Vendredi, dans un stade Constant Vanden Stock plein à craquer, les deux meilleures équipes du pays devront relever les mêmes missions : défendre leurs intérêts dans la lutte pour le titre mais aussi redorer le blason du football belge. Malgré l'énormité de l'enjeu dans le cadre d'un championnat qui approche de son dénouement, le deuxième défi des heureux qui se retrouveront sur la pelouse d'Anderlecht-Standard est le plus important.
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Vendredi, dans un stade Constant Vanden Stock plein à craquer, les deux meilleures équipes du pays devront relever les mêmes missions : défendre leurs intérêts dans la lutte pour le titre mais aussi redorer le blason du football belge. Malgré l'énormité de l'enjeu dans le cadre d'un championnat qui approche de son dénouement, le deuxième défi des heureux qui se retrouveront sur la pelouse d'Anderlecht-Standard est le plus important. Depuis des mois, les amoureux de ce sport se pincent le nez, chaussent des bottes pour franchir la gadoue des matches truqués, de la corruption passive, des interrogatoires, des révélations, des auditions, des inculpations de dirigeants, d'entraîneurs, de managers et de joueurs. Le foot n'est-il donc plus que le reflet d'une société déboussolée où on assassine un jeune, Joe, dans une gare bruxelloise pour lui voler son MP3 ? Les pessimistes avancent que la cupidité et la bassesse ont toujours été de ce monde : Judas n'avait-il pas trahi Jésus-Christ pour 30 pièces d'or ? Ailleurs, on sursaute en apprenant qu'il y aura un risque de prostitution forcée lors de la Coupe du Monde en Allemagne avec des méga bordels de luxe à Berlin, etc. Révoltant. Le Parlement européen a condamné ce phénomène et c'est dire à quel point le football est agressé, hélas, par tous les dangers mafieux. Dans le cadre de la D1, les Mauves et les Rouches ont le choix. C'est le moment de rendre une partie de ce que le football leur a apporté : l'enthousiasme de leurs formateurs, les succès, la renommée, de bons salaires, une vie agréable, etc. A eux de prouver que le football professionnel est resté un art qui rapproche les gens, pas une sphère peuplée d'égoïstes sans foi ni loi ne pensant qu'à l'argent. Oui, Anderlecht-Standard, ce sera aussi cela, tout en se souvenant des bons moments d'autrefois : nous y revenons abondamment dans ce magazine en parcourant les années '60, '70, '80, et '90 sans oublier l'époque actuelle. Alors, il reste à espérer que tous les acteurs du film de vendredi prochain, au kinefoot du Parc Astrid, respecteront les vraies valeurs : il y a tant de jeunes qui les regardent. Cela fait partie de leurs responsabilités. Messieurs, n'oubliez pas votre tenue de gala. Après tout ce gris, un beau match au sommet offrirait un peu de couleurs à ceux qui travaillent, tant bien que mal, à l'Union Belge et à la Ligue Professionnelle, afin de requinquer la baraque. Si des messages positifs ne viennent pas du terrain, les progrès seront moins rapides. Bruxellois et Liégeois disposent de toutes les potentialités afin de signer une magnifique affiche. Avec un point d'avance, les hommes de Dominique D'Onofrio s'appuieront sur leur défense de fer. Cette ligne fait penser aux grandes DCA rouches tressées dans le temps par Michel Pavic, René Hauss et... Raymond Goethals. Vedran Runje n'a ramassé que 24 ballons dans ses filets. Ce rideau sera soumis à rudes épreuves à Anderlecht. Le leader liégeois a pris l'habitude de tendre son piège défensif à hauteur de la ligne médiane depuis qu'il a accueilli Jorge Costa, le roi du placement intelligent. A Anderlecht, ce bastion devra se passer d' Oguchi Onyewu, suspendu, et ce sera un handicap pour le Standard qui ne marque plus facilement depuis un mois. L'absence de Sergio Conceiçao se fait sentir. Sans un nouvel obus de Milan Rapaic, les Liégeois auraient probablement perdu des plumes face au Brussels. Anderlecht s'est rassuré contre Westerlo et Grégory Pujol (trois buts) a confirmé les atouts offensifs des Mauves de Frankie Vercauteren qui possèdent, de loin, l'attaque la plus productive de l'élite (67 buts, 16 de plus que le Standard !). Anderlecht présente plus d'atouts techniques que le Standard. Les Liégeois opposeront leur esprit d'équipe à ce surplus de talent. Le titre, la Ligue des champions et le choc des styles seront au centre du débat. A 270 minutes de la fin du championnat, on se lèche les babines : il ne reste plus qu'à attendre la fête de vendredi. PIERRE BILIC