A 84 ans, Michel Pavic est parti vers le paradis des coaches. Ce n'est pas un entraîneur comme les autres qui repose désormais à Valjevo, sa petite ville du centre de la Serbie. Cultivé, érudit, oenologue, gastronome (sa goulache était succulente), amateur d'art et d'histoire, il avait mérité et justifié son surnom : le Professeur. Pendant la Deuxième guerre mondiale, cet homme distingué résista vaillamment avec l'ancienne armée r...

A 84 ans, Michel Pavic est parti vers le paradis des coaches. Ce n'est pas un entraîneur comme les autres qui repose désormais à Valjevo, sa petite ville du centre de la Serbie. Cultivé, érudit, oenologue, gastronome (sa goulache était succulente), amateur d'art et d'histoire, il avait mérité et justifié son surnom : le Professeur. Pendant la Deuxième guerre mondiale, cet homme distingué résista vaillamment avec l'ancienne armée royale yougoslave face à l'envahisseur nazi. Cela lui valut une longue déportation dans les prisons du pays de la peste brune. Après la guerre, il se consacra à sa passion pour le foot et devint un des monuments de l'Etoile Rouge Belgrade et du football yougoslave en général. En 1964, il débarqua au Standard. Michel Pavic gagna deux Coupes de Belgique, réussit de grandes campagnes européennes et bâtit une défense de fer. Devant le légendaire Jean Nicolay, ce fin tacticien installa Jacky Beurlet, Léon Jeck, Nicolas Dewalque et Jean Thissen. On n'avait jamais vu un tel rideau défensif en Belgique. Il recruta Milan Galic dans son pays natal. Ses relations avec Roger Claessen défrayaient régulièrement la chronique. Michel Pavic passa ses nuits à surveiller les bars et dancings préférés du regretté enfant terrible du football belge. En 1968-1969, il remit une équipe clef sur porte, à René Hauss qui collectionna trois titres nationaux. Pavic continua son aventure en Belgique (un an à Bruges, Liège, Tilleur) en France (Rouen où il devint un grand turfiste), en Espagne (Atletico Madrid, Sporting Gijon, Malaga, Celta Vigo, Espanyol Barcelone), au Portugal (Benfica, Sporting Lisbonne), en Serbie (Vojvodina Novi Sad) avant de revenir chez nous. En 1984, après l'affaire de la corruption, Jean-Marie Defourny songea à lui pour relancer la mécanique. Il y parviendra sans empocher le titre. En 1988, son troisième séjour au Standard (où il était revenu dans la foulée de Milan Mandaric) se termina par une cata. La direction sportive de l'époque le démit avant la finale de la Coupe de Belgique contre Anderlecht au profit de Jef Vliers. Michel Pavic ne se remettra jamais de ce coup bas. Il accepta de donner quelques conseils à Namur, pour faire plaisir à Bojo Ban, mais l'homme était brisé par l'injustice dont il avait été victime. C'est un géant de l'histoire du Standard qui s'est éteint. (P. Bilic) (PB)