Trop pressé, François s'enfonce dans les toilettes sans tenir compte des logos. De quoi provoquer les rires de l'assemblée, mais pas lui faire perdre la mémoire une fois soulagé. Parce que même au moment où son RFC Seraing est malmené à la mi-temps sur la pelouse du voisin du CS Visé, ce fan quadragénaire des Métallos garde le cap sur les vraies priorités.
...

Trop pressé, François s'enfonce dans les toilettes sans tenir compte des logos. De quoi provoquer les rires de l'assemblée, mais pas lui faire perdre la mémoire une fois soulagé. Parce que même au moment où son RFC Seraing est malmené à la mi-temps sur la pelouse du voisin du CS Visé, ce fan quadragénaire des Métallos garde le cap sur les vraies priorités. " Ce qui m'embête le plus, c'est qu'on ne remporte plus de derbies : depuis la reprise du club par la Royale Union liégeoise en 1996, on n'a jamais gagné contre le RFC Liège. C'est dur parce que lors de nos dernières années en Division 1, on avait aussi du mal à battre le Standard. Et pourtant... une victoire contre Liège et notre saison est réussie ! " Depuis le mois d'août, François et ses acolytes ont néanmoins bien d'autres occasions de se réjouir puisque leur RFC figure dans le top 3 de la D1 amateurs. Une position conforme aux ambitions du président Mario Franchi. " Le groupe était déjà compétitif l'an dernier, on lui a adjoint quelques transferts pour en faire une très bonne équipe ", lance-t-il, assis sur un petit banc niché le long des vestiaires. " Je pense notamment à Olivier Werner, gardien de but d'expérience, et à Leroy Labylle, formé au Standard et qui a joué huit ans aux Pays-Bas. Ce genre de gars issus d'un niveau plus élevé nous manquaient pour passer un cap. " Ce cap, c'est la D1B. Un rêve enfin redevenu accessible pour les Métallos. Privés de transferts par la FIFA pendant trois mercatos*, les Rouge et Noir sortent de deux saisons " au repos forcé ", estime Jo, un supporter costaud tout de noir vêtu. " On a essayé de garder de la conviction, de poursuivre l'animation mais ça n'a pas été facile. On a supporté l'équipe, mais sans ambition vu que chaque année, on était sauvés à la mi-championnat et qu'il n'y avait plus rien à jouer derrière. " Une situation que l'entraîneur Christophe Grégoire n'est pas près d'oublier, lui qui rejoint le club en 2016 avec l'ambition, déjà, d'atteindre la D1B au plus vite. " L'interdiction de transferts a complètement changé la donne ", analyse-t-il, les mains dans les poches de son jogging estampillé RFC. " D'un coup, il fallait uniquement penser au maintien et à faire prendre de la bouteille à nos jeunes. On s'est accrochés, on a pris goût à ce travail et au final, ils ont saisi l'opportunité de montrer leurs qualités et on a flirté avec le top 4. C'est sûr que sans ces résultats, ça aurait été très compliqué de garder le moral. " Dans les coulisses, les choses bougent encore. Le procès entre le RFC Seraing et le fonds de placement Doyen Sports d'une part et l'UEFA, la FIFPRO et l'Union belge de l'autre devrait connaître une issue ce jeudi 14 novembre. La Cour d'appel de Bruxelles doit ainsi statuer sur le fait que la FIFA interdise complètement le TPO ou non. " La FIFA a cru s'attaquer à un petit club, mais ils sont mal tombés avec nous : on est têtus ", affirme Mario Franchi, complété par Christian Bartosch, le responsable administratif. " Nous réclamons des dédommagements financiers et nous devons encore chiffrer à combien s'élèvent les contrariétés liées à la descente de D1B, à l'annulation de tous nos transferts, etc... Ça peut solidement monter ! " Et, qui sait, avoir une influence internationale proche de celle de l'arrêt Bosman. Les yeux rivés sur le terrain, Christophe Grégoire se réjouit de redémarrer avec les mêmes ambitions qu'à son arrivée, le tout aux côtés de son ami Luigi Pieroni, nouveau T2. L'ancien buteur mouscronnois remplace Patrick Tamburrini, en place depuis trois saisons. " Tout se passait vraiment bien avec Patrick, mais ses obligations professionnelles l'empêchaient d'être disponible comme on le souhaitait ", explique Grégoire. " Quand on se revendique pro, on ne peut pas travailler