souligne-t-il. "Ces derniers mois, l'équité commande tout de même d'avouer qu'il y a eu un recul comparable à celui de la Première. Non pas que les gens se soient subitement distanciés de leurs favoris : ils sont toujours près de vingt mille lors de nos matches à domicile. La raison, c'est qu'ils avaient épuisé à peu près toutes les ressources de ce département. Contrairement à d'autres entités, qui renouvellent sans cesse leurs articles, nous n'avons jamais songé à solliciter tant et plus le portefeuille de nos supporters. Depuis que la firme Kappa a remplacé Olympic comme équipementier, nous avons par exemple toujours été fidèles, jusqu'ici, au même maillot. L'année prochaine, nous dérogerons pour la toute première fois à ce principe à la demande de nos sympathisants soucieux, à l'évidence, de renouveler leur garde-robe. Et dans le même ordre d'idées, à la requête de parents désireux de voir leur progéniture habillée de la tête aux pieds aux couleurs du club, nous venons d'élargir notre gamme par la création d'une chaussure de football portant le nom du club. Car ce qui différencie, à coup sûr, notre club des autres, c'est le dialogue permanent entre ses propres composantes et ses inconditionnels. Chaque mardi, une centaine de fidèles ont ainsi l'occasion, à la faveur d'un forum intitulé praatcafé de deviser avec l'un ou l'autre représentant des cellules administrative, commerciale et sportive. En outre, une communication de plus en plus intense se vérifie, chez nous, par l'intermédiaire d'Internet. Tous les jours, notre site est visité par 1.500 personnes. De surcroît, 2.200 e-mails sont envoyés journellement, par nos soins, à d'autres férus. Dans l'autre sens, l'activité est tout aussi intense. Après avoir appris, par notre canal, qu' Istvan Brockhauser avait été victime d'une fracture de la jambe, pas moins de sept cents messages d'encouragement parvinrent à notre gardien le dimanche-même, soit un jour avant que la nouvelle ne soit diffusée par les journaux. C'est dire si nos fans sont des accros. Je crois, à cet égard, que le Racing Genk constitue un phénomène unique en Belgique. Nulle part ailleurs, à mon sens, les gens ne s'identifient à ce point à un club. Je ne connais qu'un seul cas semblable : celui de Schalke O4, où, par un curieux hasard, le bleu et le blanc sont à l'honneur aussi. Notre succès est lié, en grande mesure, à la dimension humaine qui suinte de partout. Nos joueurs ne se prennent pas pour des vedettes et, dans la coulisse, personne ne se pousse du col non plus. Nous essayons d'être réceptifs en toutes circonstances. Je n'en veux pour preuve que la création, cette année, d'un club de supporters handicapés : la Blue Army on wheels. Pour nous, ils comptent au même titre que les autres, tant à domicile qu'en déplacement. Ici, il est dit que nous formons tous une grande famille". Retour aux sources pour Dirk MedvedMidi. Le Café à Thème du Racing Genk, situé au milieu de l'enceinte principale, se remplit progressivement. Une longue table est réservée aux jeunes de Berkenbos, qui profitent de cette journée de congé pour visiter le club. Ailleurs, les emplacements sont occupés tant par les supporters locaux que par une clientèle occasionnelle qui sait qu'aux abords du stade, le parking est beaucoup plus aisé que dans le centre de la ville. Depuis l'an neuf, l'endroit présente un attrait de plus, sous la forme du retour au bercail d'un enfant du cru : Dirk Medved. Originaire de Zwartberg, c'est là qu'il s'était solidarisé autrefois au football avant d'épouser une trajectoire ascendante qui l'aura mené tour à tour au Thor Waterschei d'abord -devenu Racing Genk en 1998- puis à La Gantoise avant de passer au Club Brugeois et au Standard. C'est là, au demeurant, qu'il s'est vu forcé de mettre un point final à sa carrière, pendant l'été 99. "Mes malheurs avaient commencé deux ans plus tôt", rappelle-t-il. "Peu avant le début du championnat, j'avais dû passer sur le billard pour procéder à un nettoyage du cartilage au niveau de la cheville. En cours d'opération, j'ai subi une grave infection, qui a requis une nouvelle intervention plusieurs semaines plus tard. Au bout du compte, ma première année chez les Rouches s'en était allée complètement à vau-l'eau. La saison suivante, j'ai repris le collier tant bien que mal. J'avais perdu une bonne part de ma mobilité au niveau de l'articulation. J'ai joué à quelques occasions durant cette campagne-là, officiant notamment comme libero lors du déplacement à Anderlecht. Mais je n'éprouvais plus du tout les mêmes sensations qu'auparavant. La direction du club liégeois l'a compris et résilia