P auwels brise le silence. C'est le titre du livre qui sort la semaine prochaine. Envie d'évacuer de vieilles frustrations ? En quête de petites rentrées financières supplémentaires ? Crise de la quarantaine - il sera quadragénaire en août ? " Je n'ai pas besoin de ce bouquin pour exister ", tranche le beatnik mouscronnois. " J'ai mon boulot de recruteur à Monaco, je m'épanouis sur la RTBF. Ma démarche n'a rien de vénal. J'ai fait ce livre pour mettre fin aux rumeurs et rétablir mon honneur. Il y a deux ans, je me faisais descendre dans l'émission de la VRT ( Le tacle de la mafia) sur les matches truqués. On me dit aujourd'hui : -Mais c'est fini, quand même, plus personne n'en parle. Fini ? Les traces sont toujours là et ce ne sont pas des petites traces. Je ne veux pas faire une comparaison avec Marc Dutroux et la pédophilie, mais... Il y a des idées qui sont difficiles à effacer. Et même après les mises au point que je fais dans mon bouquin, je trouverai toujours bien l'un ou l'autre illuminé pour me nuire. Toutes mes vérités sont dans ce livre. Après, c'est fini, je ne parlerai plus de ce qui m'est arrivé depuis mon C4 à La Louvière - le début de mes ennuis. J'étais un dirigeant respecté d'un club qui étonnait en jouant la tête du classement, mais quelques mois plus tard, je n'étais plus qu'un vulgaire bandit. Je n'ai pas été sali que dans le village du coin : des journaux étrangers comme L'Equipe m'ont consacré des articles destructeurs. Certains se sont bien amusés en profitant de ma situation difficile. Un petit con, dirigeant d'un club wallon, a lancé un bruit : j'avais fait des voyages en Chine et c'était suspect dans le contexte ambiant. J'ai dû montrer mes passeports, mes extraits bancaires. Evidemment, je n'avais jamais mis un pied chez les Chinois. J'ai été cité comme un proche collaborateur de gens trempés dans le scandale des paris. Ce sont ces gars-là que j'attaque dans mon livre ".
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P auwels brise le silence. C'est le titre du livre qui sort la semaine prochaine. Envie d'évacuer de vieilles frustrations ? En quête de petites rentrées financières supplémentaires ? Crise de la quarantaine - il sera quadragénaire en août ? " Je n'ai pas besoin de ce bouquin pour exister ", tranche le beatnik mouscronnois. " J'ai mon boulot de recruteur à Monaco, je m'épanouis sur la RTBF. Ma démarche n'a rien de vénal. J'ai fait ce livre pour mettre fin aux rumeurs et rétablir mon honneur. Il y a deux ans, je me faisais descendre dans l'émission de la VRT ( Le tacle de la mafia) sur les matches truqués. On me dit aujourd'hui : -Mais c'est fini, quand même, plus personne n'en parle. Fini ? Les traces sont toujours là et ce ne sont pas des petites traces. Je ne veux pas faire une comparaison avec Marc Dutroux et la pédophilie, mais... Il y a des idées qui sont difficiles à effacer. Et même après les mises au point que je fais dans mon bouquin, je trouverai toujours bien l'un ou l'autre illuminé pour me nuire. Toutes mes vérités sont dans ce livre. Après, c'est fini, je ne parlerai plus de ce qui m'est arrivé depuis mon C4 à La Louvière - le début de mes ennuis. J'étais un dirigeant respecté d'un club qui étonnait en jouant la tête du classement, mais quelques mois plus tard, je n'étais plus qu'un vulgaire bandit. Je n'ai pas été sali que dans le village du coin : des journaux étrangers comme L'Equipe m'ont consacré des articles destructeurs. Certains se sont bien amusés en profitant de ma situation difficile. Un petit con, dirigeant d'un club wallon, a lancé un bruit : j'avais fait des voyages en Chine et c'était suspect dans le contexte ambiant. J'ai dû montrer mes passeports, mes extraits bancaires. Evidemment, je n'avais jamais mis un pied chez les Chinois. J'ai été cité comme un