Cela fait bien longtemps déjà que supporters et journalistes soulignent qu'il y a un problème d'esprit à Sclessin. " On casse le jouet ", disait Henri Depireux avec son langage imagé. Mais cette fois, tout le monde semble bien décidé à prendre le taureau par les cornes afin qu'on ne puisse plus dire que les coulisses du Standard sont comme les Galeries Lafayette et qu'il s'y passe toujours quelque chose.
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Cela fait bien longtemps déjà que supporters et journalistes soulignent qu'il y a un problème d'esprit à Sclessin. " On casse le jouet ", disait Henri Depireux avec son langage imagé. Mais cette fois, tout le monde semble bien décidé à prendre le taureau par les cornes afin qu'on ne puisse plus dire que les coulisses du Standard sont comme les Galeries Lafayette et qu'il s'y passe toujours quelque chose. La saison dernière déjà, après l'interview dans laquelle Lukunku avait distribué " une paire de claques " à Johan Walem dans notre magazine, Ivica Dragutinovic nous avait fait remarquer. " En tant que capitaine, je ne permettrai plus jamais qu'un partenaire s'en prenne à un autre ", avait-il tonné. Et il relança le sujet à l'occasion de la signature du contrat qui le lie désormais au Standard jusqu'en 2006. " Finalement, nous avons plus parlé de ce problème que de mon contrat proprement dit ", sourit-il. " Si certains joueurs étaient restés, je serais parti. Parce que je ne comprends pas comment une équipe avec des qualités pareilles ne se qualifie pas chaque année pour la Coupe d'Europe. Nous avons été battus par Genk (0-1) et par l'Antwerp (1-3) parce que certains joueurs n'étaient pas prêts dans leur tête. Dans le bus qui nous emmenait au stade, j'ai vu des choses inimaginables : un type qui lisait un catalogue de vacances, un autre qui se disputait au téléphone avec sa femme, un troisième qui se réjouissait de rentrer chez lui parce qu'il y avait des frites au menu. Je ne veux plus que des choses pareilles se produisent et je ne crois pas que ce sera le cas cette année. A l'entraînement, l'ambiance est parfaite, je ne vois pas ce qui pourrait nous perturber. C'est plus facile d'être le capitaine d'un groupe pareil. Nous avons montré à l'occasion de la rencontre amicale contre Metz ce qu'il convenait de faire lors de chaque match : il ne faut surtout pas se croire obligé de jouer comme le Real en Ligue des Champions mais nous devons au moins nous donner à fond dès la première minute. Cela permet de faire peur à l'adversaire et de prendre confiance. Or, la saison dernière, j'ai vu des mecs qui ne voulaient pas faire un mètre en arrière si on leur adressait une passe un peu courte. C'est un manque de respect pour notre métier et pour les gens qui nous suivent depuis 20 ans ". Ivica Dragutinovic entame sa quatrième saison au Standard. Ce problème de mentalité, il eut tôt fait de le déceler en débarquant de La Gantoise. " Dès mon arrivée en Belgique, en 1996, les Yougoslaves qui vivent ici depuis des années m'avaient beaucoup parlé du Standard. A l'époque, déjà, on me racontait que c'était une équipe qui n'était pas capable d'aligner plus de dix bons matches. Et moi, je ne les croyais pas. Mais quand j'ai débarqué à Sclessin, l'équipe était très forte avec Prosinecki, Mornar, Runje, Folha, Van Buyten, Ciobotariu, Selymes, Brocken, Lukunku... Il a pourtant fallu que Michel Preud'homme arrive pour provoquer un déclic et se qualifier de justesse pour la Coupe UEFA, un exploit que nous n'avons plus été capables de reproduire depuis. Pour toutes les raisons que j'ai déjà expliquées... mais aussi parce que des types se battaient dans le vestiaire. Il y régnait une agressivité pas possible. Parfois, une simple remarque à l'occasion d'un entraînement déclenchait la spirale et le ton montait ". Des joueurs de qualité donc, mais une ambiance qui se détériorait souvent rapidement. " Il y avait des types à double face : dans le vestiaire, ils vous