La Coupe du Monde a plié bagage. Depuis deux semaines, tout le monde vivait encore avec les souvenirs de la grande messe allemande dans la tête. Désormais, il faut s'en faire une raison. Un événement en chasse un autre et c'est le championnat de Belgique qui occupe les esprits. Tous ? Pas encore. Cette année, les Belges ont retrouvé le chemin des terrains plus tôt qu'à l'accoutumée et à voir le nombre de spectateurs présents au stade ce week-end, on sent que la tension des grands soirs n'est pas encore présente. Que voulez-vous, c'est tout un art que de pouvoir s'enfiler une Coupe du Monde, un Tour de France et un championnat belge en gardant le même degré de concentration.
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La Coupe du Monde a plié bagage. Depuis deux semaines, tout le monde vivait encore avec les souvenirs de la grande messe allemande dans la tête. Désormais, il faut s'en faire une raison. Un événement en chasse un autre et c'est le championnat de Belgique qui occupe les esprits. Tous ? Pas encore. Cette année, les Belges ont retrouvé le chemin des terrains plus tôt qu'à l'accoutumée et à voir le nombre de spectateurs présents au stade ce week-end, on sent que la tension des grands soirs n'est pas encore présente. Que voulez-vous, c'est tout un art que de pouvoir s'enfiler une Coupe du Monde, un Tour de France et un championnat belge en gardant le même degré de concentration. Pourtant, si le spectateur peut se permettre de rentrer dans la compétition tel un diesel, le joueur, lui, doit se montrer directement efficace, au risque de voir sa saison lui filer entre les doigts. Un bon départ conditionne souvent le reste de l'exercice, a-t-on coutume de dire. Que prédire donc aux Zèbres cette saison après leur match inaugural ? Difficile à dire tant la rencontre face au Lierse ressemblait à une mise en jambes. Il y a eu du bon et du moins bon. Un premier acte équilibré, un deuxième nettement en faveur des visités. Jacky Mathijssen a commencé sa troisième saison à l'ombre des terrils avec un effectif différent de celui de ses deux précédents exercices. Certains pions importants ont disparu ( Laurent Macquet et Ibrahim Kargbo l'année passée ; Nasredine Kraouche et François Sterchele cette saison) mais le gros des fondations est toujours en place. Avec quelques patrons ( Frank Defays, Bertrand Laquait et Sébastien Chabaud) et de nombreux jeunes. Mathijssen avait décidé d'opter pour son habituel 4-3-3 et privilégié la paire Fabien Camus- Tim Smolders dans l'entrejeu et le trio Orlando- Joseph Akpala- Cyril Théréau en attaque. Avec Laurent Ciman, quelque peu décevant en préparation, sur le banc. A charge de Dante de glisser dans l'axe et de Diallo de prendre place au poste d'arrière gauche. " Je sais que vous allez me demander d'expliquer mes choix, je vais donc devancer vos questions en vous disant que j'ai fait confiance à la formation alignée en deuxième période contre Lyon, celle qui a battu les champions de France 2-0 - NDLR : C'était 3-0 à la mi-temps et 3-2 à l'issue de la rencontre. Tout le monde était d'accord pour admettre qu'il s'agissait de la meilleure période de la préparation ", a d'emblée lâché l'entraîneur carolo. Le banc avait donc fière allure avec Ciman, Grégory Christ, Izzet Akgül et Majid Oulmers. Sans oublier la star des matches amicaux, Mahamadou Habibou, auteur de cinq buts en avant saison. Trois nouveaux joueurs faisaient partie du onze de départ et aucun n'a failli à sa tâche. Le jeune Ibrahima Diallo, 20 ans, transféré après quelques jours de test a montré de la vivacité et a bien débordé sur son aile gauche. Après les sobres (mais parfois un peu pâles) prestations de Vélimir Varga et de Loris Reina, le Sporting dispose donc avec Diallo et Dante de deux solutions créatives sur le flanc gauche, de deux pions capables de créer le danger. Par contre, la jeunesse du Guinéen conjuguée à celle de son homologue brésilien (Dante a 22 ans) reste synonyme encore d'inexpérience et parfois de gestes défensifs approximatifs. Bon bulletin également pour Théréau. Ce longiligne attaquant français, issu d'Angers, a raté l'occasion de donner les trois points à sa formation mais il peut servir de point d'ancrage et fait étalage d'une bonne technique et d'un physique de déménageur. " Je suis évidemment déçu de ne pas avoir offert la victoire à ma nouvelle équipe pour mon premier match ", a-t-il affirmé. " Mais cela me donne encore plus envie de marquer. Je considère cela comme mon devoir ". Enfin, Smolders doit encore trouver ses marques dans le système prôné par Mathijssen. On l'a vu descendre très bas pour prêter main forte à Sébastien Chabaud à la construction mais il était aussi présent en zone de conclusion. La campagne des transferts avait été articulée autour des desiderata de Mathijssen qui voulait de la taille dans son noyau. Contre le Lierse, face à une équipe très athlétique, le Sporting n'a pas su profiter de la nouvelle donne. Il s'est procuré onze corners mais aucun n'a véritablement apporté le danger. " Pour marquer sur phases arrêtées, il faut un bon ballon, un peu de chance. Les Lierrois s'en sont sortis et cela fait partie du jeu ", a ajouté Mathijssen. Jamais un joueur n'avait fait autant parler de lui par son absence. Sobre et efficace quand il est aligné, Chabaud est le prototype même du joueur dont on apprécie les qualités quand... il est suspendu ou blessé. Sept mois et demi après sa blessure encourue face à la Louvière (rupture des ligaments antérieurs du genou droit) et son opération