avec un adjoint qui n'est pas présent à chaque séance ou qui arrive cinq minutes avant le début de la rencontre... " La complicité et les affinités du duo Grégoire-Pieroni couplées à l'expérience de l'ancien Diable Rouge sont censées accompagner les jeunes déjà aguerris dans le projet de montée. La levée de l'interdiction de transferts, en janvier dernier, a également eu le don de réveiller le FC Metz, partenaire des Serésiens depuis 2013 mais beaucoup plus discret ces derniers mois. La suite annoncée de la collaboration a de quoi séduire : journées de détection organisées par le RFC avec présence de formateurs messins, matchs amicaux entre formations belges et françaises et mini-stages avec les équipes de Metz pour les meilleurs éléments métallos. " Fin octobre, nous avons eu notre première réunion avec Olivier Perrin, le responsable du centre de formation de Metz ", se félicite Philippe Dallemagne, directeur technique de l'école des jeunes depuis l'été dernier, moment où il a quitté... le CS Visé. " On veut faire passer le message aux jeunes belges que l'on a un projet intéressant : un partenariat sérieux avec un club de Ligue 1 française, que l'on peut suivre au quotidien et qui est distant de seulement 250 kilomètres. " Depuis le début de la collaboration entre les deux entités, 17 joueurs ont été prêtés par les Lorrains aux Liégeois. Pas toujours avec réussite. " Quand je suis arrivé, les nombreux joueurs envoyés par Metz n'étaient pas spécialement les plus forts ni habités des meilleures intentions ", regrette Christophe Grégoire... contrecarré par son président. " Matthieu Udol est monté avec Metz en Ligue 1, Thomas Didillon est à Anderlecht... On a toujours eu le choix de prendre ou non les joueurs proposés par Metz. C'est VincentCiccarella ( le directeur sportif, ndlr) qui se rendait sur place pour les scouter. " À entendre Christophe Grégoire, il a tout de même fallu que le RFC clarifie ses idées auprès de ses homologues français. Cette saison, Raouf Mroivili est en tout cas le seul Messin du noyau métallo. Il est titulaire. Depuis l'été dernier, le nombre d'enfants affiliés au centre de formation sérésien flirte à nouveau avec les 600. Soit le double des saisons dernières, puisque la FIFA avait étendu son interdiction de transferts aux jeunes. " Le club a décidé de réinscrire 38 équipes ", précise Philippe Dallemagne. " Il y a une aide assez conséquente de la Ville au niveau des rémunérations de certains entraîneurs, donc on veut garder un rôle social tout en ayant des équipes d'élite. " Le projet est encore en phase de développement, mais l'idée est d'arriver à inculquer une seule et même philosophie de jeu à travers des PowerPoints envoyés par Dallemagne aux coachs avec tous les entraînements à dispenser. " Nous voulons casser les clivages en mélangeant les joueurs des équipes d'une même catégorie ", ajoute l'ancien formateur du RFC Liège et du Standard. Fort de son expérience aux quatre coins de Liège, le sexagénaire caresse toujours - plutôt secrètement - l'ambition d'associer les différentes forces vives principautaires. " Liège, Seraing et Visé rassemblés en dessous du Standard, ça serait très fort ", jure-t-il, prudent. Alors que Visé mène 2-0, l'heure est plutôt au marasme dans la tribune visiteurs occupée par les Sérésiens. Chacun y va de son petit reproche : au gardien " pas assez solide ", au marquage " à deux kilomètres " ou à Christophe Grégoire, " trop gentil " d'après Jacques, un septuagénaire au chapeau et à la moustache. " Même les joueurs le disent : il doit plus serrer la vis ", pense-t-il. À quelques mètres de lui, le sourire de Viviane sert une autre grenadine. " Il faut être positif : j'ai confiance en Monsieur Franchi ", explique Mamy, l'une des responsables des supporters, cinquante saisons de stade dans les jambes et un long manteau bleu sur les épaules. " Maintenant, s'il nous lit, on aimerait beaucoup qu'il nous aide au niveau des cars, cela devient cher de se déplacer... " L'instant qui suit, Mamy sert les dents, se retourne vers ses joueurs puis leur crie de rester " con-cen-trés ". François en profite pour revenir dans la