5O jours : la présence de Francky Dury (51 ans) sur le banc des Diables, comme T2, n'aura été qu'une brève parenthèse. Trois déplacements, trois défaites (Tchéquie, Espagne, Arménie). Il avait signé jusqu'à fin décembre, terme du contrat de Frankie Vercauteren. La démission du T1 et l'arrivée précipitée de Dick Advocaat ont mis fin à sa belle aventure. Enfin, belle...
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5O jours : la présence de Francky Dury (51 ans) sur le banc des Diables, comme T2, n'aura été qu'une brève parenthèse. Trois déplacements, trois défaites (Tchéquie, Espagne, Arménie). Il avait signé jusqu'à fin décembre, terme du contrat de Frankie Vercauteren. La démission du T1 et l'arrivée précipitée de Dick Advocaat ont mis fin à sa belle aventure. Enfin, belle... Francky Dury : Tout à fait. Il est normal qu'Advocaat choisisse directement des adjoints de longue durée. La presse en a parlé. Mais pour moi, c'était hors de question. Vercauteren a déjà eu un intérim difficile. Si je l'avais remplacé, les circonstances auraient été encore plus délicates. Je me serais suicidé en prenant le poste. Je ne suis pas resté longtemps chez les Diables mais j'ai quand même eu le temps de comprendre que c'était compliqué de porter les deux casquettes. Après l'Espagne et l'Arménie, je suis revenu à Waregem le jeudi après-midi. Avec tous les problèmes des Diables dans ma tête. Deux jours plus tard, on jouait contre Courtrai. Et on a perdu... J'avais sous-estimé la difficulté du cumul. Maintenant, si la Belgique avait gagné ses deux matches et si mon équipe avait battu Courtrai, on aurait peut-être dit que Dury était un grand coach ! Nous n'avons pris qu'un point sur six contre le Cercle et Courtrai après mes séjours avec les Diables : à cause d'une malchance énorme (65 % de possession de balle pour nous contre Courtrai, 9 corners pour nous et aucun pour eux, 25 tirs au but pour Zulte et 9 pour Courtrai, et 0-2 au bout du compte !), mais j'ai quand même entendu des supporters faire la réflexion que ça se serait mieux passé si j'étais resté au club. Je n'ai jamais joué au niveau international, et là, j'ai eu l'occasion de côtoyer les meilleurs joueurs belges. Je suis dans mon club depuis 1994 et j'ai encore trois ans de contrat : je commençais à entendre que je manquais d'ambition. En travaillant pour les Diables, j'ai prouvé le contraire. (Il réfléchit longuement). Avec tout ce que je sais aujourd'hui... c'est difficile de répondre. Je suis coach dans un club et j'ai des responsabilités ici. Je pensais aussi que mon boulot en équipe nationale serait moins compliqué. Je croyais qu'on allait pouvoir travailler convenablement, dans une bonne ambiance, sans tenir compte du passé. Mais... J'ai vite ressenti un climat incertain. La première explication, c'est la série de mauvais résultats depuis des années. Chez les Diables, à Zulte Waregem ou ailleurs, c'est le même combat : l'ambiance se détériore quand les résultats ne suivent pas. On ne demande plus le ballon, on ne prend plus d'initiatives, on ne parle plus. Je ne sais pas. Il n'avait pas de boulot quand on lui a proposé la place, ça a joué. Il a cru que tout allait changer suite au départ de René Vandereycken. S'il avait réussi, tout le monde poserait aujourd'hui la même question : -Fallait-il engager Advocaat ? Mais il a souffert de son étiquette de dépanneur. C'est comme si tu quittais ton boulot dans quelques mois : demande un service à un collègue et il va t'envoyer à la gare. Non. Mais il était presque impossible que ça se passe bien là-bas, après la gifle en Espagne. Quand nous sommes partis à Erevan, il n'y avait définitivement plus aucun espoir de qualification. Et c'est partout la même chose, pas seulement en football : quand il n'y a plus de challenge, plus de but, et qu'en plus tu travailles avec un coach qui ne sera plus là trois mois plus tard... Tout le monde était désolé et abattu : le staff technique, l'équipe médicale, les dirigeants. Pfffttt... Je pense, oui. Si tu es pro, tu dois être abattu après avoir perdu contre une équipe pareille. C'est partout pareil. Zulte Waregem a le 12e ou le 15e budget de D1. Depuis quatre ans, nous avons terminé une fois sixième, une fois septième, une fois cinquième. Mais il y a quand même des joueurs de ce club qui disent que Dury peut partir. Nous avons perdu la semaine dernière à Bruges : ceux qui sont restés sur le banc râlaient de ne pas avoir joué ; ceux que j'ai remplacés en cours de match étaient fâchés de ne pas avoir pu tout jouer ; certains qui ont tout joué m'ont dévisagé comme si j'étais responsable de la défaite ; et ceux qui se sont bien débrouillés reprochaient à des coéquipiers de ne pas avoir été bons. C'est le foot. J'ai travaillé trois ou quatre semaines avec le noyau : assez pour comprendre le haut niveau de certains avec leur club. J'ai vu quelques vrais pros: Thomas Vermaelen, Jan Vertonghen, Steven Defour, Olivier Deschacht, Maarten