Et d'abord, c'est quoi la vertu ?
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Et d'abord, c'est quoi la vertu ? Prendre des dispositions en accord avec la loi divine ? Dac mais il est où le divin ? Depuis quelques horreurs, on peut se poser la question. On peut accepter que pas mal d'humains branchent leur curseur du bon comportement sur d'autres ondes. Non ? Parce qu'un footballeur cède à la tentation du yuan, il devient une personne de petite vertu ? Mon cul (si je peux me permettre). Alors, avant de faire des pointes avec l'index sur tes lèvres en forme de coeur. Avant d'exprimer ce sentiment que la pensée judéo-chrétienne doit venir de ta prose ou de ta dithyrambe de comptoir, pense deux secondes à ce que tu ferais devant une telle tentation. Se dire qu'on pourrait mettre, à vie, des tournées générales. Tentant, non ? Allez, moi y'a une vertu qui me plaît bien, c'est celle de la modestie alors j'arrête avec mes idées sans oublier d'avancer avec mes convictions. Quand la misère toquait à l'honneur des (grands-)parents de nos petits footeux, nos contrées ont été leur Chine à eux. Le monde change. Les ambitions aussi. C'est quoi faire carrière ? Avoir trois sélections en plus ? Être champion de Série A ? So what ? Pour moi vaut mieux réussir sa vie que réussir sa carrière. Et d'ailleurs, Axel Witsel a déjà fait une très belle carrière. 474 matchs pros avec 14.782.354 ballons récupérés et à 85 % bien redistribués, et litchi sur le canard laqué, 78 buts à la clé. Ça le fait. Sans rire, quand je lis qu'il met sa carrière en équipe nationale en péril, je me dis quand même que 71 sélections, un EURO, une Coupe du Monde, c'est pas mal. Et là, en riant, je repense à ceux qui disaient, il y a encore très peu de temps : " Witsel ralentit le jeu. Witsel joue trop latéral. Nainggolan est plus fort. " Trop lent pour les Diables et tout d'un coup, trop rapide pour actionner le jackpot. Y'avait plus place pour notre perle des Tropiques et fallait en faire pour notre perle d'Asie. Sûr que dans six mois, Nainggolan va devenir le gendre idéal... Et si pour Axel, la vie c'est pognon, bling-bling et tralala, ça ne regarde que lui. Surtout qu'il est tout sauf ça. Et faire le bien de ceux qu'on aime, c'est pas formidable ? Alors évidemment se goinfrer de pognon, c'est pas forcément gage de bonheur. Évidemment, on aurait préféré le voir tous les week-ends sous le maillot de la Juve mais bon on s'en remettra, non ? Comme on se remettra si le numéro 1 mondial de l'arbitrage se laissait tenter aussi. Mark Clattenburg, 12 ans de Premier League. Il y gagne bien sa vie en sifflant. Lui, l'a déjà déclaré : " Si on m'offre une fortune, je pars ". Vas-y Mark. Son amour désintéressé de l'arbitrage, il l'a assez prouvé. Et gravé dans un art très chinois. Celui du tatouage. Les logos de l'EURO 2016 et de la finale de la Ligue des Champions sont tatoués sur ses avant-bras. Un vrai footeux quoi. Ranieri ne doit pas être tatoué, cela dit on va commencer 2017 avec ce divin qui depuis deux ans nous redonne foi en nos croyances " ballonesques ". Capable de transformer un ciel british en une aurore boréale, lui et son Leicester nous ont offert le plus beau contraste du foot. Trouver force, émotion et énergie aussi bien dans l'espoir que dans le désespoir. En 2015, alors dernier au classement, ils ont fait un deuxième tour de feu pour se sauver. En 2016, alors en tête, ils ont cramé et recramé toutes les certitudes des grands connaisseurs. En 2017, Ranieri demande à ses joueurs de retrouver l'énergie du... désespoir pour... se sauver. " Inspirons-nous de Van Gogh. Parfois les grands artistes créent leurs plus belles oeuvres quand ils sont désespérés. " Même club, même équipe... Et en trois débuts d'année, toute la palette de la vie. Tout et son contraire. Les vérités d'hier ne sont pas celles d'aujourd'hui mais deviendront celles de demain. On se quitte sur la pointe des pieds et dans la discrétion de nos certitudes en rappelant que ce n'est pas forcement avec de gros sabots qu'on fait le plus de bruit. PAR FRÉDÉRIC WASEIGE