'Refugees welcome' : tel est le message déployé devant l'imposant Hôtel de Ville de Madrid. La capitale espagnole n'a que faire du comportement hésitant du gouvernement de Mariano Rajoy et se porte spontanément candidate, à l'image d'autres villes du pays dont Barcelone, pour accueillir les demandeurs d'asile. Une enquête a pourtant révélé que près de 80 % des Espagnols ne voyaient pas l'arrivée des migrants d'un très bon oeil.
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'Refugees welcome' : tel est le message déployé devant l'imposant Hôtel de Ville de Madrid. La capitale espagnole n'a que faire du comportement hésitant du gouvernement de Mariano Rajoy et se porte spontanément candidate, à l'image d'autres villes du pays dont Barcelone, pour accueillir les demandeurs d'asile. Une enquête a pourtant révélé que près de 80 % des Espagnols ne voyaient pas l'arrivée des migrants d'un très bon oeil. Pourtant, l'Espagne a connu pas mal d'invasions au cours de son histoire, et on ne parle pas seulement des nombreux Sud-Américains qui sont venus s'y établir. Autrefois, les Français disaient parfois d'un air méprisant : l'Afrique commence juste au-delà des Pyrénées. L'influence arabe est tangible, surtout dans le sud. Songez à l'Alhambra de Grenade ou à la Mezquita de Cordoue, des bâtiments d'une grande beauté architecturale. C'est aussi le cas de l'Hôtel Westin Palace, à un jet de pierre de l'Hôtel de Ville de Madrid. Cet établissement de luxe a été construit au début du siècle dernier, par l'entrepreneur belge George Marquet, à la demande du roi Alfonso XIII. Il dégage effectivement une allure royale et, en ce sens, était le lieu idéal pour introniser un joueur du Real. Dans l'un des salons où l'aristocratie madrilène écoutait autrefois de la musique de jazz, un podium a été érigé, sur lequel brille de mille éclats le Soulier d'or qui sera remis tout à l'heure à Cristiano Ronaldo. Une dizaine de rangées de sièges très stylés attendent les nombreux invités. Les trois premiers rangs sont réservés aux représentants du Real Madrid, à la famille de Cristiano et à d'autres invités de marque. Les journalistes d'ESM - EuropeanSportsMedia, dont notre magazine est membre et qui décerne le Soulier d'or au meilleur buteur d'Europe depuis 1997 - sont placés au quatrième rang. Pas mal. En outre, après la remise du trophée, une interview avec la superstar portugaise nous a été promise. Une heure avant le début de la cérémonie, le salon ovale fourmille déjà d'activité : les cameramen et les photographes installent leurs appareils à l'arrière, les responsables de la sécurité inspectent les lieux, de jolies présentatrices de Marca TV et de Real Madrid TV répètent leurs textes,... Pendant ce temps, une bonne centaine de médias, principalement espagnols et portugais, arrivent au compte-gouttes. Au fur et à mesure que l'heure de la cérémonie approche, la tension monte. Quand arrivera-t-il ? Quels joueurs du Real Madrid seront présents ? Rafael Benítez, avec qui Cristiano n'entretiendrait pas les meilleures relations selon la presse, viendra-t-il aussi ? Comme souvent, la vedette se fait attendre. Subitement, une dame se lève : 'Está aquí.' Il est là. Avec 'il', chacun sait à qui elle fait référence. Moins de deux minutes plus tard, le président Florentino Pérez est le premier à entrer, suivi par l'icône madrilène Emilio Butragueño et par l'entraîneur Rafa Benítez. Suivent alors quelques visages inconnus. Mais pas de joueurs du Real parmi eux. On apprendra plus tard que le club a interdit aux joueurs d'assister au gala, étant donné qu'un entraînement est programmé plus tard dans la journée. Une décision étrange. Les années précédentes, il y avait toujours des coéquipiers du