Il y a quelques années, David Henen pouvait flâner comme bon lui semblait sur le célèbre Royal Albert Dock. La passion du football et les beuveries quotidiennes des Scousers, comme on appelle les habitants de Merseyside, l'ont incité à fuir de Liverpool à Manchester. " Un jour, Samy, mon frère aîné, a été poursuivi dans les rues de Liverpool. On l'avait pris pour moi... ", raconte David Henen en souriant.
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Il y a quelques années, David Henen pouvait flâner comme bon lui semblait sur le célèbre Royal Albert Dock. La passion du football et les beuveries quotidiennes des Scousers, comme on appelle les habitants de Merseyside, l'ont incité à fuir de Liverpool à Manchester. " Un jour, Samy, mon frère aîné, a été poursuivi dans les rues de Liverpool. On l'avait pris pour moi... ", raconte David Henen en souriant. " Quand j'avais envie de prendre l'air, je tirais mon capuchon sur ma tête ou je prenais une casquette. On voit des choses incroyables à Liverpool mais je préfère encore ça à l'indifférence des Monégasques. Il n'est quand même pas normal qu'on laisse tranquilles des vedettes comme James Rodriguez et Radamel Falcao ? " Henen en a vu de toutes les couleurs à Monaco et Everton n'a pas été un succès non plus. Entre les deux, il y a eu un transfert fantôme à l'Olympiacos. À la fin de son contrat à Everton, en juin, Henen a parcouru la moitié de l'Europe à la recherche d'un club où il pourrait enfin lancer sa carrière. " La Belgique constituait ma priorité mais la réalité m'a vite rattrapé. Les équipes belges s'effrayaient de ma réputation. J'ai donc étudié toutes les propositions étrangères avec un esprit ouvert et j'ai tenu à me rendre sur place, pour tout juger de mes yeux. Le raisonnement de mes agents était simple : si un club te veut vraiment, il doit montrer ce qu'il a à te proposer. J'ai visité les installations de Rubin Kazan et de Krasnodar en Russie, j'ai discuté avec des clubs de deuxième Bundesliga, j'ai reçu une invitation de Malaga et j'ai eu des conversations téléphoniques avec différents entraîneurs. Mais je n'ai senti de déclic nulle part. Je n'avais toujours pas de club au début de la préparation. Ma famille a été gagnée par la nervosité et, pendant mes vacances, mes managers m'ont soumis des propositions auxquelles je devais immédiatement répondre par oui ou non. J'étais sur le point de craquer quand, fin août, j'ai reçu le coup de fil de la délivrance de Mehdi Bayat. " Tu as raconté à plusieurs reprises que Roberto Martinez avait joué un rôle important dans ton transfert à Charleroi. DAVID HENEN : Martinez connaissait ma situation et il a téléphoné à Mehdi Bayat, de sa propre initiative. Celui-ci m'a ensuite contacté. On lui avait raconté que j'étais fou et ingérable. Apparemment, Martinez a réussi à convaincre Bayat du contraire. Mon passé ne constituait donc pas un obstacle pour Charleroi. Maintenant, je veux polir mon image et me débarrasser de cette étiquette. C'est en partie ce qui motive mon retour en Belgique. Ce retour n'était qu'une question de temps. À chaque campagne de transfert, tu étais cité au Standard, au Club Bruges ou à Anderlecht. HENEN : Il y a eu des contacts réels avec le Standard ces deux dernières années mais sans que nous soyons proches d'un contrat. Nous en étions encore au stade des entretiens de reconnaissance. Le Standard connaissait évidemment les histoires qui circulaient sur mon compte. Les gens peuvent penser ce qu'ils veulent de moi. Ce qui compte, c'est le présent et donc Charleroi. Le jour où j'éclaterai en