"Hello, copain ! " Le ton est ferme, l'£il vif, le Renard argenté a côtoyé la mort mais entre-temps retrouvé sa pêche. Il confirme. " I'm back ! " Sur son bureau, une plaque pour mettre le visiteur à l'aise : Welcome to the office of Mister Michel.
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"Hello, copain ! " Le ton est ferme, l'£il vif, le Renard argenté a côtoyé la mort mais entre-temps retrouvé sa pêche. Il confirme. " I'm back ! " Sur son bureau, une plaque pour mettre le visiteur à l'aise : Welcome to the office of Mister Michel. Michel Verschueren (79 ans) n'est plus à l'avant-plan, il ne fait plus l'actualité anderlechtoise mais reste un personnage. On a du mal à croire qu'en début d'année dernière, il fut à deux doigts de passer de l'autre côté. Michel Verschueren : Je ne vais pas me vanter mais je dois dire que ça va bien... Je suppose que vous connaissez mon histoire ? En février 2009, ma femme m'a trouvé inanimé, par terre, près de mon lit, à neuf heures du matin. On a diagnostiqué une crise aigüe de pierres aux reins. Si ma femme m'avait découvert un quart d'heure plus tard, j'étais parti. J'ai été neuf jours dans le coma. Mon corps était complètement empoisonné. Mais j'ai encore des photos horribles de ça ! Je suis resté quatre mois à l'hôpital. Je ne savais plus parler, plus écrire, plus marcher. Heureusement, j'ai tout récupéré. Et je n'ai pas une cicatrice. (Il fouille sur son bureau). Sans me vanter, je peux dire que je suis à nouveau un homme heureux qui dispose de toutes ses forces et de toute son intelligence d'avant. Ouais, j'en ai eu beaucoup. Notamment pendant la transformation du stade, dans les années 80. J'étais ici jour et nuit pour des réunions techniques. Un jour, j'ai marché sur une planche dont un clou dépassait. Le lendemain, j'avais un pied énorme : tétanos ! Une autre fois, quand je faisais encore 36 choses en même temps, j'ai trébuché sur un échafaudage, je suis tombé sur le visage et je me suis cassé le bras. Bah, j'ai souvent été mon propre médecin. Encore un autre truc : le frein de ma voiture a lâché devant mon garage, j'ai mis mon pied pour l'arrêter mais la voiture a été plus forte et j'ai eu le pied bien bosselé. J'ai aussi fait une chute sérieuse dans ma salle de bains et je me suis cassé le dos. Enfin bon, aujourd'hui, j'ai bien une carrosserie d'un certain âge mais tout est réparé à l'intérieur. Oui, il y a neuf ans. Un accident mortel. Enfin... très grave. Il y avait un orage terrible et sa voiture a percuté un camion. Elle a eu beaucoup de chance. Il venait d'y avoir quatre ou cinq accidents au même endroit et les secours étaient donc sur place. C'est ça qui lui a sauvé la vie. Elle a fait 19 jours de coma et est restée complètement paralysée pendant quatre mois. Dans la chambre d'à côté, il y avait le triathlète Marc Herremans, lui aussi paralysé après une chute à vélo à l'entraînement. Ils ont fait une partie de leur rééducation ensemble. Aujourd'hui, elle souffre toujours du dos mais a récupéré une bonne partie de sa mobilité. Toujours. Quand je faisais ma licence en éducation physique à Louvain, je ne prenais pas de vacances en été. Pendant que mes camarades étaient à la plage et jouaient au don juan, je travaillais dans un commerce de krompirs à Seraing. Des krompirs, tu ne vois pas ? Des patates, en wallon. J'ai fait ça quatre ans de suite, pour perfectionner mon français. Je me levais à quatre heures du matin, je déchargeais des camions de plus de dix tonnes et je portais des sacs de 50 kilos. Je me suis démené aussi à l'armée. Je ne voulais pas être simple soldat : on ne gagnait que dix francs par jour. Tu n'allais pas loin avec ça. Je me suis inscrit à l'école des officiers de réserve, ça rapportait 4.000 francs par mois : à cette époque, tu étais riche avec ça. J'ai servi le pays pendant 18 mois. Mais c'est tout à fait normal ! Je fais souvent la comparaison avec le cyclisme. Je pense à Briek Schotte, qui n'était pas si doué mais y est arrivé à force de travail. A l'époque, les coureurs n'avaient pas tout ce qui existe maintenant : les soins, les kinés, les massages, un centre de fitness dans chaque hôtel. Ils se lavaient avec un seau d'eau froide dans une étable, au milieu des chevaux et des vaches. Sans caractère, on n'y arrivait pas. C'est la même chose en football. C'est un des problèmes, oui. Le foot est devenu magnifique. Regarde la Ligue des Champions, ses revenus colossaux, son impact médiatique. C'est