Rue de la Boverie, c'est une veine, parfois triste, tantôt porteuse d'espoirs, qui prend sa source près d'usines à bout de souffle, avant d'amorcer la montée vers le Bois de l'Abbaye. On y navigue entre les peines et les espoirs du peuple ouvrier. Le centre de la capitale du fer est balafré par des maisons qui ne se souviennent plus avoir été des lieux de vie familiale ou de commerce. Malgré les misérables assauts d'une crise économique, déjà dévoreuse d'emplois durant les années 60, les habitants de la cité de John Cockerill restent optimistes, accrochés à leur terroir. Le football y a connu deux périodes fastes en D1 mais aussi une faillite et une absorption.
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Rue de la Boverie, c'est une veine, parfois triste, tantôt porteuse d'espoirs, qui prend sa source près d'usines à bout de souffle, avant d'amorcer la montée vers le Bois de l'Abbaye. On y navigue entre les peines et les espoirs du peuple ouvrier. Le centre de la capitale du fer est balafré par des maisons qui ne se souviennent plus avoir été des lieux de vie familiale ou de commerce. Malgré les misérables assauts d'une crise économique, déjà dévoreuse d'emplois durant les années 60, les habitants de la cité de John Cockerill restent optimistes, accrochés à leur terroir. Le football y a connu deux périodes fastes en D1 mais aussi une faillite et une absorption. " Oui, c'est vrai, mais en 1994, Seraing a découvert l'Europe et le Dinamo Moscou a été rudement chanceux pour nous éliminer : 3-4 ici, 0-1 là-bas ", nous rappelle un Rouge et Noir au club des supporters, en face du stade. C'est loin déjà, mais il y a tellement de talents dans cette région. Seraing a toujours été réputé pour la qualité de son travail avec les jeunes. Ce qui profita à Michaël Goossens, Olivier Doll, Serge Kimoni, Didier Frenay, Thierry Rouyr, Manu Godfroid, Alain Bettagno, Pascal Renier... " Nous voulons leur rendre l'espoir de jouer un jour en D1 ", explique le président Mario Franchi. " Cette région m'a permis de décoller dans la vie. Je veux renvoyer l'ascenseur. " Le contexte est différent mais les mêmes mots ont été prononcés en 1982 et en 1993. Pourquoi la potion actuelle résisterait-elle mieux que les recettes du passé ? La réponse réside dans un trio : Bernard Serin, Mario Franchi, Lucien D'Onofrio. Il y a là un total impressionnant de moyens financiers, de relations et de compétences sportives. En 1982, la Ville porta le projet sur ses seules épaules. Plus tard, Gérald Blaton a eu des idées de génie en faisant ses courses au Brésil mais esseulé dans la jungle du football, il a été roulé dans la farine par des agents peu scrupuleux. Il y a laissé 2,5 millions d'euros. Cela n'arrivera jamais à Serin, Franchi et D'Onofrio qui, dit-on, se partageront les parts de la société anonyme en formation qui chapeautera le club. Franchi (20 % des actions, pour 40 % à Serin et D'Onofrio) est l'homme du terroir, sympathique, proche des autorités politiques locales, entend-on, ce qui doit arranger Serin, patron de CMI, une usine florissante de Seraing et surtout, big boss de taille internationale. " Il y a plus de 30 ans déjà que je suis présent dans le transport national et international ", explique Franchi. " Ma société donne du travail à 400 personnes. On peut réussir dans cette région. Il est beaucoup question des problèmes de notre coin, mais on ne signale pas que les compétences de nos sidérurgistes sont uniques au monde. Ils mettent au point les aciers qui révolutionneront par exemple le secteur automobile de demain. Seraing et le bassin industriel liégeois, c'est cela aussi Seraing et le tableau n'est pas aussi noir que d'aucuns le prétendent. " Sous son casque de cheveux blancs et un sourire de bon père de famille, Franchi a monté le projet sérésien en homme d'affaires averti comme un grand joueur d'échecs. Il a avancé ses pions à Verviers (D3) et au Royal Boussu-Dour Borinage (D2) avant de transformer l'essai dans le Borinage. Le chemin avait été longuement débroussaillé par Roland Louf, l'architecte de cette reprise de matricule qui a fait gagner un temps fou à Mario Franchi et à ses amis avant que leurs chemins s'éloignent. " J'ai passé plus d'une nuit blanche avant que le dossier ne soit parfaitement bouclé ", signifie Franchi. Le jeu en valait la chandelle. Les Francs Borains se sont défaits des dettes dues par leur ancien numéro de matricule. Le club du stade Vedette aurait dû mettre la clef sous le paillasson mais récupéra au bout du compte le Matricule de Charleroi-Fleurus pour jouer en Promotion B. Cette " opération matricules " ne gêne nullement les supporters de Seraing. " Ce double déménagement de matricule n'est pas illégal et toutes les parties concernées ont réalisé une bonne affaire ", nous ont dit les supporters du Pairay. " Sans nous, il n'y aurait plus de club borain dans les séries nationales. Pour nous, un numéro de matricule ne représente rien, le nom, c'est autre chose... " Le club des trois patrons des Rouge et Noir a réalisé le grand écart en passant en un bond de la P1 à la D2. Quel a été le prix de ce troc ? Franchi se tait dans toutes les langues. Secret d'Etat. Mais de la Chatqueue au Val Saint-Lambert ou au Pairay, des quartiers de Seraing, tout se sait comme dans autant de villages. Il a fallu déposer 1.200.000 euros sur la table de l'ancien RBDB. On n'apprend pas à de vieux singes à faire des grimaces ; c'est un bon deal. Si Seraing avait dû suivre la voie traditionnelle au départ de la P1, trois montées lui auraient coûté au moins