Alors que les "sans culottes" de Robespierre prirent garde à ne pas détruire leur patrimoine culturel, les Liégeois se montrèrent moins regardant. Prolongeant la révolution française en Principauté, ils s'employèrent à détruire la cathédrale Saint-Lambert surnommée alors la "perle de l'occident". Une catastrophe historique que les générations actuelles paient encore.
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Alors que les "sans culottes" de Robespierre prirent garde à ne pas détruire leur patrimoine culturel, les Liégeois se montrèrent moins regardant. Prolongeant la révolution française en Principauté, ils s'employèrent à détruire la cathédrale Saint-Lambert surnommée alors la "perle de l'occident". Une catastrophe historique que les générations actuelles paient encore. Râleur. Frondeur. Contestataire. Tel est le fils de Tchantchès! L'aspect résolument latin de la cité en a fait un Palerme-sur-Meuse. Ou un "petit Marseille", c'est selon. Comment le club phare de cette entité pourrait-il échapper à un mode de vie et de réflexion aussi solidement ancré? Impossible. Voilà pourquoi le Standard est un club différent. De prime abord, il y a lieu de penser que la renaissance sur la scène européenne berce le bon peuple dans une douce euphorie. C'est vrai. En partie du moins. Car les gardiens du temple rouche se veulent vigilants. "Nous ne maîtrisons rien", assène Jacques Daubanton, président de la Fédération des Supporters du Standard depuis 12 ans. "Départs, arrivées de joueurs, tout cela sent le business à plein nez. Nous avons été perturbés par la manière dont on a expulsé Gilbert Bodart et Guy Hellers. Je ne cherche pas à savoir qui avait tort ou raison. Peu importe. J'estime pour ma part que de vieux serviteurs ont droit à davantage d'égards". Etonnant. La cicatrise n'est pas totalement refermée. Il convient d'y déceler la marque d'un malaise généralisé. Pas uniquement en rapport au club. Plutôt en regard de l'évolution que subit le monde du football en général. Jacques Daubanton poursuit : "Avant, être fan signifiait différentes choses : amour des couleurs, amitié à l'égard des joueurs, respect vis-à-vis de la direction. A présent, cela se limite à la passion vouée à un écusson. Le reste, il ne faut plus trop y songer. Lors de nos réunions, nous n'avons jamais autant parlé de choses qui ne concernent pas le football". Le sujet de conversation qui dure, c'est Alphonse Costantin. Ecrit Alph11 sur le site Internet standardliege.com. Etiqueté Adolf par ceux qui disent en avoir ras le bol de ses attitudes dictatoriales. Alain Dassy, président des Reds Champions de Bruxelles, est entré en conflit ouvert avec le directeur du club. Echange de courriers peu amènes. Menaces d'interdiction de stade. Dur à encaisser: "Il fout tout en l'air. Dix ans de travail. Dix ans de combat afin de créer un comité fort, sont annulés par sa seule volonté. La création de la fameuse ASBL est une bonne idée en soit. Ce qui cloche comme toujours, c'est la manière. Il nous prend pour de la merde. Costantin veut jouer son petit Verschueren. Malheureusement pour nous, il n'a pas la carrure de Mister Michel. Même si, forcément, je n'aime pas Anderlecht, il faut s'incliner devant l'évidence". Jacques Daubanton, reconnu pour sa pondération va plus loin : "Le champagne est au frais. J'ai fait le serment que lorsque Costantin sera viré, j'amènerai de bonnes bouteilles au stade. Nous fêterons cela dignement. Ce type (je me refuse à encore l'appeler Monsieur), ne respecte rien, ni personne. Il est malade. Avide de pouvoir absolu". Ah, passion, quand tu nous tiens. Il ne faut néanmoins pas caricaturer les fidèles en doux benêts juste bons à se nouer une écharpe rouge et blanche autour du cou. Ces gens font la part des choses. Victime d'une direction chaotique qui a sévi depuis le départ du regretté Roger Petit, ils comprennent qu'un coup de balai s'avérait bien nécessaire. Et à qui a-t-on demandé le sale boulot? A Alphonse! "Je ne discute pas ça", admet Jacques Daubanton. "Maintenant, qu'il s'en aille. Qu'il nous foute la paix avec son ASBL". Quelle est donc cette fameuse ASBL qui fait couler tant de salive? Il s'agit d'une association destinée à rapprocher les instances dirigeantes et la masse. Elle se compose de dix membres. Messieurs Smal, Gillis, Francis Nicolay, Binot et Costantin pour le club. Deux représentants de clubs francophones, un néerlandophone, un membre des Ultras Inferno, un conseiller issu du fan coaching complètent l'assemblée. "Le moins que l'on puisse dire est que Monsieur Costantin a jeté un froid dès son arrivée", constate André Ruwet, vétéran