A Mouscron, j'ai dit ouf! quand Casto a égalisé : je craignais que Broos, à l'interview, relativise la motivation de Marco et y voit un cadeau de mariage possible à Wuillot qui va devenir son beauf'! De même ai-je redouté à Gantoise-La Louvière, avant qu' Hossam égalise, que Remy mette la défaite sur le compte de Jacky Peeters auteur d'un penalty et pote d' Olivieri qu'il côtoya à Genk!
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A Mouscron, j'ai dit ouf! quand Casto a égalisé : je craignais que Broos, à l'interview, relativise la motivation de Marco et y voit un cadeau de mariage possible à Wuillot qui va devenir son beauf'! De même ai-je redouté à Gantoise-La Louvière, avant qu' Hossam égalise, que Remy mette la défaite sur le compte de Jacky Peeters auteur d'un penalty et pote d' Olivieri qu'il côtoya à Genk! D'accord, je fabule. Mais imaginons que Broos et Remy, qui n'avaient plus grand espoir, se soient adonnés sous le coup de la déception au dernier jeu à la mode, imaginé par De Coninck et repris par Scifo il y a dix jours : le grand jeu de la suspicion formulée à la presse, à l'égard de leurs propres joueurs! Où irait-on? Car la rumeur fait mal, la suspicion impulsive est la mère pourrie de la rumeur, et le foot aura franchi un palier supplémentaire de navrance le jour où les entraîneurs joueront régulièrement à ce jeu imbécile. Bisconti a toute ma sympathie en ces moments difficiles. Quand un coach doit s'expliquer sans pouvoir pester sur certaines défections, ni sur l'arbitrage scandaleusement défavorable, ni sur le budget très supérieur du club adverse, il lui reste le bobard du manque de motivation : la faute en incombe aux joueurs qui "n'en voulaient pas, ne se sont pas battus, n'ont pas mouillé leur maillot!" Mouais.D'abord, certains joueurs ne se battent jamais, ou n'en donnent jamais l'impression : si tu souhaites suspecter Prosinecki de balancer, tu peux le suspecter à chaque match! Ensuite, il est naturel que ta motivation soit fluctuante : parce que tu te sens las, parce que tu as repéré dans la tribune une bombe sexuelle qui électrocute ta concentration, parce qu'il n'y a plus d'enjeu et que ton adversaire direct est un tueur, parce que ta belle-mère est à l'article de la mort, parce que le champ de patates déprime le fin technicien que tu es, ou parce que tu as trouvé la veille le keeper de réserve dans ton pieu avec ta femme. Et d'autres choses encore, comme -effectivement- la présence de potes à toi en face : ce qui arrive régulièrement depuis que tout le monde change de club à tout bout de champ! Du jour au lendemain, tu te retrouves opposé à des gars qui partageaient la veille ton quotidien et tes rêves de victoires, et avec lesquels tu as même parfois tissé de ces liens qui font la vraie vie : si tu es dans le ventre mou alors qu'il existe un enjeu pour ton pote, et sans qu'il soit nullement question de fric ni même d'envie consciente de foirer ton match, ça peut s'avérer malaisé de mobiliser ton killer instinct, non? Tout ça est dans l'ordre des choses compétiteuses, les compétitions sont bourrées de compétiteurs qui "se battent" moins à certains moments pour des tas de raisons. Sans qu'il y ait ni corruption, ni trahison : juste les intermittences du coeur. Un joueur qui n'était pas motivé est un joueur qui n'a pas été motivé. Motivé par qui? Par l'entraîneur, pardi! Quand un joueur ne s'est pas battu, un bon entraîneur fera toujours son mea culpa. Il endossera sa part de responsabilité vu que, comme disait l'autre, "gouverner, c'est prévoir" : et qu'il n'a pas su prévoir la lassitude, la groupie des gradins, la belle-mère en déglingue ou le pote du camp adverse! Le coach, qui se doit en principe d'être un "meneur d'hommes, un fin psychologue", n'a pas prévu les phrases pour qu'éclose, en dépit des obstacles, ce killer instinct qui fait que tes gars se vident les tripes à plaisir! Rien n'est simple, et il serait idiot d'accuser Scifo de "procès d'intention avec préméditation!" Enzo, qui découvre dans la fonction d'entraîneur une part de soumission à l'aléatoire (donc une impuissance) qu'il n'avait jamais imaginée, fait très normalement (et un peu impulsivement) ses gammes et ses gaffes. Déconfit l'autre soir à Match 1, il a déclaré : "On ne va pas insister si les choses se compliquent". Justement si, Enzo : quand tu as le coaching dans la peau, ça t'excite d'insister quand les choses se compliquent! Le coaching dans la peau, c'est maintenant qu'on va voir si tu l'as. Et si tu ne l'as pas, y a pas de mal à ça : t'auras enfin réalisé qu'il n'y a rien de plus maso comme job. Bernard Jeunejean