S téphane Demol : " Au cours de l'hiver 2009, alors que j'entraînais les Chypriotes d'Ethnikos Achna, j'avais reçu un appel du manager Didier Frenay. Il voulait savoir si j'étais intéressé par le poste de coach au Germinal Beerschot. J'étais quatrième avec mon club à cette époque et j'aspirais franchement à créer la surprise en fin de saison en montant sur le podium aux côtés de l'Apoel Nicosie ainsi que de l'Anorthosis Famagouste. J'avais donc décliné l'offre mais quelques mois plus tard, l'homme était à nouveau revenu à la charge, pour Charleroi cette fois. Entre-temps, la situation avait changé. Au lieu de s'immiscer dans le top-3, l'équipe était rentrée dans le rang. Et, parallèlement, je commençais à trouver le temps long là-bas. Contrairement à mes expériences précédentes à Athènes, à Panionios comme joueur d'abord puis Egaleo en tant qu'entraîneur, les connexions aériennes avec la Belgique étaient beaucoup plus compliquées dans mon cadre de travail.
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S téphane Demol : " Au cours de l'hiver 2009, alors que j'entraînais les Chypriotes d'Ethnikos Achna, j'avais reçu un appel du manager Didier Frenay. Il voulait savoir si j'étais intéressé par le poste de coach au Germinal Beerschot. J'étais quatrième avec mon club à cette époque et j'aspirais franchement à créer la surprise en fin de saison en montant sur le podium aux côtés de l'Apoel Nicosie ainsi que de l'Anorthosis Famagouste. J'avais donc décliné l'offre mais quelques mois plus tard, l'homme était à nouveau revenu à la charge, pour Charleroi cette fois. Entre-temps, la situation avait changé. Au lieu de s'immiscer dans le top-3, l'équipe était rentrée dans le rang. Et, parallèlement, je commençais à trouver le temps long là-bas. Contrairement à mes expériences précédentes à Athènes, à Panionios comme joueur d'abord puis Egaleo en tant qu'entraîneur, les connexions aériennes avec la Belgique étaient beaucoup plus compliquées dans mon cadre de travail. A la longue, ma petite famille me manquait. Aussi, la perspective de travailler au Mambourg était idéale pour resserrer ces liens-là. Le Sporting n'était toutefois pas la destination la plus facile en Belgique et dans mon entourage, plusieurs crièrent au fou à l'idée que j'aille travailler là-bas. Mais plus on tentait de me dissuader, plus j'avais envie de tenter l'aventure. Frenay m'avait d'ailleurs donné tous ses apaisements : - Le nain de jardin et son oncle, je les maîtrise, pérorait-il à propos de Mogi et Abbas Bayat. Les premiers contacts avec eux s'étaient bien passés. A tel point que je ne m'offusquais même pas de travailler sans contrat signé en bonne et due forme. Nous avions un accord verbal entre nous et ça suffisait pour moi. Avec le recul, je me dis que j'aurais quand même mieux fait de tout coucher sur papier. Car certains termes n'ont jamais été respectés, ou en partie seulement. Il était prévu, par exemple, que le club me verse une prime à la signature. J'en ai finalement obtenu la moitié ; le reste colle toujours aux mains de Mogi aujourd'hui. Cet argent-là, je n'en verrai jamais la couleur, évidemment, dans la mesure où rien n'était stipulé par écrit. " " Avec Mogi, j'avais affaire à un garçon très intelligent, qui se doublait d'un véritable connaisseur en matière de football, contrairement à son oncle . Mais au fil des semaines, j'ai pu découvrir également d'autres facettes nettement moins reluisantes du personnage : sa malhonnêteté intellectuelle et son caractère de cochon par exemple. C'est bien simple, il était odieux avec tous ses subordonnés. Pas un n'échappait à ses foudres. Ni les joueurs, ni le staff technique. Pour moi, c'était trop. Il dépassait les bornes. Un jour, il s'est emporté sur DominiqueHennin, coupable selon lui d'avoir transformé les Zèbres en bourrins. Désolé mais c'est manquer singulièrement de respect envers un