souriaient, étaient toujours d'accord. Mais une fois en dehors du stade, ils vous décausaient et tous nos problèmes étaient étalés dans les journaux du lendemain car ils avaient parlé. Comment pouvais-je encore faire confiance à ces égoïstes qui ne songeaient qu'à soigner leur image ? Ce genre de type n'a plus rien à faire chez nous et n'entrera plus dans le vestiaire tant que je serai là. Après le match au Lierse, certains supporters ont jeté des pierres sur l'autocar qui nous ramenait à Liège. Le surlendemain, nous avons eu une réunion avec les fans et j'ai pris un risque : devant eux, devant les dirigeants, j'ai juré de dire en face des empêcheurs de tourner en rond ce que je pensais d'eux. A partir de ce moment-là, je savais que ce serait eux ou moi. Je n'avais aucun pouvoir de décision mais la direction allait devoir trancher. Ce n'était pas facile de parler comme cela alors que nous étions derniers. Mais je pense que j'étais fait pour cela : en équipe nationale de jeunes en Yougoslavie, déjà, j'avais ce rôle. Et à Gand, après ma première saison, Vasov et moi avons souvent soutenu Ramcic, notre capitaine ". Les transactions de fin de saison prouvèrent à Dragutinovic que la direction du Standard avait suivi et approuvé son point de vue, sa façon d'agir. " Cela ne veut bien entendu pas dire qu'il n'y aura plus jamais de problèmes au sein du groupe, surtout après un entraînement où tout le monde se donne à fond et où certains y vont parfois un peu fort. Mais je veux que nous puissions les résoudre ensemble, en famille. C'est pourquoi je reste toujours le plus longtemps possible dans le vestiaire après un entraînement. Je veux être là si quelqu'un a besoin de moi, que ce soit pour un problème de chaussures ou pour une question plus grave, d'ordre privé ". Peut-être faudrait-il aussi s'attacher à connaître les causes du problème car cela fait près de 20 ans que cela dure. Or, les joueurs n'ont pas toujours été les mêmes. " C'est là que le problème devient difficile à cerner ", avoue Dragutinovic. " D'autant que la plupart de ces gars n'étaient pas honnêtes. Même quand on leur parlait en tête à tête, on n'arrivait pas à savoir exactement ce qui n'allait pas. On a prétendu que des gars sortaient. J'ai entendu parler de cela à une époque où je n'étais pas encore capitaine. Si cela devait se reproduire maintenant, ce serait à la direction d'intervenir. Pour ma part, je ne peux rien faire d'autre que rappeler les règles élémentaires du respect et, éventuellement, faire fonctionner le tiroir aux amendes lorsqu'un type arrive en retard au rendez-vous, par exemple. Mais ce que je veux avant tout, c'est éviter que cela se produise, prévenir. Et je pense qu'il n'y a pas de mauvais coucheur dans ce groupe. Bien sûr, certains avaient des affinités avec ceux qui sont partis mais ils connaissent désormais la donne. Tout est souvent question d'éducation de base, le background familial est très important ". On a beaucoup parlé des joueurs jusqu'ici mais le problème des mentalités au Standard n'est-il pas plus vaste ? Aujourd'hui, on parle de contrats par objectif mais, la saison dernière encore, certains touchaient de gros salaires et des primes minimes alors que d'autres devaient se battre pour gagner leur tartine. Il y eut aussi des questions d'amendes distribuées à tire-larigot, des arrivées de joueurs dont on peut se demander si elles collaient bien à la nécessité. " Les choses sont en train de changer. Je fais confiance à Pierre François et Michel Preud'homme. Il faut leur laisser du temps ", dit Dragutinovic. " Lorsque nous sommes partis en Italie, nous devions marcher quasi un kilomètre pour nous rendre au terrain d'entraînement. C'était tout à fait anormal alors que nous avons trouvé à Spa, tout près de chez nous, un endroit de stage idéal. Le problème du poids a également été résolu : celui qui présente un embonpoint aura désormais deux ou trois semaines pour se remettre à niveau. Bien entendu, il y a encore