formidable. Mais tous ces joueurs sont traités comme des princes. A eux d'être assez malins pour ne pas dépasser certaines limites. Il y en a qui les franchissent et ils tombent dans le ravin. Là-bas, le Sporting a déjà formé des cracks, hein ! Georges Grün, Bertrand Crasson, Johan Walem, Enzo Scifo, Pär Zetterberg, Anthony Vanden Borre, Vincent Kompany, Romelu Lukaku : tout ça est sorti de Neerpede. Mais ces installations étaient complètement dépassées. Parce que nous avons dû mettre beaucoup d'argent dans notre stade, et nous ne pouvions pas rénover notre centre d'entraînement en même temps. Aujourd'hui, les travaux avancent bien, ça va être un modèle, quelque chose de magnifique, comme au Standard. Nous devrions y entrer l'été prochain. Tout, tout, tout... Tout, tout, tout... Oui. Sans vouloir créer de jalousies, sans vouloir critiquer le Standard, je peux dire que le gouvernement wallon a bien aidé les clubs du sud du pays, dont le Standard. Heureusement, un miracle a fini par se produire à Bruxelles, après x années de patience : la Région bruxelloise a décidé de mettre aussi la main au portefeuille et c'est grâce à cela que nous pouvons rénover Neerpede. Elle finance presque tout le gros £uvre. Je ne veux pas entrer dans les détails de tout ce qui concerne le Sporting. Adresse-toi à Herman Van Holsbeeck. Chacun à son poste. Et ça, c'est son domaine. Je suis assez malin pour ne pas marcher sur le terrain des autres. C'était mieux de ne pas réagir parce que ce n'est jamais bon de se mettre en guerre avec les médias. Mais qui a été champion l'année suivante ? En foot, celui qui dit qu'il va gagner dix titres d'affilée n'est qu'un imbécile. Il n'y connaît rien. Juste ou pas juste ? Evidemment, le Wallon sait créer une ambiance. Surtout les supporters du Standard. Mais ça ne suffit pas toujours pour faire gagner l'équipe, hein ! Malgré tout le bruit qu'ils ont fait contre Eupen, ça a fait combien ? Ici, les gens ont été gâtés : près de 350 matches européens, la visite de tous les plus grands d'Europe, une moyenne d'un titre sur deux pendant 60 ans,... C'est pour ça qu'ils viennent au stade comme on va au théâtre, d'abord pour voir quelque chose de beau. Quand j'ai pris ma pension en 2004, Roger Vanden Stock m'a encouragé à tenter ma chance là-bas. J'y suis entré directement dans l'European Club Forum. Ce groupement avait pour but de contrecarrer le G14, ces très grands clubs qui étaient toujours plus exigeants. L'ECF, c'était la masse des autres clubs européens. Quand Michel Platini est devenu président de l'UEFA, il a voulu regrouper le G14 et l'ECF, et c'est devenu l'ECA : European Club Association. J'y suis toujours member of the board, mon mandat a été prolongé en septembre de cette année. Je vais te dire ça. Attends... C'est très simple... (Il cherche mais ne trouve pas directement). Nom de dieu... Où est-ce que t'as mis ça, Verschueren... Voilà, regarde cette photo, c'est le board. Karl-Heinz Rummenigge est président, et pour la première fois, on vient d'élire une femme, qui représente Galatasaray. Il y a 15 personnes dans le board et, en tout, 197 clubs de 53 pays dans l'ECA. Dans les années 80 et 90, toutes les grandes décisions étaient prises par le comité exécutif de l'UEFA. Et ce comité était représenté à 90 % par des gens des fédérations. Ils prenaient des décisions ex cathedra qui tombaient sur la tête des dirigeants de clubs. Aujourd'hui, grâce à l'ECA, les clubs sont écoutés et respectés. Tout est beaucoup plus démocratique. Il y a cinq commissions qui se réunissent régulièrement. (Il sort l'organigramme). Regarde, moi, je dois être quelque part ici. Dans un des groupes de travail, il y a aussi Jean François, du Standard. Euh... Pierre François. Cette commission avance. Elle est occupée à rédiger des règles que tous les clubs européens devront respecter à partir de la saison 2012-2013, sous peine de sanctions. La règle principale sera l'obligation d'équilibrer chaque saison ses recettes et ses dépenses. Jean-Luc Dehaene est le patron de cette commission et c'est important d'avoir un petit Belge à un poste pareil, ça prouve qu'on est respecté. Juste ou pas juste ? Il y a quelques semaines, il a fait un exposé remarquable à l'UEFA. Il a bien expliqué qu'on n'allait pas tuer ceux qui ont péché dans le passé. Seul l'avenir compte. Elle leur demandera d'essayer de l'effacer. Mais des clubs endettés, il y en a beaucoup. Normal, puisque beaucoup de monde a