Notre photographe lui avait demandé d'effectuer quelques pompages torse nu, pour ses clichés. " Ça accentuera tes muscles. " Pas de problème. Junior Malanda s'est dévêtu, exhibant son impressionnant buste pour entamer une série de pompages ultra-rapides, sans même reprendre son souffle, jusqu'à ce que le photographe l'arrête. " C'est bon, tu sais. " Junior de rire : " Je peux certainement en faire cent. "
...

Notre photographe lui avait demandé d'effectuer quelques pompages torse nu, pour ses clichés. " Ça accentuera tes muscles. " Pas de problème. Junior Malanda s'est dévêtu, exhibant son impressionnant buste pour entamer une série de pompages ultra-rapides, sans même reprendre son souffle, jusqu'à ce que le photographe l'arrête. " C'est bon, tu sais. " Junior de rire : " Je peux certainement en faire cent. " Le Belge d'origine congolaise posait tout aussi bien, comme s'il avait gagné sa vie dans le mannequinat. Il contractait ses abdominaux et restait imperturbable, un regard de tueur braqué sur la caméra pendant qu'on l'aspergeait d'eau froide. " Tu es photogénique ", avions-nous remarqué. " Avec un corps pareil, je le serais aussi ", avait ri le photographe en montrant le résultat final sur son écran. " Pouvez-vous m'envoyer quelques photos par mail ? ", avait demandé Malanda, manifestement fier de ses débuts de mannequin. C'était début 2013. Zulte Waregem, deuxième, était qualifié pour les PO1. Quelques semaines plus tard, il allait rater de peu le titre. Un des acteurs de cette campagne historique, Malanda, âgé de 18 ans à peine, brillant devant les caméras comme sur le terrain. Grâce à son corps en granit, qui lui avait valu le surnom d'Ours en équipes d'âge. " Mais pas un ours en peluche, un vrai ours ", avait insisté le jeune Belge durant l'interview. Un entretien durant lequel il avait dit, sans la moindre gêne, n'avoir cédé physiquement que face à un seul joueur de notre championnat. " Ryan Donk. Il est le seul à avoir encore plus de puissance. " La remarque était typique de Malanda, empreint d'assurance et débordant d'ambition. Tout est allé vite. Le petit ket bruxellois a commencé à jouer dans le sillage de ses trois frères aînés, avec ses copains de quartier, Michy Batshuayi, Julien Vercauteren et Ziguy Badibanga, au Parc Pirsoul de Berchem-Sainte-Agathe. A onze ans, il s'est retrouvé à Anderlecht, via Berchem, Ganshoren, Jette et le FC Brussels. Au Parc Astrid, Junior découvre la Ligue des Champions en ramassant les ballons. Il fait partie d'une équipe rassemblant de grands talents - Adnan Januzaj, Jordan Lukaku et Davy Roef - mais rejoint deux ans plus tard le centre de formation de Lille. La formation dispensée par le club hexagonal ouvre à Malanda les portes de l'équipe nationale belge. Il suscite l'intérêt de Toon Mertens, le scout principal de Zulte Waregem. En juillet 2012, quand le CEO Patrick Decuyper lui annonce qu'il peut recruter un certain Malanda, sur le conseil de John Bico, Mertens est formel : " Monte dans ta voiture et enrôle-le immédiatement. " Normalement, un tel talent est trop cher pour Waregem mais Lille a omis de proposer à temps un contrat pro au Belge, qui a 17 ans. Il comptait le louer à Mouscron. Cela ne convenait pas au père, BernardMalanda, qui accepte la proposition de Decuyper, alléché par le temps de jeu que le fiston recevra. Zulte Waregem lui offre le contrat minimum de 1.200 euros. Dès le premier entraînement, les nouveaux coéquipiers de Malanda font la connaissance du corps du Bruxellois - 1m81, 90 kilos de muscles. " C'est comme heurter un bus ", rigole l'arrière gauche Brian Hamalainen. Les kinésithérapeutes soupirent : " Le masser est un entraînement en soi. " Francky Dury est impressionné par le jeu de position de Malanda. Il avait songé à lui comme doublure de l'arrière droit Davy De fauw mais il le glisse dans l'entrejeu. Après des débuts décevants contre Courtrai lors de la quatrième journée - trop nerveux, il est remplacé à la mi-temps, le Belge gagne ses galons de titulaire à la mi-septembre, à OHL, durant le match où un certain Thorgan Hazard dévoile pour la première fois sa touche de balle. Deux journées plus tard, au Lierse, Dury associe son bloc de granit au marathonien Jonathan Delaplace. C'est un coup de maître : le duo médian, complémentaire, est le ciment qui permet au club de rejoindre les hautes sphères du classement. Malanda s'épanouit sous l'aile de Dury, aux côtés de ses amis Thorgan Hazard et BryanVerboom. Il bénéficie de la chaleur d'une famille d'accueil. L'adolescent témoigne d'une grande maturité. Elle lui a été inculquée par son père, sévère, et par Lille, qui met l'accent sur la mentalité. Dury : " Junior ne s'est jamais plaint. Il