Belgique, tout le mérite en reviendra à Charleroi. Il est le premier à m'avoir offert une chance dans le circuit professionnel et, depuis quelques semaines, tout va vite. J'ai obtenu mes premières minutes de jeu, ma première titularisation et j'ai marqué mon premier but parmi l'élite. Tu t'es entraîné un moment avec l'Antwerp. Pourquoi ton transfert ne s'est-il pas fait ? HENEN : C'est ainsi. Point. Je ne veux pas en dire plus. En 2014, tu as quitté le mondain Monaco pour Liverpool. Le football était complètement différent et tu ne parlais pas un mot d'anglais. Comment as-tu supporté ce choc culturel ? HENEN : Au début, ma famille m'a beaucoup manqué. À Monaco, je pouvais encore compter sur ma mère, qui y a vécu avec moi pendant un an et demi, et mon frère Samy, un coureur de 400 mètres. La direction de Monaco lui avait trouvé une place au club d'athlétisme local. En Angleterre, j'ai dû me tirer d'affaire tout seul. Roberto Martinez, Romelu Lukaku et Kevin Mirallas m'ont bien accueilli mais j'ai quand même dû me débrouiller. Pour survivre à Liverpool à 18 ans, il faut parler anglais. Comme je suis d'un naturel sociable, j'ai rapidement acquis les bases de l'anglais. J'étais bien entouré, en plus : pendant quatre ans, j'ai pu faire appel à une équipe comprenant une femme de ménage, un masseur, un prof de yoga, un prof de langues et un cuisinier personnel que je pouvais contacter quand je n'avais pas envie de manger à l'extérieur. Quel impact a eu la présence de Lukaku ? HENEN : On avait des discussions sérieuses et il me donnait des conseils. Par exemple comment choisir ma position sur une passe. Il trouvait aussi que je devais choisir mes moments pour dribbler. Je dois dire qu'à l'entraînement, Romelu est impressionnant. Il est encore plus concentré sur la finition qu'en match. Dès qu'il est sur le terrain, il ne pense plus qu'à une chose : marquer. Tu étais considéré comme un des plus grands talents belges de ta génération. Il y a trois saisons, tu a subitement joué en League One, la division trois anglaise, à Fleetwood Town. Qu'es-tu allé faire là ? HENEN : Martinez m'a dit : " Va prendre des coups en division trois. " ( Rires) De fait, j'en ai pris. Les défenseurs, des monstres de 1m90, n'appréciaient pas ma vivacité et ils me fauchaient. Je ne devais pas compter sur l'aide des arbitres : ils faisaient semblant de rien et laissaient jouer, en général. J'ai fini par m'habituer au rude football de League One. Je m'y suis même amusé. Ces quelques mois en division trois n'ont certainement pas été néfastes pour mon développement personnel. Vous savez qui m'a convaincu d'y jouer ? Mousa Dembélé. Un de mes managers m'a présenté à lui. Il m'a dit : " Si tu as le choix, prends l'obstacle le plus difficile. " À ton arrivée, la presse anglaise t'a qualifié de nouveau " prodige " d'Everton. HENEN : Everton avait investi beaucoup d'argent en moi, d'où ce surnom. (Il paraît qu'Everton a versé plus d'un million d'euros à Monaco et à l'Olympiacos, ndlr.) Durant la première saison, j'ai été élu meilleur joueur de l'académie, j'ai obtenu un nouveau contrat de trois ans assorti de belles primes. Tout ça a augmenté les attentes. Les supporters pensaient qu'il ne me faudrait plus beaucoup de temps avant de disputer mes premières minutes de jeu en Premier League. Tu n'y es jamais parvenu. Rétrospectivement, tu te dis qu'il était irréaliste de faire de la Premier League ton objectif ? HENEN : J'en ai été très proche durant la saison 2015-2016. Martinez a été limogé à la fin de cette saison. Pour un jeune qui cherche à gagner une place