proche collaborateur de gens trempés dans le scandale des paris. Ce sont ces gars-là que j'attaque dans mon livre ". Stéphane Pauwels : Bien sûr. Je ne renie rien de mon passé. J'ai lu que j'avais été disc-jockey. C'est vrai. Et alors ? J'ai aussi lavé des voitures. Et des assiettes. J'ai fait du porte à porte pour vendre des encarts dans des petits journaux. J'ai fait la moisson dans des fermes. Tout cela m'a permis de me construire. Il y en a qui s'amusent toujours à faire circuler l'image de Pauwels-le-parachuté. Comme si je ne méritais pas ce que je fais à Monaco et à la RTBF. Je réponds que je suis le seul dirigeant belge à m'être assis sur le banc lors d'une Coupe d'Afrique des Nations - quand j'étais manager de l'équipe algérienne. Que j'ai vécu quatre ans dans un vestiaire de Ligue des Champions - à Lille. Je discutais avec David Beckham et Ruud Van Nistelrooy comme je vous parle pour le moment. Ceux qui me démolissent pourraient prendre la peine d'interroger des légendes du foot avec lesquelles j'ai bossé : Vahid Halilhodzic, Claude Puel, Georges Leekens, Robert Waseige, etc. Mais c'est plus facile de détruire sans rien recouper. Les journalistes de la VRT auraient pu questionner ces gens-là. Et surtout me donner l'occasion de me défendre dans leur reportage. J'ai le même problème que les entraîneurs de D1 qui n'ont pas joué au plus haut niveau : à la moindre occasion, on leur flanque ça au visage. Je devrai éternellement me justifier par rapport aux gens du monde du foot. Mais quand Dominique Leone, Herman Van Holsbeeck, Luc Devroe ou Willy Reynders veulent un avis autorisé sur un renfort potentiel, c'est quand même moi qu'ils appellent ! Dans ces moments-là, ils se souviennent que je suis salarié d'un très bon club de Ligue 1. Non. C'est la RTBF qui m'a permis de reprendre des couleurs. Mon boulot pour Monaco n'a pas beaucoup de visibilité en Belgique. Par contre, on a appris à me connaître via la télé. Quand j'ai été viré de La Louvière, j'ai fait des copies de documents compromettants. Lorsque la VRT a diffusé son reportage, j'ai décidé de faire un livre. Mais je ne pouvais pas me le permettre à l'époque, j'étais dans une situation trop sensible. Il m'a fallu du temps pour redevenir crédible après tout ce qu'on avait raconté. Quand j'ai débuté à Studio 1, je dérangeais. Aujourd'hui, beaucoup de gens disent que j'avais raison depuis le début. La preuve avec Nicolas Frutos : il est encore blessé, non ? (Il rigole). Je peux aussi me tromper. J'avais dit que Dieudonné Owona avait un potentiel fantastique. Aujourd'hui, il se plante au Brussels, dans une équipe en bois. C'est comme ça. Je ne cherche pas à être un nouveau Marc-Olivier Fogiel ou un nouveau Thierry Ardisson. J'ai mon style et ça plaît. La concurrence m'a sollicité. Je peux quitter la RTBF du jour au lendemain, je n'ai pas de contrat écrit. Mais j'ai un contrat moral qui vaut bien plus. Si je dois progresser à la télé, ce sera sur la RTBF. Je me verrais bien à l'animation d'un talk-show ou d'une émission de jeux, par exemple. Je sais ce que je sais faire, mais aussi ce que je suis incapable de faire. Qu'on ne me demande pas d'assumer une émission littéraire. Pourtant, j'ai été élevé au Brel, au Brassens, au Ferré. Je suis un mordu de concerts et de débats politiques. J'ai reçu l'éducation d'un père instituteur et directeur d'école. Mon père est tout sauf Stéphane Pauwels : réservé, renfermé, intellectuel, très Vieille France. Il a beaucoup d'humour, mais c'est raffiné. Il ne raconte pas de blagues de cul... Je ne peux pas laisser tomber mon procès - NDLA : voir encadré. J'irai au bout de ce combat. C'est une question d'honneur, pas d'argent : je n'attends pas les thunes de la VRT pour aller en vacances à Knokke ou à La Panne... C'est impossible d'effacer des souvenirs