conversation. " Le départ d' Arnauld Mercier est une énorme perte : il a fait un énorme boulot pour créer l'équipe, il était présent tous les jours au club et était comme un papa pour les joueurs. " Fin août, le directeur sportif de l'époque rejoint en effet Waasland-Beveren en tant que coach principal. " Arnauld rêvait de la D1 comme tout le monde. C'était impossible de le retenir et ce n'est pas une question de salaire parce que je ne suis pas sûr qu'il gagne plus que ce qu'il avait chez moi ", commente le président Mario Franchi. Plébiscité au Pairay, Mercier a eu une réussite - certes courte - bien éloignée de celle de ses prédécesseurs au poste de directeur sportif, Axel Lawarée et Jocelyn Blanchard. En coulisses, certaines sources imputent ces échecs à Vincent Ciccarella, bras droit du président Franchi, et ancien directeur sportif. Officiellement, Ciccarella n'est plus que conseiller de Franchi - au même titre qu'un certain LucianoD'Onofrio - depuis qu'il a décidé de prendre du recul pour privilégier sa famille il y a quelques mois. Mais sa présence quotidienne au club semble signifier qu'il n'a jamais réellement quitté son poste. Arrivé en 2016 dans le but de succéder à Ciccarella en tant que directeur sportif, Lawarée a rapidement été mis de côté au profit de... Ciccarella. " L'équipe ne tournait pas sportivement ", justifie Mario Franchi. " Axel a des qualités, mais on ne pouvait pas fonctionner complètement comme un club de D1A. Vincent apportait ce mélange pro-amateur dont l'équipe avait besoin. " Lawarée est donc devenu directeur de l'école des jeunes pendant trois saisons. Pas prolongé, l'ancien buteur du club est aujourd'hui manager au Centre national de l'Union Belge à Tubize. Le cas de Blanchard est plus énigmatique. Débarqué en février 2019 pour assurer le lien entre le club, Metz et Génération Foot, l'académie-partenaire des Messins à Dakar, l'ancien médian de la Juventus est reparti en juin. Plusieurs sources suggèrent qu'il commençait à prendre trop de place. Quoi qu'il en soit, Ciccarella conteste son implication. " C'est très réducteur de me rendre responsable du départ de ces différentes personnes, j'ai d'ailleurs très peu côtoyé Jocelyn Blanchard ", confie-t-il par téléphone. " J'ai une certaine personnalité : je suis boulimique de travail, pointu, méticuleux, donc c'est clair que je n'hésite pas à faire part de certaines remarques, mais toujours dans un but constructif, sans jamais attaquer personne. Si je suis encore dans le parcours, c'est uniquement parce que mon grand ami Mario Franchi m'a demandé de rester. Mais comme je demande personnellement pour prendre du recul, je ne vois pas pourquoi je mènerais la vie dure à mes successeurs. " Contactés, Jocelyn Blanchard et Axel Lawarée n'ont pas voulu livrer leur version. Le cas du directeur sportif semble intimider pas mal de monde à Seraing. Même au sein des supporters. " Ciccarella n'est pas mauvais, mais il est limité dans son réseau, ses capacités et son expérience. Ce n'est pas avec lui que l'on va monter ", finit par lancer un fan anonyme au cou cerclé d'une écharpe noir et rouge. Sollicité sur la question, le président Franchi se montre ferme et fidèle. " Tant que je n'ai pas trouvé un directeur sportif capable de reprendre le terrain en cas de problème avec le coach, Vincent restera auprès de moi. " Il y a quelques semaines, le nom de José Riga a circulé lors de réunions entre dirigeants, mais aucun contact officiel n'a été pris et l'ancien coach du Standard a depuis lors rejoint le CS Visé. Selon le responsable administratif, Christian Bartosch, les directives concernant le choix du directeur sportif devraient venir de Metz en concertation avec le président Franchi. En attendant, les Métallos viennent de remonter deux buts à leurs hôtes visétois pour s'offrir un match nul inespéré (2-2). Dimanche, c'est le derby contre le RFC Liège. Un prono, François ? *Le 1er juillet 2017, le club a été sanctionné d'une interdiction de transferts et d'une amende pour avoir enfreint les règles relatives à la propriété des droits économiques des joueurs par des tiers (TPO) et à l'influence de tiers.