le double ; du temps et du stress en prime. " Il est important que Seraing redevienne un club qui compte d'abord en D2 et demain en D1 ", souligne François Mazzara des Rouge et Noir, le seul club des supporters, mais qui n'est pas encore reconnu par la direction sérésienne. " Il y a une chose qui nous tient à coeur. Seraing United, ce nom ne ressemble à rien. Les supporters n'ont pas été consultés et nous espérons retrouver notre seul vrai nom, celui qui nous a fait rêver : RFC Seraing. L'identification entre les joueurs et les supporters sera alors totale comme du temps d'Isaias, d'Edmilson, d'Olivier Doll. " Franchi et les autres dirigeants le savent. " Il était impossible de récupérer ce nom avant 2015 ", intervient Franchi. " Il a été abandonné en 2010 et les règlements de la fédération imposent une attente de cinq ans. J'ai personnellement choisi l'appellation Seraing United. Mais la saison prochaine, on en reviendra au RFC Seraing. " Cette aventure cache d'autres réalités et défis. Les supporters estiment que le clan D'Onofrio prépare une grande offensive contre le Standard qui s'enflamme comme le soufre. Franchi est un ami de longue date de LucienD'Onofrio qui ne se contente pas de placer des sous rue de la Boverie on le voit de temps en temps assister à une rencontre au Pairay. Dominique D'Onofrio est apprécié dans son rôle de directeur technique de Metz mais son influence est importante aussi à Seraing United. Son fils, François, est titulaire à l'arrière droit. Dominique D'Onofrio a probablement défendu la cause de son ami Vincent Cicarella qui a décroché le poster de Directeur technique de Seraing United. Les D'Onofrio sont influents à tous les étages du club. Dominique D'Onofrio reviendra un jour à Seraing, cela semble tellement évident. " On aimerait en savoir un peu plus sur les intentions de la direction ", affirme un fan du club. " A mon avis, il était important de mettre de la distance entre Seraing et Liège qui partage le même stade. Si Seraing remonte en D1 cette saison ou en 2016, Liège ne redeviendra peut-être jamais le deuxième club de D1 à Liège. C'est probablement la vraie nature de ce qui se joue. Et le rachat de matricule a offert deux divisions d'avance à Seraing. " La popularité est liégeoise, pas sérésienne. Les Sang et Marine attirent régulièrement 2.000 fans en Promotion. Seraing doit se contenter de 1.000 spectateurs en D2 : est-ce inquiétant pour l'avenir ? No supporters, no future ? " Il ne faut pas oublier que Seraing redécouvre la D2 ", insiste François Mazzara. " C'est une saison de transition. Le club doit s'organiser, les supporters aussi. Le site internet de Seraing n'est pas top. " Comme Mazzara, Franchi estime que son club a évidemment besoin de temps : " Nous avons nos ambitions et elles ne dépendent que de nous, pas des comparaisons avec le Standard ou Liège. Seraing suit son chemin, pas celui des autres. Metz est proche de nous mais son président, Bernard Serin, a investi son argent personnel au Pairay, pas celui de Metz. Cela dit, nous échangeons des joueurs mais Seraing n'imitera jamais Mouscron. Les jeunes, c'est vital pour nous. Certains d'entre eux sont suivis de près par Metz. " Coachés par Arnauld Mercier, les Métallos produisent du très beau jeu et leur attaque affole les défenses adverses. " Il s'agit là d'une de nos satisfactions ", intervient Franchi. " Seraing United se distingue par son souci de produire du spectacle. Avec un peu de chance, nous aurions pu compter quelques points de plus au classement général. Il y a de la qualité, de la jeunesse, du métier. " Seraing United tourne avec un budget estimé à 850.000 euros, soit une des plus petites trésoreries de D2. Le " Men United " formé de Serin, Franchi et D'Onofrio, ne devrait guère éprouver de peine à revoir ces chiffres à la hausse en cas de surprise agréable à la fin de la saison. " Il n'y a pas d'obligation immédiate ", souligne Franchi. " Mais ce club ambitionne clairement un retour en D1. Cela ne nous effraye pas du tout, même si cela devait se faire dès cette saison. Nous trouverons toujours des solutions. " Un des soucis majeurs de ce club concernes ses installations. Le stade Hubert Fréson a rendu service au football de la région en offrant le gîte à Liège et à Seraing United. Sans l'existence de cette enceinte, ces deux clubs auraient été effacés de la carte. Mais ces installations ont pris un solide coup de vieux. La façade extérieure de la tribune principale n'inspire plus que les tagueurs. A moderniser au plus vite sous peine d'être un jour la risée de la D1. Liège a des plans de déménagement et espère se réinstaller près de Rocourt. Et Seraing ? La rumeur évoque la construction d'un nouveau stade : au Pairay ou ailleurs ? Franchi : " C'est le terroir de ce club et il ne le quittera jamais. Pour la modernisation du stade, des projets existent. Il y a de l'espace derrière la tribune debout, assez pour y construire un joli stade de 14.000 places. " Dans ce cas-là, l'enceinte actuelle céderait sa place à une grande esplanade et des zones de parkings. " Il y a deux autres projets ", précise Franchi. " Ainsi, il serait possible de remodeler le stade actuel en commençant par la tribune principale, quitte à racheter des maisons environnantes pour l'élargir et à revoir la voierie devant le stade. On verra... " Le Pairay revit, fait des projet et cela ne peut que faire du bien à tout Seraing. PAR PIERRE BILIC-PHOTOS : IMAGEGLOBE/ STOCKMAN" Seraing United redeviendra le RFC Seraing la saison prochaine. " Mario Franchi, président