Il voulait déjà partir l'été dernier. Pour suivre son entraîneur. Dieumerci Mbokani regrettait la chaleur humaine dont Ariel Jacobs l'avait entouré après le décès de son bébé de cinq mois. Ce drame a plombé la saison de son retour, alors qu'il comptait justement relancer sa carrière. Il constituait un transfert risqué. Il avait l'image d'une vedette repue, se déplaçant dans une Bentley aux sièges recouverts de cuirs bordeaux, une vedette qui avait échoué à l'AS Monaco et au VfL Wolfsbourg. Ironie du sort, il s'était blessé dès son premier entraînement à Bruxelles. Pareil début était plutôt tragico-comique, surtout après un épisode peu glorieux de sa carrière.
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Il voulait déjà partir l'été dernier. Pour suivre son entraîneur. Dieumerci Mbokani regrettait la chaleur humaine dont Ariel Jacobs l'avait entouré après le décès de son bébé de cinq mois. Ce drame a plombé la saison de son retour, alors qu'il comptait justement relancer sa carrière. Il constituait un transfert risqué. Il avait l'image d'une vedette repue, se déplaçant dans une Bentley aux sièges recouverts de cuirs bordeaux, une vedette qui avait échoué à l'AS Monaco et au VfL Wolfsbourg. Ironie du sort, il s'était blessé dès son premier entraînement à Bruxelles. Pareil début était plutôt tragico-comique, surtout après un épisode peu glorieux de sa carrière. Puis le destin l'a frappé, impitoyablement, et la perception qu'on avait de lui a changé du tout au tout : derrière le footballeur nonchalant et parfois arrogant se dissimulait un homme fragile. Ses échecs en France et en Allemagne ont appris à Mbokani la différence qu'il y a entre être soutenu et abandonné à son sort. Jour et nuit, à Anderlecht, quelqu'un a été à sa disposition. Ils ont surmonté ensemble ce chagrin. Jacobs maîtrise, mieux que tout autre, l'art de faire les bons compromis. Il a permis à sa vedette d'être elle-même sans s'isoler du groupe. Un profond respect a uni les deux hommes. Pas plus que Romelu Lukaku, qui entretient toujours des rapports chaleureux avec Jacobs, Mbokani ne l'a oublié. La nouvelle saison, la deuxième de son retour, avait déjà commencé quand Mbokani a pris contact avec son ancien entraîneur, lui demandant s'il n'avait pas besoin de lui à Copenhague. Quelque chose lui manquait. Ou plutôt quelqu'un qui le comprenne. Ses rapports avec le nouvel entraîneur de Bruxelles n'étaient pas faciles. John van den Brom ne parlait pas un mot de français, il ne connaissait ni le footballeur ni l'homme. La réputation de la vedette anderlechtoise s'arrêtait à la frontière belgo-néerlandaise. Mais, aux yeux de Jacobs, le Danemark ne convenait pas à Dieu. Ni le pays ni le football. Aussi le coach a-t-il convaincu le joueur de continuer à travailler d'arrache-pied, de retenir les leçons de ses aventures à l'étranger et de ne pas renoncer à ses rêves de Premier League. La double joute contre AEL Limassol constitue un cap. C'est le premier grand rendez-vous de la saison. L'enjeu ? Une place dans la phase des poules de la Ligue des Champions. Anderlecht est battu sur les terres du champion de Chypre mais le but en or de Mbokani lui permet de conserver toutes ses chances de qualification. À Bruxelles, l'attaquant congolais libère le club en inscrivant le but décisif. Pour la première fois, Van den Brom réalise ce que Mbokani représente pour l'équipe. Il répond présent dans les moments importants. Il assume ses responsabilités. Il sait également ce qu'est la gratitude. Dans ses interviews, celui qui a fait pencher la balance en faveur d'Anderlecht n'exclut toujours pas un départ. Mais il reste. Sa relation avec l'entraîneur s'améliore. En petit comité, le club étudie avec Van den Brom la manière de gérer Mbokani. Herman Van Holsbeeck occupe le rôle principal dans ces entretiens. Le manager a consacré beaucoup de temps à sa vedette, il est parvenu à la toucher aux bons moments, souvent par un geste financier. Pour Van den Brom, qui cherche ses marques, Limassol constitue un carrefour. Mbokani a sauvé sa grande entrée. À partir de ce moment, le joueur et l'entraîneur se comprennent d'un clin d'oeil, ils se font confiance. Un clin d'oeil, un sourire. Il n'en faut pas davantage. En revanche, pour un entretien en l'absence de Besnik Hasi, le français de Van den Brom restera insuffisant toute la saison. C'est l'automne et les feuilles tombent aussi dans la tête de Mbokani. Il est revenu d'un match avec le Congo avec une fracture du nez et il rate le match à domicile contre Waasland-Beveren. Il est ensuite suspendu pour trois journées pour avoir donné un coup au Lokerenois Kilian Overmeire devant une caméra. Il reconnaît sa faute mais cette suspension syncope son bon début de saison. Pendant un mois, il est sur la touche, ce qui entame son moral. Jean-François Lenvain et Peter Smeets, chargés de son accompagnement à Anderlecht, font des heures supplémentaires. Leur principal défi, c'est de maintenir