vainqueur parmi l'assistance, que ce soit CR7 (2008, 2011, 2014) ou Lionel Messi (2010, 2012, 2013). Ce ne sera pas la seule décision étrange du club, ce jour-là... Alors que la délégation du Real prend place, 'il' arrive aussi. Entouré par sa famille : sa mère Dolores Aveiro, son frère aîné Hugo et son fils Cristiano Junior. Son agent Jorge Mendes est présent également. Vêtu d'un costume gris, CR7 est tiré à quatre épingles. On ne peut pas le considérer comme un réfugié, même si lui aussi a quitté son île natale de Madère pour chercher la gloire... et l'argent. " Autrefois, lorsque j'étais encore démuni, l'argent constituait ma principale motivation. Je voulais en gagner pour subvenir aux besoins de ma famille " a-t-il dit en 2008. " Mais, maintenant que j'en ai suffisamment, l'argent n'est plus aussi important. Je ne sais même pas combien j'en ai ". On ignore quel est le montant exact qui figure sur son compte en banque, mais on sait qu'il gagne actuellement 370.000 euros par semaine, soit 2.200 euros par heure. Et on ne compte même pas ses revenus publicitaires. Lorsque Cristiano Ronaldo monte sur le podium pour recevoir le trophée, un détail saute aux yeux : sa peau a l'allure de quelqu'un qui vient de prendre un coup de soleil. Qu'il est très soucieux de son apparence, ce n'est pas un secret. A l'époque où il jouait à Manchester United, Wayne Rooney s'en était déjà aperçu. Dans son autobiographie, la star anglaise révèle que Ronaldo avait installé un miroir dans l'armoire de son vestiaire à Old Trafford, et qu'il passait de longues minutes à s'y regarder. Son habitation à Cheshire était truffée de miroirs également. " Je vérifie toujours si je suis bien coiffé avant de sortir ", avait déclaré le Portugais à l'époque. A Manchester, Ronaldo a été un moment l'équipier de Diego Forlán, autrefois le fier propriétaire d'un impressionnant sixpack. Il n'a pas fallu longtemps pour que le jeune Cristiano s'intéresse aux méthodes utilisées par l'attaquant uruguayen pour développer ses abdominaux. " J'étais surpris ", a raconté Forlán. " Ronaldo était encore très jeune, mais il se souciait déjà de l'entretien de son corps, qui allait devenir son instrument. Nous nous entendions bien, c'est un bon gars. " Des rumeurs ont alors commencé à circuler, sur les méthodes de CR7, qui ne cadraient plus avec la réalité. Ainsi, on a un moment prétendu qu'il faisait 3.000 abdos. José María Aznar, l'ancien Premier ministre espagnol, a même plaisanté à ce sujet : " Je fais des exercices tous les jours, mais je ne parviens jamais à dépasser les 600 abdos. " Il est exact, cependant, que Ronaldo paie aujourd'hui certains excès d'autrefois. Des coéquipiers ont raconté qu'à ses débuts au Real Madrid, il utilisait chaque temps de repos pour s'adonner à des exercices, même lorsqu'il regardait la télé, couché sur son lit. Lorsque José Mourinho était l'entraîneur du Real, le préparateur physique Rui Faria a dû mettre le frein à main : plus d'exercices d'abdominaux pour CR7. Selon Faria, il n'y avait plus aucun équilibre entre les muscles du ventre et du dos, avec le risque de maux de dos que cela entraînait. Dans la salle de fitness, il pouvait continuer à s'exercer, mais avec des poids inférieurs. On raconte qu'au début de sa carrière, au Sporting du Portugal, il avait fait passer le poids maximum d'un engin destiné à renforcer les jambes, de 250 à 400 kg. Il n'avait encore que 17 ans. Il avait déjà, en lui, cette volonté d'atteindre une perfection presque divine. Cultiver son corps a toujours été une obsession, il a fait de son corps une machine. Lorsque deux artistes, mandatés par le musée de cire Madame Tussaud, ont composé le modèle du footballeur idéal, ils ont pris les yeux de Xavi, le