pareils. J'ai connu des moments difficiles sur le plan financier après mon C4 à La Louvière, mais ça, ce n'est pas grave. Ce qui m'a fait mal, c'est de devoir vendre la maison que ma femme aimait. Elle l'avait elle-même transformée. Mais nous ne savions plus la payer. Moi, je pourrais vivre dans une tente au milieu d'un champ, je n'ai pas besoin d'une porte électrique et d'un écran plat. Mais pour elle, ce fut terrible de devoir abandonner la maison de son c£ur. C'est elle qui a le plus souffert. Beaucoup plus que moi. En un an, elle a pris des coups terribles : mon C4, le fait que je ne rapporte plus d'argent, la vente de la maison, puis le reportage de la VRT. C'est la goutte qui a fait déborder son vase. En rue, on lui disait que son mari avait acheté des matches avec Pietro Allatta. Moi, j'ai su être dur pendant un long moment. Parce que j'ai connu beaucoup de choses dans ma jeunesse, parce que j'ai bourlingué, parce que j'ai vu des trucs graves lors de mes voyages en Afrique notamment. Mais j'ai aussi fini par sombrer. Je restais inanimé pendant deux heures dans le divan, ça cogitait. Ma fille disait à sa maman : -Papa, il est pas bien. Ma détresse, c'était un coup de poing supplémentaire pour ma femme. Heureusement, la petite n'a pas été polluée. Elle a entendu des choses mais ça ne l'a pas marquée. Elle ne sait même pas ce que je fais comme métier. Depuis qu'elle a vu des images de mon boulot en Algérie, elle dit : -Papa, il fait courir des garçons et il cherche des gentils pour son équipe... Uniquement en Flandre. Pour certains là-bas, Pauwels reste le type aux longs cheveux qui a chipoté avec Allatta. Mon livre sera sans doute traduit en néerlandais : ce serait une bonne façon de mettre les choses au point dans toute la Belgique. Le préjudice financier est impossible à chiffrer. Mais c'est clair que ça a complètement orienté ma carrière. Des présidents qui étaient sur le point de m'embaucher ont reçu des coups de fil destructeurs. On leur disait que j'étais un voyou. Mon étiquette m'a coûté cher. Moi, avant ces histoires, je ne demandais qu'une chose : pouvoir continuer à bosser à La Louvière. J'avais un plan de trois ans pour amener ce club très haut et c'était bien parti. J'étais le plus jeune manager général de D1 et ça marchait bien. Je suis sûr qu'un grand club serait venu me chercher là-bas. Avec tout mon respect pour Herman Van Holsbeeck et Luc Devroe, eux non plus n'ont pas fait une grande carrière de joueur et ils ne sont connus qu'au niveau belge. Moi, j'ai travaillé en France, en Ligue des Champions, en Afrique, à la CAN. Je suis déjà devenu un pestiféré après mon départ de La Louvière, je ne pense pas que je le deviendrai une deuxième fois. De toute façon, qu'est-ce que c'est, le foot belge ? 18 présidents. Enlevez les clubs flamands, où je suis de toute façon déjà barré. Il reste Anderlecht, le Standard, Mouscron, Mons, le Brussels et Charleroi. Et l'Union Belge. Mais vous pensez que j'ai envie de travailler pour les gens de la Fédération ? Si j'entre dans cette maison de retraite, ce ne sera pas avant d'avoir 75 ans. Bosser pour eux, non merci. Je ne refuserais pas un poste à Anderlecht ou au Standard, mais vous croyez qu'on a besoin de moi pour faire le recrutement à Anderlecht ? Ça va être dur ! Il ne faut pas croire que je me réveille chaque matin en attendant un coup de fil du Sporting. Et le Standard a déjà son mode de fonctionnement. De toute façon, le club belge de mon c£ur, c'est Mouscron. En Belgique, il n'y a qu'un seul recruteur qui m'impressionne : Willy Reynders, à Genk. Aller chercher Elyaniv Barda en Israël, je dis : -Chapeau. C'est facile de dire que la Justice ne fait pas son boulot, mais on n'a pas arrêté de la court-circuiter. A part la Justice, tout le monde a été risible dans cette