dans le noyau A, un changement d'entraîneur est toujours un moment délicat mais je suis parvenu à gagner progressivement la confiance du nouveau manager, Ronald Koeman. Mais après son départ, le 23 octobre 2017, et l'arrivée de Sam Allardyce, j'ai perdu mes illusions. Ses résultats n'étaient pas mauvais car il a casé Everton à une jolie huitième place mais il développait encore le vieux kick and rush et ne voulait pas entendre parler des jeunes. Une carrière peut prendre un envol très rapide en Angleterre plus qu'ailleurs. Je me suis longtemps accroché pour ça. Mais tu n'as pas obtenu de nouveau contrat ? HENEN : On discutait depuis des mois d'un nouveau contrat mais quand on n'a pas obtenu sa chance pendant quatre ans, il vaut mieux partir. J'avais déjà perdu assez de temps comme ça. La direction estimait que je n'avais plus rien à faire en réserve mais m'a demandé d'être patient. Je n'étais qu'un numéro pour elle. Gylfi Sigurdsson, Wayne Rooney, Cenk Tosun, Theo Walcott, Richarlison, Kevin Mirallas, Romelu Lukaku comptaient à ses yeux. À Charleroi, tout le monde, le président, l'entraîneur et mes coéquipiers, me donnent le sentiment d'être indispensable. Tu as pu t'entraîner avec le Standard dès tes 14 ans. Tu n'as pas plafonné trop longtemps ensuite ? HENEN : J'ai été mûr très tôt. Trop tôt, comme je le réalise maintenant. Tout est allé trop vite. Je me suis entraîné avec des hommes comme Régi Goreux, Landry Mulemo, Eliaquim Mangala... J'avais la tête dans les nuages. Dominique D'Onofrio, qui était alors directeur technique du Standard, a essayé de me maintenir dans le droit chemin. Dominique me protégeait chaque fois que je faisais un pas de travers. Son décès m'a terriblement affecté. J'aurais voulu lui montrer que ses efforts n'avaient pas été vains. C'est au Standard que tu as acquis l'étiquette de garçon ingérable. HENEN : J'ai dû quitter mes quatre frères et soeurs et le paisible Libramont, dans la province du Luxembourg, pour vivre à Liège. Je ne voyais ma famille que le week-end, quand elle assistait aux matches. Que fait un gamin seul dans une ville comme Liège ? Des bêtises. J'ai brossé l'école pour aller jouer au foot avec mes copains. Je ne m'intéressais qu'aux entraînements et je ne pensais qu'à marquer un but le week-end. Mais je ne regrette rien. Tout ce que j'ai fait de bien ou de mal a été une étape de mon développement. Tu étais le king au Standard et pourtant, en 2012, tu as opté pour Anderlecht. Quel sentiment te laissent tes deux années au Sporting ? HENEN : ( il hésite). Bon, je vais revenir une dernière fois sur mon passage à Anderlecht. Au Standard, je marquais quarante buts par saison et mon entourage se demandait avant chaque match si j'allais encore réussir un hat-trick. J'ai dû repartir deà zéro à Anderlecht. Je n'ai pas eu la chance d'un Youri Tielemans : c'était un enfant de Neerpede et il était un peu privilégié. Mais je rigole quand on raconte que j'ai échoué à Anderlecht. J'y ai montré de belles choses et le club a été bien à mon égard. Seule la fin aurait pu être meilleure. Tu as été trop impatient à Anderlecht, comme le prétend ton manager, Christophe Henrotay ? HENEN : C'est ainsi. J'ai mûri, de ce point de vue. J'ai réalisé qu'il ne suffit pas d'avoir deux jambes, qu'il faut que tout suive : l'aspect mental, l'entourage, le style de vie. Ma période à Monaco a été particulièrement instructive. Ce club ne me convenait pas et je l'ai donc quitté. Ça n'avait rien à voir avec mon soi-disant tempérament capricieux. Je ne suis pas un footballeur instable comme d'aucuns le prétendent.