pied gauche de Messi et les jambes de... Ronaldo. On ne s'étonnera pas, dès lors, que le Real Madrid a fait assurer les deux jambes de son joueur-vedette pour 100 millions d'euros. Plein d'assurance, c'est aussi de cette manière qu'apparaît le vainqueur du Soulier d'Or, cette après-midi à Madrid. Il a aussi très faim, même si l'on ne parle pas ici de la réception généreusement offerte après la cérémonie : " Je ne suis pas rassasié. Je veux encore gagner un cinquième et sixième Soulier d'Or " avoue-t-il. Le présentateur essaie maladroitement de lui tirer les vers du nez. Il demande à Cristiano s'il veut ajouter quelque chose à propos de son trophée, à l'intention de son fils et de sa mère. Mais le joueur a flairé le piège : " Je leur parle tous les jours, donc ils savent très bien ce que je pense. " L'homme qui lui remet le trophée est lui aussi plein d'assurance : le président du Real, Florentino Pérez. Détail piquant : EuropeanSportsMedia aurait souhaité que le trophée lui soit remis par sa mère, mais le club a refusé : cette tâche revient au président... Le présentateur reprend alors la parole : " Cristiano remporte le Soulier d'Or pour la quatrième fois. Et, pour bien marquer le record que cela constitue, nous avons amené ses trois Souliers d'Or précédents. " Les chaussures sont apportées par trois charmantes dames, dont nous nous demandons si elles figurent également sur la liste des trophées de Cristiano. Le Portugais pose allègrement avec ses quatre souliers. Les flashes crépitent. Lorsqu'un journaliste d'ESM se lève pour immortaliser la scène, il reçoit immédiatement une volée de bois vert parce qu'il masque la vue des photographes positionnés à l'arrière. La cérémonie est terminée, nous nous préparons pour l'interview, alors que les autres invités se dirigent vers la réception organisée dans un salon adjacent. Subitement, nous apprenons que le Real a décidé de n'accepter que les journalistes du quotidien espagnol Marca. Et la volonté du Real a force de loi, nous pouvons en témoigner. Les collègues du magazine néerlandais Elf Voetbal, de la revue anglaise World Soccer et du journal allemand DerKicker se voient interdire l'accès à la salle d'interview. Aucune exception n'est faite pour Sport/Foot Magazine. Et l'argument de la reine Fabiola ne suffit pas pour infléchir la décision... Nous apprendrons plus tard que nous n'avons rien manqué. Après cinq questions, l'attaché de presse du Real a estimé que l'entretien avait assez duré et a mis brutalement fin à l'entretien. Personne ne comprend la raison du comportement inflexible et peu amène du Real. Le club s'est-il senti attaqué parce que certains médias ont évoqué un possible départ de CR7 ? Ou veut-il éviter que la relation tendue entre Benítez et Cristiano ne trouve trop d'écho dans la presse ? Dans cette parodie d'interview, il semble toutefois que le Portugais ait mis un point d'honneur à démentir ces rumeurs. " Mon ambition est de gagner et je joue actuellement dans le meilleur club du monde. Je suis encore sous contrat jusqu'à mes 33 ans, mais - comme je l'ai déjà répété à maintes reprises - mon rêve est de finir ma carrière au Real Madrid. Je me sens bien, ici. Utile, aussi. J'ai envie de rester. " Son âge ne lui pose pas de problème. " Je veux encore jouer pendant cinq ou six ans. Durant cette période, j'entends me maintenir à mon meilleur niveau. Je sais que cela deviendra à chaque fois plus compliqué, mais je suis convaincu que j'y parviendrai. Actuellement, j'ai toujours l'impression d'avoir 25 ans. Je ne ressens pas la différence. Beaucoup de gens prétendent qu'une fois passé 30 ans, on commence à décliner. Ce n'est pas mon sentiment. Quand on se soigne, que l'on est à l'écoute de son corps