homme qui, avec Guy Namurois du Standard et Mario Innaurato d'Anderlecht, compte parmi les meilleurs préparateurs physiques de l'élite. Mogi a réussi aussi à faire pleurer un fidèle serviteur comme Mario Notaro. Une honte, car si quelqu'un a bien mérité du club, c'est assurément lui. Mais la scène la plus terrible, je l'ai vécue avec Michel De Wolf. - Espèce de chiffe molle, je parie que tu ne fais pas 2 de tension sur le banc, lui a dit Mogi un jour. Michel riposta en ces mots : - Je n'ai peut-être pas assez de tension mais je connais quelqu'un qui en a trop. Sur ce, le duo s'est retrouvé tête contre tête. J'ai bien cru que des coups allaient se perdre. Finalement, il n'en fut rien mais l'histoire n'était pas terminée pour autant. - Jette ton T2 dans le couloir, m'ordonna Mogi. Je lui répliquai que ça ne faisait pas partie de mes attributions. Raymond Mommens, témoin de la scène, se mit à suer sang et eau tout en ne pipant mot. Ce n'est pas lui qui allait s'en mêler, chacun le connaît. A partir de ce jour-là, tout s'est progressivement dégradé entre le manager du club et moi. Il ne supportait pas que quelqu'un lui tienne tête. Tout comme il avait une sainte horreur que l'un ou l'autre lui fasse de l'ombre. Or, il en allait bel et bien ainsi pour moi, car l'équipe tenait la route à ce moment. J'avais même été invité à Match 1 pour m'expliquer sur cette bonne passe. Avant de me rendre sur le plateau, j'avais été reçu par Abbas dans ses bureaux à Bruxelles. Sans la présence de Mogi, qui n'avait guère apprécié d'être écarté des débats... Au départ, Mogi m'avait donné carte blanche. Mais au fil des semaines, il se montra toujours plus pressant. Il tenait absolument à ce que j'aligne Adlène Guédioura, notamment. Mais je ne l'entendais pas du tout ainsi. Le Franco-Algérien était trop indiscipliné, tant sur le terrain qu'en dehors. Il n'en faisait qu'à sa tête. Quand je lui demandais de veiller au grain devant la défense, en couverture de Magid Oulmers et d' Hervé Kagé, il restait deux minutes en place avant de s'époumoner aux quatre coins de la pelouse. A sa place, j'avais une solution de rechange toute trouvée : le jeune Sénégalais Paul Keita, qui est aujourd'hui sous mes ordres au PAS Ioannina et suscite les convoitises de l'AEK et du Panathinaïkos. Mais Mogi ne voulait pas lui offrir de contrat. Il avait tout bonnement peur que je privilégie la piste du nouveau-venu au détriment de l'autre, plus expérimenté, et qui était censé rapporter de l'argent. En temps normal, je n'étais déjà pas pro-Guédioura. Et il n'améliora sûrement pas sa situation après une rixe avec Oulmers sur le parking. Pour moi, il était classé de manière définitive. Et pour les autres aussi, d'ailleurs. Lors d'un vote, pas moins de 25 joueurs, de même que tous les membres du staff technique, se prononcèrent en faveur de sa mise à l'écart du noyau. Le seul qui était contre, c'était Mogi, bien sûr. Il voulait que je le réhabilite. Pire : que je le refasse jouer. C'était exclu, évidemment. Du coup, il n'a cessé de me chercher des misères. Dans le vestiaire, il se faisait un malin plaisir à configurer l'équipe en 4-3-3 ou en 4-4-2 au tableau. Tantôt pour appuyer Guédioura, tantôt pour faire plaisir à Cyril Théréau. Le Français était d'avis que cette formule pouvait être expérimentée de temps à autre au lieu de s'en tenir à un trident avec lui au milieu, devant, flanqué d' Habib Habibou et de Grégory Christ. Sans compter que Mogi voulait aussi que j'accorde du temps de jeu à Sébastien Chabaud alors que tout le monde savait qu'il était en délicatesse avec sa hanche. MohamedChakouri aussi devait trouver grâce à ses yeux malgré ses problèmes de poids récurrents. En fait, il ne supportait pas les gens qui ne faisaient pas ses quatre volontés. Et il faisait valoir son influence partout. Je me rappelle avoir téléphoné un jour à mon ancien pote Jean-François