des couacs et il y en aura encore mais l'important est qu'on soit ouvert au dialogue pour éviter que cela se reproduise. Notre déplacement à Marseille fut un fiasco sur le plan de l'organisation parce que les Français n'avaient pas respecté leurs engagements. Cette fois, nous avons percé immédiatement l'abcès : désormais, notre team manager ira vérifier avant tout déplacement que tout est bien organisé. Il a également été décidé qu'après tous les matches à domicile, les joueurs et leurs familles mangeraient ensemble. La saison dernière, certains mettaient un pied à la salle des joueurs puis tournaient immédiatement les talons. Ils respectaient ainsi la consigne tout en montrant ostensiblement qu'ils n'aimaient pas être parmi nous. Pourtant, je ne crois pas à la théorie de la froideur des grands clubs. Pedrag Mihajlovic m'a expliqué qu'au Real, les joueurs et leurs familles se retrouvent chaque jeudi. Et même s'il a quitté Barcelone il y a six ans, Roby Prosinecki reçoit encore chaque année une carte d'anniversaire. Ce sont des détails auxquels les joueurs accordent de l'importance. A l'inverse, j'estime que nous devons respecter les gens avec qui nous travaillons et qui ne ménagent pas leur peine : ils sont là quand nous avons besoin d'invitation, ils conduisent notre voiture au garage. La saison dernière, avec la caisse des amendes, nous avons offert un cadeau aux membres du personnel. Certains m'ont dit qu'en 30 ans, c'était la première fois que cela arrivait ". Au Standard, voici peu, des joueurs ayant fait toute leur carrière à Sclessin devaient acheter leur billet. " Je n'aime pas trop revenir sur le passé et m'en prendre à des gens qui ne sont plus là. Peut-être, effectivement, que le Standard n'a pas toujours pu compter sur les bonnes personnes aux bonnes places. Voici deux ans, à Knokke, le directeur est venu nous dire que la prime promise pour le cas où nous serions en tête à la mi-championnat était supprimée. Tout le monde s'est regardé mais Ernst (capitaine), Goossens (vice-capitaine) et Lukunku (qui figurait parmi les plus anciens du groupe) n'ont rien dit. J'ai pris la parole et, aujourd'hui, je me demande si tout cela n'avait pas été monté, afin de voir qui avait de la personnalité ". De la personnalité, il ne fait aucun doute que Dragutinovic en a. Une première preuve en est donnée lorsqu'il définit son rôle de capitaine. " Je ne veux pas être un leader mais un exemple. Je veux que tout le monde se sente bien au sein de l'équipe, je ne veux pas me mettre en avant. Sur le terrain, je préfère courir comme Gattuso que voir les autres se mettre à mon service ". Dragutinovic n'a cependant pas toujours fait l'unanimité autour de son nom. Lorsqu'il fut nommé capitaine, certains mirent en avant le fait qu'il n'était pas belge et ne parlait pas français. " J'ai entendu ces reproches et je peux les comprendre mais je n'y ai pas accordé d'importance démesurée. Je me sens chez moi au Standard depuis le premier jour. Je me sens de taille à remplir ce rôle. Je mets un peu plus de temps que les autres à apprendre le français mais j'essaie, j'ai demandé la nationalité belge et je compte m'établir ici après ma carrière ". Robert Waseige l'accusa également d'avoir saboté son travail. Entre les deux hommes, le courant n'est jamais passé. " J'ai immédiatement eu l'impression qu'il cherchait à s'entourer de gens qu'il connaissait bien comme Van Meir, Walem ou Goossens. Pour se protéger sans doute. J'aurais préféré qu'il me retire franchement le brassard de capitaine et qu'il le donne à l'un des joueurs sur lesquels il comptait car il est normal qu'un coach ait plus d'affinités avec l'un ou l'autre. Mais je n'ai pas travaillé contre lui, même si je n'étais pas d'accord avec le fait qu'il parle aux journalistes et aux supporters pendant l'entraînement ". " Je mets un peu plus de temps que les autres à apprendre le français mais j'essaie "" Quand je suis arrivé ici, on se battait dans les vestiaires "