histoire. L'Union Belge, les médias. Où est la liste des parieurs que détenait l'Union Belge ? Ça me fait penser aux cassettes de Dutroux qui se sont évaporées. Mais bon, quand je vois comment la Fédération m'a traité... C'est au moment de mon C4 à La Louvière qu'elle aurait dû me convoquer. J'avais fait entrer plus de 2 millions dans les caisses du club en vendant des joueurs, j'avais construit une équipe avec 60.000 euros, et avec ça, on jouait la tête du classement. Mais Filippo Gaone m'a quand même viré. Tout en déclarant que j'avais ma place comme manager d'un club du Top 3 ! Ils auraient dû se poser des questions à l'Union Belge. Les vraies raisons de mon C4, je les explique dans mon livre. Il fallait que je dégage pour laisser les petites pratiques s'installer. Je n'aurais jamais dû accepter de travailler là-bas. Les gens doivent se rendre compte que si la Fédération est aussi malade, c'est parce qu'il y a des attitudes aberrantes. Il y a plein de trucs qui ne vont pas dans notre foot. La gestion de l'affaire des matches truqués, le dossier Vandereycken, le bazar Namur/Geel, l'absence d'un organisme de contrôle financier des clubs comme il y a la DNCG en France, l'absence d'une commission d'éthique que Jean-Marie Philips promet pourtant depuis deux ans, etc. Tout le monde sait que c'est un bordel sans nom mais personne ne dit rien. C'est l'omerta. Les trois petits singes. Mais quand va-t-on ouvrir les yeux ? Tout le monde est devenu fataliste, c'est ça le plus malheureux : ça ne va pas mais c'est comme ça... Un des objectifs de mon livre est de réveiller les gens, de les conscientiser. Depuis que je suis gosse, j'essaye de faire bouger les choses. A 14 ans, j'étais le petit Che Guevara de mon école : je ne m'amusais pas à faire le malin devant les filles mais je voulais changer ce qui ne marchait pas. Il faudra des aveux écrits. J'y crois. Il y en a qui finiront par craquer, quand ils ressentiront le besoin de se défaire d'un fardeau. Il a fallu dix ans à Marion Jones pour avouer... Des joueurs m'ont tout expliqué, mais pour eux, il était hors de question de témoigner. Parce qu'il y avait ce phénomène de peur. On parlait de truands encagoulés qui traquaient les joueurs susceptibles de cracher le morceau : ça fout les boules. Je m'en fous. De toute façon, ceux qui ont triché m'ont déjà bien attaqué depuis trois ans. Certains ont peur. L'avocat d'un type dont je décris les méthodes a exigé de pouvoir lire le manuscrit. Sans succès. Un autre m'a écrit que je risquais de me retrouver en prison si je parlais de lui. Ce sont justement deux des gars qui m'ont créé tous mes ennuis... Les arroseurs arrosés. S'ils n'ont rien à se reprocher, ils ne doivent pas avoir peur, quand même ! Je ne fais que relater des faits. Preuves à l'appui. Des preuves qui feront mal à certains, c'est clair... Tout est expliqué. Prouvé. Et déposé... On va comprendre que ceux qui ont voulu se faire passer pour les M. Propre du foot belge ont menti comme des arracheurs de dents. Je suis assez gentil avec Filippo Gaone. J'explique comment il s'est fait bouffer, comment il est tombé dans un jeu qu'il ne maîtrisait plus. Je ne nomme pas les personnages principaux des scandales. Pour des raisons juridiques. Mais tout le monde les reconnaîtra. J'ai préféré leur donner des surnoms révélateurs : le Chevalier blanc, l'Avocat du diable, le Bouquiniste. Et par respect, je ne cite pas les joueurs qui m'ont avoué avoir reçu des enveloppes du Chinois. Oui. Mais ces gens-là savent que j'ai raison dans ce que j'avance. Un entraîneur était au courant de ce qui se passait dans son équipe mais fermait les yeux. J'ai appelé un président pour l'avertir qu'il y avait des trucages dans son club et il m'a répondu : -On ne dit rien. par pierre danvoye - photos: reporters/ gouverneur