de Sart pour qu'il ménage en Espoirs Geoffrey Mujangi-Bia, qui relevait de blessure. Malgré cette demande, le garçon fut aligné. Mogi voulait qu'il compte une sélection de plus, histoire de pouvoir demander un peu plus pour lui en cas de revente. " Le lundi précédant notre déplacement à Zulte Waregem, le 31 octobre, je m'étais rendu une nouvelle fois chez Abbas. Pour moi, la situation était devenue complètement irrespirable et je lui demandai de trancher entre moi, qui avais la prétention de travailler correctement, et son neveu qui me mettait constamment des bâtons dans les roues. Le président opta pour un statu quo. Avec le recul, je me dis que j'aurais dû présenter ma démission à ce moment et non le samedi suivant, jour du match au Gaverbeek. Je regrette aussi de l'avoir avisé par sms alors que j'étais au stade et que j'avais d'autres moyens à ma disposition. Certains ont dit que je n'étais pas en état de le faire. C'est archi-faux. Mes assistants, que j'ai mis les premiers au parfum, peuvent attester que j'étais bel et bien sur les lieux. Quelques joueurs aussi, au demeurant. Comme Habibou qui a voulu m'empêcher de rejoindre mon véhicule. Mais le mal était fait et Mogi en a profité pour me noircir. C'est d'abord l'alcool qui fut mis en cause. D'accord, je n'ai jamais craché sur un verre de bière, mais de là à arriver soi-disant torché au stade, il y a une marge. Je me souviens que PierreBilic était venu un jour au Mambourg pour réaliser l'interview d'un joueur. Après coup, nous avions bu le verre de l'amitié avec mes assistants, Mario et Michel. Mogi est passé à côté de notre table à un moment donné et son regard en disait long sur son appréciation envers nous. Dans la foulée, j'avais dit aux autres qu'il allait à nouveau me dépeindre comme un ivrogne alors qu'à l'exception de Mario, chacun y était allé d'une tournée, sans plus. Pierre s'était d'ailleurs montré disposé à témoigner si Mogi avait voulu m'enfoncer à ce propos. Mogi a dit aussi que mon mariage battait de l'aile et que je souffrais d'un cancer. Je tiens à préciser que je vis toujours sous le même toit avec mon épouse Muriel et mes trois enfants, Luka, Joy et Jett. Et je n'ai pas le moindre problème de santé. Mais c'est vrai qu'un jour, durant ma période à Charleroi, j'ai eu peur. Après être passé aux toilettes, j'avais remarqué du sang au fond de la cuve. Idem lors d'un deuxième passage. Des examens ont révélé que je souffrais de polypes aux intestins. Elles ont été enlevées et la biopsie des tissus n'a rien révélé de fâcheux. J'aurais pu attaquer le club pour tous ces mensonges. En lieu et place, c'est Abbas qui a porté l'affaire devant les tribunaux. Je dois en définitive rembourser 3.200 euros pour rupture unilatérale d'un contrat qui n'existait pas sur le papier. C'est moins que les 81.500 euros réclamés par le club. Tout bien considéré, c'est le club qui est grand perdant, tant sur les plans financier que sportif. Personnellement, j'ai bien rebondi comme le prouve mon accession parmi l'élite du football grec avec le PAS. Charleroi, lui, ne peut en dire autant. Et sans doute Abbas se sera-t-il mordu les doigts en ne se séparant pas beaucoup plus tôt de Mogi, comme je le lui avais soufflé. Malgré les déboires que j'ai connus chez les Zèbres, je n'en souhaite pas moins bon vent au club. Il n'est pas interdit de penser que j'y retournerai un jour. Car j'aime Charleroi. La chance de Luka Peruzovic, s'il trouve un terrain d'entente avec Abbas pour prolonger son contrat, c'est qu'il aura affaire à un homme sérieux. Moi, par contre, j'ai dû composer avec un binôme fait d'un gars bien et d'un faux jeton. Et malheureusement, dans ce cas-là, c'est toujours le négatif qui l'emporte. " PAR BRUNO GOVERS" La moitié de ma prime de signature colle toujours aux mains de Mogi Bayat "" Le nain de jardin et son oncle, je les maîtrise ", me disait Didier Frenay.