mon contrat aux prémices de l'exercice 1999-2000. Il me restait deux années de bail à honorer, à ce moment-là, et le dossier est entre les mains de la justice actuellement. Je demande à être indemnisé, parce que j'avais un engagement jusqu'en 2001. Le Standard ne veut pas l'honorer, sous prétexte que les assurances doivent s'en charger. Mais, de ce côté-là, on réfute l'argumentation pour la bonne et simple raison que mon bail avait été résilié pour motifs médicaux et que je ne réponds donc plus au critère de joueur professionnel depuis ce moment. Voilà plus d'un an que le conflit dure et je ne suis pas près d'en voir la fin". Avant d'assurer l'exploitation du Café à Thème du Racing Genk, Dirk Medved s'était déjà fait la main, dans l'horeca, en reprenant un établissement, entouré d'une pêcherie, à As, dans la proche banlieue genkoise. "Je dirige toujours de Nieuwe Erven mais je passe actuellement les trois quarts de mon temps ici", dit Dirk Medved. "Je n'ai pas l'occasion de chômer car l'endroit ne désemplit jamais. A l'image de la boutique du club, c'est une vraie mine d'or. Mais, pour qu'elle rapporte, il faut évidemment la faire tourner". Son seul loisir, Dirk Medved s'y adonne le dimanche. Depuis le début de la saison, en effet, il a rejoint les rangs de Maaseik, autoritaire leader en 1e Provinciale limbourgeoise. "A ce niveau, je suis encore pleinement opérationnel", observe-t-il. "Et comme le foot me manquait, je n'ai pu résister. Trente-deux ans, c'était de toute façon trop tôt pour raccrocher les crampons de manière définitive".Troisième interim pour Pierre DenierFidèle parmi les fidèles, Pierre Denier en est à sa vingt-septième année à Genk. D'abord comme joueur, à Winterslag et au Racing, puis comme entraîneur-adjoint depuis 1992, au côté de Pier Janssen. Trois fois déjà, il a été amené, durant cet intervalle, à devoir jouer au dépanneur. En premier lieu, lorsque Luka Peruzovic céda le témoin en 93, après un tout aussi bref passage à Anderlecht quelques mois plus tôt. Plus tard, il dut encore opérer la jonction entre Enver Alisic et Aimé Anthuenis et, à présent, le voilà donc amené à terminer la saison en attendant la relève de Sef Vergoossen. "J'ai davantage le profil d'un homme fidèle, comme Jean Dockx à Anderlecht, que celui d'un aventurier", explique-t-il. "Aussi n'ai-je d'autre ambition que de retrouver au plus tôt ma place de prédilection celle d'assistant. Compte tenu de l'identité de tous ceux avec qui la direction avait pris langue, ces dernières semaines, je me rendais fort bien compte que ma mission serait de longue haleine, cette fois. J'espère la mener à bien et contribuer, à ma manière, à la conquête d'une troisième victoire en coupe nationale. Ce serait magnifique avant de céder les rênes à mon successeur. Cependant, le chemin est encore long et bourré d'écueils. A commencer par Lommel qui vendra chèrement sa peau dans un derby qui, ici, ne laisse déjà personne indifférent. Il va de soi que cette compétition est devenue prioritaire pour nous, dans la mesure où nous n'avons plus rien à espérer en championnat. Mais il n'est pas question de tout subordonner à la seule épreuve qui peut encore sauver notre saison. Les joueurs ont une dette envers les supporters qui, ces derniers mois, sont restés sur leur faim au Stade du Phénix. Et ils doivent l'honorer. Les matches qui nous restent doivent servir de répétition à ceux que nous livrerons en Coupe. Non seulement chez nous mais également en déplacement où je ne puis m'accommoder des trois points que nous avons pris, pour le moment, sur un total de trente-trois. C'est tout simplement indigne d'un club comme le nôtre. Au même titre, d'ailleurs, que notre mièvre position au classement. Quand j'ai pris la relève de Johan Boskamp, mon souhait le plus cher était de conférer du caractère à l'équipe. A ce point de vue-là, je ne suis pas entièrement satisfait. Beaucoup sont encore par trop velléitaires et rechignent à se faire violence dans l'adversité. Comme à Westerlo, par exemple, où Lucas Zelenka a pu inscrire un but en se promenant sur une moitié de terrain. J'avoue que l'esprit-Racing n'est plus ce qu'il était. Jadis, il n'y avait que des guerriers, qui se faisaient un malin plaisir à aller au charbon toutes les semaines. A présent, il y a trop d'enfants gâtés, peu soucieux de leurs devoirs. En attendant Sef Vergoossen, j'espère qu'ils auront le bon goût de se sublimer et d'offrir à leur public un quatrième trophée en quatre ans. C'est la seule manière de se faire pardonner. Et la seule, aussi, pour le remercier de son soutien tout au long de ces mois difficiles". Bruno Govers