Le public aime les underdogs mais dans les épreuves de Six Jours, le favori est très applaudi. Bruno Risi doit son succès à son style de course, très spectaculaire. Avec son coéquipier habituel, Kurt Betschart, il a déjà remporté 33 épreuves, un record pour un duo.
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Le public aime les underdogs mais dans les épreuves de Six Jours, le favori est très applaudi. Bruno Risi doit son succès à son style de course, très spectaculaire. Avec son coéquipier habituel, Kurt Betschart, il a déjà remporté 33 épreuves, un record pour un duo. A 35 ans, Risi reste le roi de la piste. Le tandem suisse a terminé deuxième à Amsterdam, premier à Dortmund et à Munich, cette saison. Il défend son titre à Gand, où il s'était déjà imposé en 1993 et en 1996. Bruno Risi : Une piste longue requiert plus de physique et moins de technique. Il faut soigner les relais à Gand. Sur un anneau court, les coureurs peu coutumiers de la spécialité accusent rapidement un gros retard alors que sur une grande, ils peuvent parfois rivaliser avec nous. A cause de son programme et parce qu'on a déjà quelques Six Jours dans les jambes. On court très vite à Munich : c'est un peu le championnat du monde officieux. Bjarne Riis a couru à Munich l'année où il a gagné le Tour. Il a déclaré : - Plus jamais. J'ai trop souffert. Pas vraiment. Ce qui compte, c'est qu'un matador local participe, comme Rolf Aldag à Dortmund et Robert Slippens-Danny Stam à Amsterdam. Peut-être mais il y a Matthew Gilmore. Sans avoir le même crédit qu'Etienne, il est quand même le héros local. Oui. Ancien coureur, il sait ce dont nous sommes capables et ce que veut le public. Deux contre-la-montre, par exemple : le tour de la piste et le 500 mètres. C'est aussi lui qui a introduit le Supersprint. Oui, on courait moins vite mais plus longtemps. Les organisateurs ont compris que le public préférait des épreuves plus courtes où les coureurs se livrent à fond. On ne roule pas plus d'une heure sans interruption et moins tard. D'autre part, les organisateurs ont de plus en plus de mal à attirer le public. Les gens ont trop de choix et préfèrent rester chez eux, devant la TV. Le sport doit rester l'essentiel tout en étant une fête populaire avec des shows, de la musique, de la gastronomie aussi. Les gens ne vont plus au stade pendant sept ou huit heures pour le seul sport. Brême est même une Oktoberfest. Les spectateurs viennent surtout pour les activités annexes. Ce n'est pas grave. En plus, le Hall 1, où se trouve la piste, a une capacité de 7.000 places mais on vend 25.000 billets par jour. Tout le monde ne peut donc rentrer où nous courons. Ils restent amicaux. Je m'entends très bien avec Silvio Martinello et j'ai de bons contacts avec Robert Slippens et Danny Stam, qui ont le même soigneur. Une chose a changé : après une journée de compétition, nous ne buvons plus quelques bières. Les épreuves sont plus dures et à deux heures, nous sommes au lit. La concurrence est plus importante car il y a peu de Six Jours avec huit meetings par an, et que Grenoble a lieu en même temps que Dortmund. On peut s'estimer heureux de gagner une fois par saison. Et quand les quatre grandes équipes -Kappes-Beikirch, Slippens-Stam, Gilmore-McGrory et nous- sont au départ, les autres peuvent oublier la victoire. Non, même si je n'étais pas mauvais en amateurs. Je suis un amuseur. Les meilleurs du Tour sentent l'euphorie des gens mais sinon, on ne peut gâter autant le public que sur piste. Patrick Sercu, le recordman avec 88 Six Jours, en a roulé près de 230. Je compte 34 victoires en 112 courses. Kurt et moi sommes des amis depuis l'école. Nous avons roulé ensemble en catégories d'âge. Nous nous comprenons instinctivement. J'aurais peut-être gagné plus souvent en roulant parfois avec Martinello, Gilmore ou McGrory mais si on accepte une fois, les organisateurs vous demanderont de changer tout le temps. Bruno et moi sommes inséparables. Nous n'avons consenti une exception que pour dépanner Sercu. Une seule fois. Marvulli devait faire équipe avec Alexander Aeschbach mais celui-ci a chuté cinq jours avant. Le sélectionneur m'a demandé de le dépanner. J'étais en forme sans être préparé à l'événement. C'est ma femme qui m'a convaincu : - Tu as été champion du monde il y a douze ans à Stuttgart. C'est un bon présage. J'ai suivi son conseil. Nous avons eu le brin de chance nécessaire et nous avons à nouveau gagné. En fait, je voulais participer à la course aux points mais il fallait se qualifier au Mexique. Une semaine avant, je suis tombé malade. Pédaler à 2.000 mètres avec de la fièvre n'aurait eu aucun sens. Kurt et moi n'avions pas envie de courir le Madison. Notre meilleure performance reste le bronze à Bogota en 1995. Nous voulions laisser sa chance au jeune duo Marvulli-Aeschbach. Parce qu'on roule plus vite. Vous avez pourtant deux espoirs : Dimitri De Fauw et Iljo Keisse. J'espère pour Gand et le circuit qu'ils confirmeront leurs résultats chez les professionnels mais lutter pour la victoire durant les premières saisons est très difficile. Comme au Tour, non ? Le cyclisme requiert un sens tactique, qui s'apprend, et de l'endurance, qui s'acquiert au fil des années. Danny Clark a été au top pendant 20 ans, De Wilde pendant 18. Difficile à dire. Je me suis bien entraîné cet été mais j'ai perdu un peu de vitesse. Je reste rapide dans les sprints aux points mais pour le tour de piste, je manque d'explosivité. Je dois m'entraîner plus qu'avant et me reposer beaucoup. En revanche, dans les poursuites, mon expérience est un atout. Je frappe au bon moment, sans gaspiller mes forces. J'espère rouler encore quatre ans, si je reste en bonne santé. Martinello a arrêté à 40 ans et il était toujours parmi les meilleurs. Kurt et moi sommes privilégiés car nous avons de formidables sponsors suisses privés. Ça démontre que nos performances sont appréciées. Je vous ai parlé de Bjarne Riis à Munich. Il a ajouté : - C'est plus dur que rouler le Tour trois fois de suite. Il n'était certes pas un spécialiste mais quand même un bon pistard. Sa remarque me remplit de fierté. D'autres ont tâté des Six Jours : Rolf Aldag, Erik Zabel, Mario Cipollini, Olaf Ludwig, Giovanni Lombardi. Ils savent à quel point c'est dur. Dans des disciplines moins importantes, il arrive que de grandes équipes décident, de commun accord, de ne pas se battre pour les points, mais sûrement pas dans les poursuites. Comme il reste peu d'épreuves, on n'en roule plus en guise de préparation à d'autres.