Martens, Stijn Stijnen. Et quelques autres encore. Mais mets-toi à leur place... Tu travailles en même temps pour une gazette où ton boulot t'ennuie, et pour un magazine de charme qui te passionne. Ta motivation sera différente chaque fois que tu rédigeras un texte pour ton magazine de charme ! Pour beaucoup de joueurs, le maga de charme, c'est leur club. Et le journal qui les ennuie, c'est l'équipe nationale. Mais tout peut changer. Imagine que dans deux ans, les Diables tournent bien et qu'Everton rame : à ce moment-là, Marouane Fellaini sera peut-être plus performant avec la Belgique qu'avec son club. Un autre problème, c'est la panne de leaders chez les Diables. En Tchéquie et en Espagne, je n'ai vu que des joueurs motivés à l'échauffement. Et c'est normal de l'être quand tu joues contre la meilleure équipe du monde, hein ! Mais dans les deux cas, la Belgique s'est subitement écroulée et a laissé filer le match : après l'égalisation des Tchèques et après le deuxième but espagnol. Parce qu'il n'y avait personne pour reprendre les choses en mains. Qui a les capacités pour être un patron dans le noyau ? Personne. Dans toutes les grandes équipes belges d'hier il y avait des coaches sur le terrain. Certains doivent avoir une attitude plus pro. Je n'en dirai pas plus. Sur ce que je n'ai pas vu, je me tais. S'il y en a qui sont sortis ou ont essayé de le faire, c'était pendant la nuit. Moi, j'ai 51 ans, et la nuit, je dors. Non. Pas d'autre commentaire. Je suis persuadé qu'il va convoquer les mêmes joueurs parce qu'il n'a de toute façon pas le choix. La Belgique n'a pas 10 bons attaquants. Pas 20 backs droits de haut niveau. Pas beaucoup de gardiens. Il va appeler tout le monde et parler avec ceux qui ne jouent pas à leur niveau en équipe nationale. La grande différence entre lui et Vercauteren, c'est que tout le monde sait qu'Advocaat est là pour deux ans et demi : les joueurs qui veulent rester dans le noyau savent qu'ils devront le suivre. (Il réfléchit). Je constate une chose. Quand Vandereycken a été nommé, il a pris plein de critiques avant de commencer son boulot. A cause de sa communication, essentiellement. Maintenant, Advocaat vient parler une heure à la Fédération et tout le monde dit : -Waouw, c'est ça qu'on veut. Ce n'est pas correct. Attendons de voir. Advocaat a quand même dit qu'il était aimable quand tout allait bien mais embêtant quand ça allait mal. On ne soigne pas les coaches belges, c'est ça le problème. Aux Pays-Bas, il y a une association des entraîneurs. Un club étranger ou un pays appelle cette association et dit : -Nous voudrions engager Advocaat. On va lui répondre : -Il est pris mais on peut vous proposer Co Adriaanse. Ou X. Ou Y. C'est comme ça que les Hollandais sont partout. C'est comme ça qu'un Arno Pijpers se retrouve à la tête du Kazakhstan. Trinidad et Tobago n'a pas engagé un Belge mais Leo Beenhakker. Alors, il ne faut pas s'étonner d'avoir quatre coaches hollandais à la même Coupe du Monde. Et d'avoir une vingtaine d'entraîneurs de ce pays au plus haut niveau, un peu partout sur la planète. Il y a quelques jours, j'ai appris que le T2 de Manchester United était un Hollandais. Un gars dont je n'avais jamais entendu le nom ! Ils font leur pub partout et ça marche. Ici, rien. Même en Belgique, les Belges ont du mal à se faire accepter. Je peux comprendre qu'on tente le coup avec un étranger pour secouer les habitudes. Les Pays-Bas l'avaient fait avec Ernst Happel. Les Anglais avec Fabio Capello. Mais j'ai quand même du mal quand je vois qu'on ne sonde même pas Hugo Broos ou d'autres quand la place se libère chez les Diables. (Il rigole). Tu me poses une très bonne question... Il y a un peu plus de 20 ans, la Belgique a joué une demi-finale de Coupe du Monde. Qu'a-t-on semé entre-temps ? Rien. Et que récolte-t-on ? Rien, c'est logique. On n'avance dans aucun domaine. Les structures sont mauvaises : beaucoup de clubs sont des ASBL alors que les sociétés qui progressent sont surtout des sociétés anonymes. On ne progresse pas au niveau des stades. Idem en ce qui concerne les complexes d'entraînement. Et il y a tous ces cumuls délicats, effectivement. Quand tu laisses chaque porte de la maison un peu ouverte, tu prends le risque que les problèmes s'introduisent par chaque petite ouverture. De Witte et Collin travaillent bien à la Fédération, mais... La saison dernière, De Witte a démoli l'arbitrage après un match de Gand à Genk. Quelques heures plus tard, un journaliste lui a demandé : -Vous pensez que vous pouvez encore rester président de la Ligue Pro ? Que pouvait-il encore répondre ? Il était foutu ! C'est difficile d'avoir deux employeurs, et aujourd'hui, je sais de quoi je parle. Les cumuls sont possibles, mais seulement quand tout va bien. Je ne suis que le coach de Zulte-Waregem : qui suis-je pour affirmer des choses pareilles ?... (Il rigole). Oui, bien sûr. par pierre danvoye"Je me serais suicidé si j'avais succédé à Vercauteren."