était toujours le premier à ramener un sac de ballons ou un T-shirt qui traînait. Dans le vestiaire aussi, il apportait une note positive. Il essayait de parler néerlandais avec les Flamands. C'était un jeune homme obéissant, travailleur, respectueux et courtois. " Les journalistes s'en aperçoivent chaque fois que Malanda pénètre dans la salle de presse, sert la main de chacun, le saluant d'un poli Monsieur. Ce n'est pas un hasard si Michael Essien, l'ancienne star de Chelsea, est son idole. " Pour ses qualités de footballeur mais surtout parce qu'il est toujours modeste en dehors du terrain tout en étant un meneur ", précisait Malanda, lui-même capitaine des sélections nationales d'âge. En outre, il est profond, comme en témoignent ses propos, durant une interview : " J'aime découvrir des cultures, voir comment d'autres gens vivent. Je suis déjà allé en Serbie. J'y ai été confronté au gouffre séparant les riches des pauvres. Ça fait réfléchir. Tout le monde ne reçoit pas la même chance... " La chance dont il bénéficie alimente sa rage de vaincre. Filip Beyaert, responsable de la revalidation à Waregem, se souvient d'avoir été à vélo avec l'ado, blessé. Il s'était échappé dans une descente mais Malanda s'était épuisé pour le dépasser in extremis. L'international espoir nous l'avait confié : " Je suis très mauvais perdant. Après une défaite, il vaut mieux me laisser tranquille. Je ne parviens pas à avaler une bouchée, je me fais des reproches, j'en arrive même à me détester. Moi, mes adversaires. C'est une qualité pour un footballeur mais sur le plan humain, je dois réagir plus modérément. " En janvier 2013, titulaire depuis quatre mois à peine, Malanda est fâché que son transfert de rêve à Fulham capote. Decuyper a refusé l'offre de 4,5 millions du club de Premier League. Il a reçu une proposition d'Udinese, qui n'aboutira pas. Quand, en plus, il ne reçoit pas d'augmentation, quelque chose se brise en lui. Il s'épanche sur Twitter : " J'ai découvert la face sombre du football. " Il efface vite ce tweet et ne reviendra plus jamais sur l'incident. Dury lui remonte le moral et quelques semaines plus tard, il se reconcentre sur le seul football. Toutefois, au terme de la saison, son père et lui tournent la page. Le 1er juillet, le joueur n'est pas à l'entraînement. Il brandit la menace de la loi 1978. Neuf jours plus tard, il apparaît au SV Roulers (D2), où Didier Frenay a tout à dire. L'agent accueille l'international espoir à bras ouverts et lui fait même jouer un match amical. Le 30 juillet, le jour du premier match européen de Zulte contre le PSV, le feuilleton Malanda connaît un dénouement surprenant. Le médian signe pour cinq ans au VfL Wolfsbourg, qui le loue à son ancien club jusqu'en janvier, au moins. Montant du transfert : 3 millions. Junior évolue à un niveau élevé durant les premiers mois. Il inscrit cinq buts, dont le 1-2 à Wigan, en Europa League, sur un long tir à la 88'. Wolfsburg permet au jeune joueur d'achever la saison 2013-2014 à l'Essevee mais l'intéressé ne veut rien savoir : il redoute le départ de Thorgan Hazard et ne se voit plus d'avenir en Belgique. En revanche, il se voit bien en Allemagne. Après quelques semaines sur le banc, il est titularisé et il secoue deux fois les filets. A la mi-avril, Malanda se déchire les ligaments croisés, en demi-finale de la Coupe contre le Borussia Dortmund. C'est la première grave blessure de sa carrière. Le kiné Lieven Maesschalck le rétablit à temps pour le début de la saison suivante mais l'ours commence à perdre sa joie de jouer, à force de faire banquette plus souvent qu'il ne le voudrait. Il n'est titularisé que quatre fois en 17 matches de championnat. Par-dessus le marché, Malanda rate deux fois une occasion des cinq mètres, contre le Bayern et contre l'Eintracht Francfort. Ce qui n'arrange pas ses affaires. Son temps de jeu diminue et sa nostalgie s'accroît. Il regrette ses anciens coéquipiers de Zulte Waregem et des espoirs nationaux, ses copains bruxellois. Il retourne plusieurs fois par semaine en Belgique pour les revoir et certains d'entre eux exercent une influence négative sur le professionnalisme du médian. Le rapide qui a lancé sa carrière depuis l'été 2012 se mue en fleuve tranquille. Trop au gré de l'ambitieux Malanda, qui cherche ailleurs le frisson de la vitesse avec deux copains belges. Destination finale : non pas l'élite du football dont il rêvait mais un arbre, le long d'une autoroute allemande. PAR JONAS CRÉTEUR - PHOTOS: BELGAIMAGE" J'aime voir comment les gens vivent. Je suis déjà allé en Serbie. J'y ai été confronté au gouffre séparant les riches des pauvres. Ça fait réfléchir. Tout le monde ne reçoit pas la même chance... "