pris l'habitude de vivre au-dessus de ses moyens. La Belgique aussi est endettée. Je ne sais pas ce qui se serait passé si Belgacom et Jupiler n'étaient pas arrivés. Ces deux sociétés-là ont permis à beaucoup de clubs belges de survivre. Mais il reste plein de problèmes. Comme partout en Europe, il y a des clubs qui ne respectent pas leurs obligations en matière de transferts. Ils ne paient pas les sommes convenues aux moments convenus. Et un club qui ne respecte pas ses obligations crée des problèmes financiers dans d'autres clubs. Juste ou pas juste ? Il y a de plus en plus de plaintes à la FIFA. La commission de contrôle financier de l'UEFA a aussi été mise sur pied pour accélérer le traitement de ces dossiers. Non. Et nous sommes aussi en procès avec l'Espanyol Barcelone à propos du transfert de Nicolas Pareja. Les deux clubs nous doivent encore de l'argent. Pas normal, hein ! Il y a encore d'autres dossiers du même style chez nous. Et ailleurs. Partout ! C'est aussi à l'ordre du jour, oui. On dit agents ou managers, moi je n'utilise pas les mêmes mots. Je dis makelaar en flamand et marchandeur en français. Pour moi, manager, c'est manager de club : un métier sérieux. Les marchandeurs sont un gros souci du football actuel. L'UEFA veut mettre de l'ordre dans le milieu. Les cow-boys sont condamnés à disparaître, seuls les gars valables survivront. Et encore, l'Europe n'a pas trop à se plaindre quand on voit comment ça fonctionne en Afrique ou en Amérique du Sud. C'est pour leur compte. Ils connaissent les règles et prennent des risques. Il est super positif. Il a réussi avec grande distinction un de ses principaux projets : la refonte des Coupes d'Europe. Il a senti qu'avec le système des poules en Ligue des Champions, un club comme Anderlecht n'avait pratiquement plus aucune chance de passer la phase des poules, parce que la grande équipe qui perd un match peut se rattraper dans le suivant. Platini a donc créé l'Europa League. Elle permet aussi de jouer six matches, de rester actif au niveau international jusqu'à Noël et d'engranger des recettes. Elles n'ont rien à voir avec les revenus de la Ligue des Champions mais l'Europa League permet quand même de diminuer l'écart entre les grands et les moyens. Pose-lui la question. Ou demande ça à Sepp Blatter. Il y aura bientôt des élections, on verra. Moi, je vois qu'il a l'expérience d'un ancien grand joueur et la classe d'un dirigeant. N'oublie pas que beaucoup de footballeurs d'une certaine époque savaient à peine lire et écrire. Ils connaissaient à peine la différence entre débit et crédit. Evidemment, il ne fallait pas leur parler de bilan comptable. Juste ou pas juste ? Y participer, oui, jusqu'à Noël. Pas plus loin. Le but doit maintenant être de faire le plus long parcours possible en Europa League. Regarde. (Il déplie un journal). J'en lis sept ou huit tous les jours, hein ! Prends la composition des groupes. Bayern, AS Rome, Bâle, Cluj : là, tu peux encore espérer la troisième place. Chelsea, Marseille, Spartak Moscou : tu sais battre ça en six matches ? Real Madrid, AC Milan, Ajax : tu oublies. Et puis tu as Arsenal, Tottenham, l'Inter, Twente, Lyon, Schalke, Benfica, Manchester United, Valence, Glasgow Rangers, Barcelone,... Avec une chance de cocu (excuse-moi l'expression), tu peux tomber une fois dans un groupe où tu te dis : -Si on ne parvient pas à être troisième, on aura raté le coche. Juste ? On cherche partout des nouveautés, soi-disant pour gagner plus d'argent et avoir une compétition de meilleure qualité. On va discuter prochainement de la formule actuelle pour décider soit de la reconduire, soit de la modifier, soit de revenir à l'ancien système. J'imagine déjà des négociations interminables. Il faut laisser à chacun la chance de vivre. Et essayer d'éliminer les fainéants et les tricheurs. Le problème à la Ligue Pro, c'est qu'il y a cinq soi-disant grands clubs en D1, et onze autres. Ces onze-là ont la majorité numérique. Juste ? Les cinq grands sont donc mis en minorité. Mais ils ont la majorité commerciale. C'est ça qui provoque autant de discussions et complique la vie.PAR PIERRE DANVOYE" Oui, les supporters du Standard mettent plus d'ambiance que les nôtres. Ils ont fait plein de bruit contre Eupen, mais ça a fait combien ?"" J'ai une carrosserie d'un certain âge mais tout est réparé à l'intérieur. "" Il faut laisser à chacun la chance de vivre. Et essayer d'éliminer les fainéants et les tricheurs. "