Maladresses d'anthologie, exploits rarissimes, violences variées : internet nous refile d'innombrables curiosités, venues des quatre coins du globe. Et elles n'émanent pas que du foot pro mais aussi du foot amateur, telles celles sélectionnées pour nous par Benjamin Deceuninck lors de sa Tribune ertébéenne : lesquelles surprennent de deux manières, mais il est étonnant qu'elles surprennent à ce point.
...

Maladresses d'anthologie, exploits rarissimes, violences variées : internet nous refile d'innombrables curiosités, venues des quatre coins du globe. Et elles n'émanent pas que du foot pro mais aussi du foot amateur, telles celles sélectionnées pour nous par Benjamin Deceuninck lors de sa Tribune ertébéenne : lesquelles surprennent de deux manières, mais il est étonnant qu'elles surprennent à ce point. Soit il s'agit d'antijeu et l'on écarquille les yeux comme lors de cet Halanzy-Athus, ahuris qu'un match de P2 dégénère en échauffourées, cartons multiples et tackles sanguinaires : évidemment que oui, et n'allez pas croire qu'il s'agit d'une déplorable exception, ou d'une triste spécificité du Sud-Luxembourg ! Le foot est hélas impur partout, parce qu'il est partout polémique et partout sport de contact. La possibilité de tricher sans forcément se farcir une sanction, le sentiment rageur d'un deux poids/deux mesures arbitral qui couillonne plus qu'il favorise, tout ça n'est pas réservé au top niveau et à ses enjeux financiers : pourquoi un amateur serait-il, moins qu'un pro, exacerbé par la compétition ? A passion égale, pourquoi le rêve d'être champion de P2 serait-il moins obsédant que celui d'être champion d'Europe ? Soit il s'agit d'exploits techniques et l'on écarquille aussi ! On découvre un petit gaucher promotionnaire s'offrant un long slalom victorieux à lamaramessi et l'on se demande, inquiet, si bien des talents dignes du top ne sont pas oubliés en Ardenne profonde ! Même si l'un d'eux échappe parfois à sa brousse (qui est aussi la mienne) comme aujourd'hui Thomas Meunier, dont on nous remontre le coup du foulard l'an dernier lors de Virton-Liège : preuve indéniable qu'il est hyper-technique et donc digne du top ? Digne du top, j'espère que Thomas l'est, mais le coup du foulard a peu à voir là-dedans ! Petite parenthèse pour évoquer le geste, c'est un peu le dunk du foot, en ce sens qu'il est effectué gratuitement, pour le panache et par amour de maîtriser des postures sophistiquées : car quand tu es sur ton mauvais pied, frapper avec lui est plus simple à effectuer ou à acquérir, que t'en servir comme pied d'appui et passer ton bon pied derrière, pour frapper avec sans t'entrechoquer les guibolles ! Je dirais même plus : un buteur droitier champion du coup du foulard, mais allergique à l'utilisation de son pied gauche ne prestera jamais au top ! En fait, réussir le geste dit davantage que tu peux être un grand du foot-freeestyle qu'un grand du foot tout court (d'ailleurs, notre Desseuninque lui-même le réussit, remember ses pubs persos pas si lointaines). Ceci pour dire qu'en dépit d'une opinion courante, les footballeurs du top ne sont pas les seuls à nous montrer, le top de l'habileté footeuse. Il existe dans les bas-fonds des gestes merveilleux, réussis qui plus est sur des terrains foireux ! Voici dix jours contre Everton, Ryan Taylor pétait pour Newcastle un but qualifié d'extra-terrestre par le commentateur. Eh bien marrez-vous si vous voulez, mais mon attaquant Will avait pété pile poil le même huit jours plus tôt en P3. D'ailleurs, à l'interview, que de fois n'entend-on pas un gars du top déclarer qu'en équipes d'âge, il y avait bien plus doué que lui ? Plus tu vas vers le top, plus il faudra être fortiche pour autre chose que le tripotage du ballon : moins tu auras le droit d'être un fainéant doué ou un esthète lent ! L'importance de la technique pure s'estompe, au profit de la vitesse balle au pied, de la vitesse sans ballon, du body sans ballon, du réalisme sans ballon. C'est bien simple : si la stricte maîtrise du ballon était le paramètre de plus en plus prépondérant quand on se rapproche du top, le top serait fatalement le lieu où s'inscriraient le plus de buts. Ce n'est pas le cas, c'est même l'inverse : preuve que plus on monte dans la hiérarchie, plus les qualités sans ballon deviennent prépondérantes ! Si Thomas Meunier perce au top, ça sera d'abord parce qu'il est parvenu à être une " bête intelligente " : succédant ainsi à Gert Verheyen qui nous manque tellement ! A moi en tout cas, à Bruges aussi. PAR BERNARD JEUNEJEANLa technique ne suffit pas : il faut être une " bête intelligente " pour percer.