et que l'on garde une bonne hygiène de vie, on ne décline pas du jour au lendemain. Le vieillissement est un long processus. Un footballeur qui fait attention à ce qu'il fait, peut jouer jusqu'à 40 ans. " Jorge Mendes fait irruption, le regard incendiaire. On devine ce qu'il pense : que vient faire cette bande ici ? Après pas mal de discussions, les journalistes d'ESM sont parvenus à se faire accepter dans la petite salle où Cristiano savoure son trophée en compagnie d'une vingtaine d'intimes. L'interview promise n'a certes pas lieu, mais Sid Lowe, le journaliste de World Soccer et du Guardian qui habite à Madrid, estime qu'en guise de compensation, nous avons droit à une photo de groupe avec le phénomène. Vitor Serpa, le vice-président portugais d'ESM et ami de Mendes, est envoyé en première ligne. Alors qu'il explique la situation à l'agent, Cristiano Ronaldo discute calmement dans un sofa bleu avec quelques privilégiés. Un peu plus loin, sa maman Dolores ne dit mot. Elle sourit, assise dans un fauteuil tout aussi bleu. Peut-être se félicite-t-elle, en son for intérieur, d'avoir décidé il y a une trentaine d'années de ne pas se faire avorter de son quatrième enfant, et de lui souhaiter la bienvenue dans ce monde, malgré les soucis financiers. Pourtant, elle a tout fait pour se débarrasser du foetus - jusqu'aux méthodes les plus farfelues, comme boire de la bière chaude avant d'effectuer un jogging. Ou peut-être songe-t-elle à toutes les difficultés qu'elle a dû surmonter : cancer du sein, addiction à la drogue et à la boisson de son fils aîné Hugo, le décès de son mari alcoolique Dinis il y a dix ans... Ou peut-être se demande-t-elle simplement : que fait encore mon Junior, ici, en train de tapoter sa tablette ? On sait qu'elle porte une grande attention à l'éducation de son petit-fils. Et la méthode porte ses fruits, apparemment. Le bambin, une petite tête bouclée âgée de cinq ans, s'est parfaitement comporté durant la cérémonie. Il est resté sagement assis sur sa chaise et a suivi les instructions de sa grand-mère à la lettre. Sa spontanéité n'a dû être réprimée qu'une seule fois, lorsqu'il lui a demandé ouvertement : " Mamy, combien de Souliers d'Or a gagné Messi ? " Le fait que Ronaldo ait chargé sa mère de l'éducation de Junior, en dit long sur la confiance qu'il a placée en elle et sur l'attachement qu'il porte à la famille. " Lorsque j'étais petit, je n'avais rien : ni jouets ni cadeaux sous le sapin de Noël. Je partageais ma chambre avec mon frère et mes deux soeurs, mes parents dormaient dans l'autre chambre. Notre maison était petite, mais je ne me suis jamais plaint. Je me sens très proche de mon frère et de mes soeurs, et nous nous réjouissons toujours de nous retrouver ", a-t-il un jour expliqué. Même si l'argent coule désormais à flots dans le foyer, Dolores Aveiro n'a pas oublié d'où elle vient. Même Lionel Messi en a fait l'expérience. Au gala de la FIFA, lorsque le Ballon d'Or fut attribué à CR7 en janvier 2014, Dolores s'est discrètement approchée du numéro 10 de Barcelone. Et lui a demandé s'il voulait bien poser en photo avec elle. L'espace de quelques secondes, Messi s'est senti décontenancé. La mère de son grand rival ne vient-elle pas de lui demander une photo, comme si elle était subitement devenue l'une de ses admiratrices ? La surprise passée, il a accepté avec le sourire. Cristiano n'agit pas autrement lorsque Mendes lui demande de poser en photo avec les journalistes d'ESM. Voyez, Messi et Ronaldo ont peut-être plus de points communs qu'on ne le pense... PAR STEVE VAN HERPE À MADRID - PHOTOS BELGAIMAGEPas question que maman Dolores remette le prix à son fils. C'est le président du Real Madrid, Florentino Perez, qui s'en charge.