Le RFC Tilleur ne déplace plus les foules d'antan mais l'endroit, entouré des briques rouges des traditionnelles habitations du bassin minier liégeois, donne l'impression de faire partie des meubles à quiconque s'y aventure. Comme au sein d'une grande famille endimanchée, venue battre le fer et supporter les Métallos, en l'honneur du passé.
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Le RFC Tilleur ne déplace plus les foules d'antan mais l'endroit, entouré des briques rouges des traditionnelles habitations du bassin minier liégeois, donne l'impression de faire partie des meubles à quiconque s'y aventure. Comme au sein d'une grande famille endimanchée, venue battre le fer et supporter les Métallos, en l'honneur du passé. Cette fois, le club fondé en 1899 reçoit l'UR Namur, dans le cadre de la D2 Amateur. Son coeur se situe à Saint-Nicolas. Voire, parfois, au-delà des Alpes. Les travées clairsemées de Buraufosse prennent des accents italiens à mesure que les supporters du cru débarquent. Des " Eh, bello ! " ou des " Ça va, Angelo ? " s'échangent ici et là avec des poignées de main franches. Sur le maillot du RFC Tilleur le drapeau vert-blanc-rouge tient une place de choix. " Tilleur, c'est un club chaud, en plein milieu d'un village, à l'anglaise. Il y a quelque chose qui se dégage de cet endroit, il ne demande qu'à revibrer ", distille Gaëtan Dell'Aera, président de longue date et patron du sponsor principal, La Capannina. Il y a plus de 22 ans, le Louviérois d'origine se fixe à Liège pour reprendre le restaurant transalpin, qui figure parmi les QG habituels des différents membres du Standard. Une affaire de famille, poursuivie sur le terrain par l'époux de sa nièce, Jérémy Falcione. Le capitaine des Métallos, formé chez les Rouches, rejoint Buraufosse en 2014 à l'occasion de la fusion entre un Tilleur à l'agonie et un Cité Sport de Grâce-Hollogne pour qui les séries provinciales sont devenues trop étroites. Ce dimanche, le capi doit sortir à la 36e alors que son équipe est menée 0-2 par les Merles namurois. De quoi agiter le coach, Christophe Kinet, grand nom des Sang et Marine de Liège, sur le banc ciel et blanc depuis 2015. À l'époque, Kiki n'avait pu empêcher la chute des siens en première provinciale. " Le plus important pour moi, c'était de savoir si le président était toujours ambitieux. Et c'était le cas : le projet était de revenir le plus rapidement possible en D2 amateur ", explique l'ancien d'Ekeren, qui réussit son pari. Remontée immédiate au cinquième échelon, pour terminer champion de la série deux ans plus tard. Mais la fête est de courte durée. En mai 2018, Christophe Kinet est pris dans un grave accident de la route et se retrouve six jours dans le coma. S'ensuit une dizaine d'opérations, une longue revalidation et un retour sur les prés, en fauteuil, " dès que possible ". " Le président m'a montré une confiance extraordinaire. Pendant que j'étais dans le coma, il a dit que je serais toujours le T1, quoi qu'il arrive. Cette solidarité, on ne la voit pas partout. C'est une expérience de vie incroyable et j'essaie de renvoyer l'ascenseur. " Le long de la ligne de touche, Kinet se tient debout. En janvier, il repassera sur le billard, deux fois, pour continuer sa " progression " et espérer la calquer sur celle de ses joueurs, honorables sixièmes l'an dernier. Cette saison, il parle de " la fin d'un cycle ". Le noyau s'est fortement rajeuni. Le remplaçant de Jérémy Falcione, Tom Panepinto, arrive tout droit de l'Académie du Standard. Du haut de ses 16 ans, il réduit la marque pour son premier but chez les adultes (1-2). Une réaction vaine qui ravit la mascotte des Namurois, évidemment déguisée en merle et qui effectue les allers-retours pour ravitailler en houblon le contingent des visiteurs, assez nombreux pour être bruyants. Alors que le Merle titube à visage découvert, dévoilant une coiffure proche de celle de Jul et effectuant en guise de célébration le signe de ralliement du rappeur marseillais, une autre vedette du ballon se terre dans l'ombre. Casquette américaine vissée sur la tête, la main dans un paquet de chips, Yannick Carrasco observe l'ensemble, calmement. " Le but, c'est de jouer les cinq premières places ", reprend Gaëtan Dell'Aera, un poil agacé par l'apathie de la commune. " Pour l'instant, on manque de moyens et d'infrastructures. S'il y a un vrai boom, j'accueillerais avec plaisir un autre investisseur. L'idée, ce serait d'envoyer un courrier à des clubs anglais ou allemands, peu importe, pour devenir partenaire. " Et pourquoi pas en Chine, tant qu'on y est ?