survenue le 15 décembre 2005, Chabaud a donc renoué avec la compétition. " Je n'avais pas d'appréhensions mais j'ai quand même senti que je n'allais pas franchement au duel. J'essaie cependant de ne pas trop penser à la blessure. Je perçois encore une gêne au tendon mais on m'a affirmé que c'était normal que certaines douleurs persistent. Je ressens les efforts fournis dans tout le corps mais cela ne m'empêche pas de jouer ". Pendant sept mois, Chabaud a connu une rééducation solitaire, partagée entre Capbreton en France et Monceau : " Je n'ai pas paniqué car j'avais déjà connu une pareille blessure, il y a dix ans et je savais que cela prendrait du temps. Cependant, cela apparaît très long et on se retrouve très seul. D'autant plus que j'évitais d'ouvrir la presse. Je préférais rester en dehors de tout cela ". Le voilà replongé dans le bain au sein d'un club qui lui a témoigné une pleine confiance en ne transférant qu'un joueur le temps de sa revalidation ( Sergiy Serebrennikov a été prêté par Bruges six mois). " La direction a été très correcte à ce niveau-là. Je sens que l'on compte sur moi ". En affirmant vouloir forcer les portes du top-5 et obtenir un trophée, le président de Charleroi, Abbas Bayat, a sans aucun doute manqué de réalisme. Car l'équipe alignée face au Lierse est capable de bien mieux à n'en point douter mais n'a ni la maturité ni la constance affichée par les formations qui vont se battre pour l'Europe. Contre le Lierse, elle a manqué du rythme et du liant entre les lignes pour faire plier les Pallieters. Certes, le Lierse a aligné une défense solide articulée autour de Mario Verheyen et ChineduBlessing mais les hommes de René Trost ne sont pas des foudres de guerre. Le match nul obtenu samedi constitue deux points de perdus. Et cela, une semaine avant un déplacement explosif à Sclessin. Doit-on blâmer le Sporting ? Non car il faut tenir compte de la jeunesse des éléments alignés, de la période de rodage nécessaire pour que tout se mette en place et des circonstances du match (Charleroi a copieusement dominé son adversaire en deuxième période). Néanmoins, les propos du président ont mis une pression inutile sur les épaules des joueurs et de l'entraîneur. Mathijssen a semblé crispé et sur la défensive pour commenter le match. Voire de mauvaise foi. " Il y a pas mal de pression, ici, dans la maison et cela s'est ressenti lors des dix premières minutes. Pour le reste de la rencontre, je suis très content du fonds de jeu, de la domination et des occasions de but. On en a dix fois plus que... Bruges face à Gand. La différence ? Là-bas, ce fut 5-0, ici 0-0 ". Devant le scepticisme général, Mathijssen ajoutait : " Les commentaires des journaux étaient élogieux pour évoquer la prestation brugeoise. Si ces mêmes commentaires ne le sont pas pour analyser notre rencontre, je ne comprendrais pas. A ceux qui hésiteraient encore, j'insiste pour dire que l'on a vu un bon Sporting. Il y a juste la finition qui a fait défaut. Je sais que c'est un paramètre important mais cela va venir au vu des qualités des joueurs alignés ". Et cela nous ramène à l'objectif du top-5... Le groupe mis à la disposition de Mathijssen doit encore apprendre certaines choses. Il recèle des diamants bruts qui doivent être polis. Cela demande du temps et cela coûtera des points. Comme samedi face au Lierse. Pour intégrer les places européennes, il faut un groupe qui ne lâche rien. Que ce soit devant ou derrière. Il faut plus de fluidité et un bloc compact sur le terrain. Or, cela ne coulisse pas encore parfaitement entre les lignes. Ce que réfute Mathijssen : " Je suis satisfait du liant. On a joué en bloc. Tout le monde s'est montré présent et les flancs évoluaient très haut. Quant à Smolders, il était souvent dans les parages de Théréau, signe d'une bonne communication entre les secteurs ". Avant de concéder : " Le talent, c'est aussi de l'expérience et de la lucidité. Pour cela, il faut de bonnes circonstances et profiter de la moindre erreur ". Constat de faiblesse ? Non. " Si on répète ce match, tout le monde ne va pas rester debout ici comme le Lierse y est parvenu ". Enfin, la pression générée par les ambitions affichées du club peut paralyser dans sa croissance un groupe jeune : " Il y a encore des petits réglages à faire ", explique Chabaud. " Mais on ne peut pas dire que les propos présidentiels nous aient bloqués. C'est de l'ambition. Rien de plus. Il faut mettre notre timidité du début de match sur le compte d'un championnat qui recommence, d'une nouvelle saison et de repères à trouver. On veut viser le plus haut possible et c'est légitime. Maintenant, cela ne sert à rien de parler de top-5 ou de trophée trop vite. On fera les comptes à la Noël ". Les troupes de Mathijssen sortaient de la préparation, emplies de confiance. Le test du Lierse ne doit pas tout remettre en question. La condition physique excellente affichée en fin de match est gage d'un bel avenir. La concurrence en zone offensive fournit de nombreuses solutions de rechange à l'entraîneur. Néanmoins, le Sporting est rentré dans son championnat en mode mineur. Le groupe semble solide et promis à un bel avenir mais il doit encore progresser. En aura-t-il le temps ? Dès vendredi, les Zèbres devront hausser leur niveau de jeu et le rythme des échanges. Au Standard, ils n'auront pas besoin de motivation mais ils devront faire preuve d'imagination. Mais à force d'affirmer que Charleroi fait un match parfait, peut-être le fera-t-il en bord de Meuse... STÉPHANE VANDE VELDE