la motivation du joueur pendant son inactivité. Ils misent sur son orgueil, sachant qu'il rêve du Soulier d'Or, un trophée qu'il n'a encore jamais gagné, pas plus que le titre de Footballeur Pro de l'Année. Il n'a enlevé aucun prix individuel en Belgique, hormis le Soulier d'Ébène et c'est un peu pour ça qu'il s'était lassé de notre championnat. Sa suspension risquait donc d'être fatale. Lenvain et Smeets le délivrent de ses doutes. Il peut gagner le Soulier d'Or, évidemment. Mais à une condition : continuer à travailler, encore plus qu'il ne le faisait. Le message est reçu. Mbokani effectue son retour contre le Zenit Saint-Pétersbourg, en Ligue des Champions. " Je vais faire la différence ", confie-t-il à des proches, avec beaucoup d'assurance. Comme souvent, il tient parole. Il inscrit le seul but de la soirée. Il poursuit sur sa lancée et trouve le chemin des filets lors des trois matches de championnat suivants. Il marque encore trois buts contre Mons et deux contre OH Louvain, ce qui fait huit buts en autant de matches. Mbokani est de retour. On peut considérer le mois d'octobre comme le mois le plus important de sa saison. Peu après le Nouvel-An, il met le cap sur Oman, où le Congo prépare la Coupe d'Afrique des Nations. Il est le dernier à arriver. Une plaie au pied a nécessité des points de suture et l'a retardé. L'attaquant regorge d'ambition. Il veut montrer au monde entier qu'il est un pilier de son pays. Il y parvient lors du premier match, contre le Ghana. Du point de penalty, il scelle le score de la partie : 2-2. Il est moins bon contre le Niger. Claude Le Roy, le sélectionneur français du Congo, attribue le décevant nul blanc à un manque de concentration, consécutif à l'attention suscitée le soir précédent par la cérémonie du Soulier d'Or. Le Roy a autorisé Mbokani à suivre le gala à la télévision, en compagnie de sa femme et de leur fils, sachant combien c'est important pour son attaquant-vedette. Quand il est proclamé vainqueur, il autorise une équipe de VTM à pénétrer dans l'hôtel. Il est minuit " plus que passé " quand Mbokani se couche. Le Congo concède encore un nul face au Mali, malgré un nouveau but de Mbokani, sur penalty. Cette élimination précoce est un sale coup pour le joueur, qui n'a jamais vraiment abandonné l'idée d'un transfert. Le Soulier d'Or lui met du baume au coeur. Enfin, il obtient une reconnaissance individuelle. Pour Anderlecht, l'échec du Congo est une excellente affaire : son attaquant revient plus rapidement que prévu. Encore que... Des problèmes avec la carte d'identité de son fils de deux ans chamboulent tout. Mbokani, plus paternel que jamais depuis le décès de son fils cadet, décide de rester avec sa famille jusqu'à ce que le problème soit résolu. Tant pis s'il rate ainsi l'affiche contre le Standard, son ancien club, même si ça l'ennuie vraiment. Début mars, le Sporting est éliminé en demi-finales de la Coupe de Belgique, au terme d'un véritable thriller, lors des tirs au but, sur le terrain de Genk. Mbokani n'est plus là. Il a été exclu au début de la seconde mi-temps pour avoir donné un coup à Jeroen Simaeys. La sanction est lourde : quatre matches de suspension. Mbokani l'accepte, comme il encaisse sans cesse intimidations et sales coups sur le terrain. Il pète rarement les plombs. Il l'a fait à Lokeren. Ou à Genk, mais c'est différent. Sa frustration est plus profonde. Une semaine plus tôt, contre le Club Bruges, il a dû supporter des cris de singe. En outre, il est en conflit avec Anderlecht, à cause d'une promesse financière non tenue. Or, si quelque chose est sacro-saint aux yeux de Mbokani, c'est ça : les promesses, ce qui a été convenu. Il ne fonctionne pas comme un iPhone mais comme un gsm de la première génération. Simplement, donc. Mais il faut suivre le mode d'emploi à la lettre. La négligence d'Anderlecht le déstabilise. Sa faute est prévisible, même si elle est impardonnable, comme il le comprend bien. Il a laissé tomber l'équipe et il décide de faire profil bas pendant un certain temps. C'est reculer pour mieux sauter. Il préfère tranquillement son second come-back de la saison. À domicile, contre le Club Bruges, il le couronne d'une égalisation acquise à la force des mollets. Sept matches plus tard, le collectionneur de titres en a terminé avec la Jupiler Pro League. L'étranger lui fait signe. En janvier, il a collé le logo de la Juventus sur son armoire, dans le vestiaire, mais ce ne sera pas l'Italie. Il va plus que probablement atterrir en Premier League. Pas au sein de l'élite mais quelque part dans le ventre mou. À West Bromwich Albion ou à Norwich. Il sera empli de fierté mais ce ne sera en rien comparable à ce qui va se passer en septembre. Sa femme va alors accoucher de leur troisième enfant. Il attend la naissance, cette nouvelle vie, avec impatience. C'est ça qui compte. Dieumerci Mbokani a établi ses priorités.PAR JAN HAUSPIEDieu aurait aimé accompagner Jacobs à Copenhague. Pour l'homme.