Le 9 février 1936, à huit ans, Marinus Jacobus Hendricus Michels a reçu son premier équipement de football. Son père et ses cinq frères n'avaient jamais réussi à attirer l'attention de l'Ajax, si proche de leur domicile. A 12 ans, avec le coup de pouce du commissaire du club d'Amsterdam, Joop Köhler, Rinus est devenu membre aspirant mais la vie n'était pas facile : on ne mangeait pas toujours à sa faim. " J'ai même avalé des bulbes de tulipes " dit-il.
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Le 9 février 1936, à huit ans, Marinus Jacobus Hendricus Michels a reçu son premier équipement de football. Son père et ses cinq frères n'avaient jamais réussi à attirer l'attention de l'Ajax, si proche de leur domicile. A 12 ans, avec le coup de pouce du commissaire du club d'Amsterdam, Joop Köhler, Rinus est devenu membre aspirant mais la vie n'était pas facile : on ne mangeait pas toujours à sa faim. " J'ai même avalé des bulbes de tulipes " dit-il. Sa carrière s'est accélérée à partir de juin 1946. Il a marqué cinq buts contre ADO La Haye (8-3). L'Ajax formait une jeune équipe avec Rinus, Gerrit van Dijk, Jan Potharst, Guus Dräger, Cor van derHart, Joop Stoffelen. Costaud, Michels avait le sens du but, un brillant jeu de tête mais son bagage technique n'était pas brillant. Toutefois, son intelligence le démarquait des autres. Dès les catégories d'âge de l'Ajax, il s'est intéressé au métier d'entraîneur. Dès qu'il avait quelques minutes, il s'emparait d'un livre. Il a collectionné les diplômes : école de Commerce, gymnastique de rééducation, massage, éducation physique puis entraîneur. Un coéquipier témoigne : " Il savait aussi s'amuser. Après les matches, il chantait sous la douche, Beautiful Island ou Somewhere, même quand nous avions perdu. Pourtant, plus tard, si un entraîneur ne supportait pas la défaite, c'était bien lui. " Lieutenant pendant son service militaire, il n'a jamais gagné une fortune comme joueur. En 1958, quatre ans après les débuts du foot pro aux Pays-Bas, une grave blessure au dos l'a privé du terrain. De 1945 à 1958, il a joué 264 matches pour l'Ajax et marqué 122 buts. Un constat amer l'animait : " Un meilleur entraîneur aurait tiré plus de moi. Le niveau est trop faible ". Le général était né. Le 22 janvier 1965, l'Ajax l'engagea pour remplacer l'Anglais Vic Buckingham. Il avait droit à 2.000 florins par mois. L'équipe était en ruines. Michels a introduit les mises au vert, s'est plongé dans la diététique, JohanCruijff et Piet Keizer sont devenus les premiers pros à temps plein. Il a instauré une discipline de fer. " On ne peut créer d'atmosphère familiale si on veut affûter les joueurs ". Michels a conçu le football total. " Il faut surprendre l'adversaire par des actions, des permutations nombreuses dans les lignes et entre elles. Tous pouvaient attaquer, à condition de s'acquitter de leurs tâches défensives ". Bilan à l'Ajax : quatre titres, trois Coupes, la première C1 du club. En 1971, une semaine après le miracle de Wembley face au Panathinaikos, Rinus Michels rejoignit Barcelone pour une petite fortune, sans susciter trop de regrets parmi ses joueurs. 1988 : les Pays-Bas battent l'Allemagne en demi-finale de son EURO. Pour eux, c'est le match du tournoi. En 1974, alors que Michels était superviseur de l'équipe orange, celle-ci avait conquis les c£urs mais pas le titre. " Si nous perdons encore, je vais devenir le Poulidor des entraîneurs ". Et puis, une victoire contre l'URSS serait le premier prix emporté en 20 ans sans Cruijff, qui lui avait offert un premier titre à Barcelone après deux années difficiles. Complices, les deux hommes ont progressivement pris leurs distances. Certains estiment que Cruijff était le vrai architecte du foot total, celui qui, en 1974, eut l'idée d'aligner Arie Haan, alors libéro offensif. Il incita Marco van Basten à la rébellion : " Tu es le meilleur avant. Ne te laisse pas aligner à gauche ". Le sélectionneur : " Marco, tu pars si tu veux ". Il resta et marqua en finale mais pour Michels, Ruud Gullit était la star du tournoi : " Il comprend que son rôle ne se limite pas à quelques éclairs. Il se place au service de l'équipe. Malin, il accordait une certaine liberté à ses vedettes, qui purent assister à un concert de Whitney Houston deux jours avant la finale. Le général ne manquait pas d'humour. A GeraldVanenburg, aligné à gauche dans un rôle contre nature, il glissa : " Méfie-toi qu'un idiot ne te mue en ailier gauche... ". Le soir de la finale, les joueurs lui ont offert une montre Cartier avec un texte de Gullit : " Au meilleur entraîneur que j'aie jamais eu ". Emu aux larmes, Michels confia ensuite : " Pour la première fois de ma carrière, j'avais reçu quelque chose des joueurs ". n Peter Wekking, ESM" On ne peut créer d'atmosphère familiale SI ON VEUT AFFûTER LES JOUEURS "