du Kop. "En outre, nous nous demandions qui était qui. L'ouverture du Conseil d'Administration à des personnalités liégeoises d'importance nous rassure. Même si Robert Louis-Dreyfus retirait ses billes, nous avons la conviction que des gens de l'ampleur de Robert Collignon, Louis Smal ou Jean-Pierre Grafé seraient de taille à maintenir le navire à flot. A cet égard, l'idée émise et appliquée par Louis Smal d'ouvrir le dialogue par le truchement de l'ASBL est une très, très bonne chose". Il a tout compris, Louis Smal, apparemment. En mettant résolument les plus bruyants de son coté, il joue gagnant. Les Ultras en tout cas ne jurent que par sa personne. Le syndicaliste participe à l'élaboration des tifos. Lorsqu'il s'agit d'acquérir du matériel, il paye même de sa personne, le secrétaire général de la CSC. Mirko Capo, leader des Ultras ne cache pas son admiration : "Ce gaillard est formidable. Providentiel pour le Standard. Important. A présent, nous avons un interlocuteur". Eric Desper surenchéri : "Trop de mystère entourait la nouvelle direction. Les bruits les plus fous et les plus inquiétants circulaient. Ma grande crainte était d'un jour revivre un drame de type Waterschei. Ou un autre sandale du même tonneau. Nous, on ne veut plus de magouilles. Seulement de la clarté. Transparence dans les bureaux et une bonne équipe sur la pelouse. Alors, nous serons heureux". Assidu de la désormais célèbre Tribune 3 qui abrite le Hell Side et les Ultras Inferno, Eric Desper se félicite par contre du retour opéré par Michel Preud'Homme : "Il a apporté un jeu plus offensif. Surtout, son charisme, son enthousiasme ont recollé les morceaux. Nous lui devons la reconstruction d'une véritable équipe. Maintenant, je veux le voir à l'oeuvre avec le noyau plus riche et d'autres objectifs. En attendant, merci". Deux hommes font l'unanimité. Alph11 et Michel. De manière différente. Opposée. Ainsi, André Ruwet prétend : "Avec Ivic, nous serions de la revue. Le scénario vécu les deux années précédentes se serait répété. Ça ne fait pas un pli". Preud'homme a reçu un cadeau empoisonné en héritant de ce Standard-là. Il avait plus à perdre qu'à gagner. Son unique expérience reposait sur sa connaissance du milieu. Le fait d'avoir fréquenté des techniciens de la trempe de Robert Waseige, Ernst Happel, Raymond Goethals, aussi, le de Mos de l'époque dorée du FC Malines ont construit son vécu. Il a franchi harmonieusement le cap qui sépare la théorie de la pratique. Il possédait le savoir. Jules Prune surnommé ainsi par Philippe Garot est arrivé à le communiquer. "Cependant, nous nourrissions certaines craintes. Légitimes compte tenu du challenge", avoue Jacques Daubanton. "Revoir Preud'homme à Sclessin a provoqué un choc émotionnel. Les résultats ayant suivi, c'est parfait". Pourtant, bien des fans estiment qu'il s'agit d'une première étape. Daubanton se veut le porte-parole des fans en relayant une information qui circule sur les travées : "Michel deviendra le directeur technique. Et Eric Gerets entraînera. Avec un tel duo, rouge dans l'âme, nous serons parés. Il faut impérativement conserver les forces vives. A cet égard, Robert Waseige n'aurait jamais dû partir. C'est lui qui nous a offert notre dernier billet européen. Henri Depireux avec qui nous avons aligné dix victoires d'affilée y serait peut-être arrivé. Que s'est-il encore passé lors de cet épisode?" L'Europe, nous y voici. La Coupe de l'UEFA procure fierté. Joie. Enthousiasme. Quelques craintes aussi. Elles sont illustrées par Alain Dassy : "Le pire serait d'être sorti au premier tour. Nous devons conserver nos meilleurs joueurs et réussir de bons transferts". Mirko enchaîne : "Les vieilles gloires qui jouent sur une jambe pour engraisser leur compte en banque, nous n'en voulons plus. Des pros prennent du pognon? Normal. Seule condition : qu'ils mouillent leur maillot en respectant l'esprit Standard. Si ce n'est pas le cas, nous, les Ultras, nous serons là pour leur faire comprendre".Robert Prosinecki est ouvertement visé. André Ruwet tempère en remarquant : "C'est un honneur pour nous qu'un tel joueur endosse le maillot rouge". Eric Desper, oubliant les buts décisifs et les assists délivrés par le Croate, prend ses responsabilités et accuse : "On savait que le roi du tourniquet n'avançait plus. De là à le voir complètement jeté dans certains cafés de Liége, il existait un pas qu'il a franchi. Est-il vrai qu'il coûte 40 millions par an? C'est scandaleux!" Eh oui! Liége sera toujours ainsi. La révolte au bord des dents. Mais peut-on reprocher à des gens si souvent déçus de se montrer si vigilants?Daniel Renard