Après une très longue séance d'entraînement de deux heures et demie, interrompue par la prière, Frankie Vercauteren nous emmène dans sa Chevrolet noire et nous conduit du stade Mohammed Bin Zayed à l'hôtel où il réside en attendant son déménagement. Il a jeté son dévolu sur un appartement exclusif, avec vue sur mer, mais le prix est à l'avenant et il faut encore négocier avec le cheikh-président d'Al Jazira. Entre-temps, le soir est tombé mais la température reste digne d'un sauna. Le mercure atteint toujours 40°. Vercauteren fait le plein. 60 litres pour cent dirham, un peu moins de 20 euros.
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Après une très longue séance d'entraînement de deux heures et demie, interrompue par la prière, Frankie Vercauteren nous emmène dans sa Chevrolet noire et nous conduit du stade Mohammed Bin Zayed à l'hôtel où il réside en attendant son déménagement. Il a jeté son dévolu sur un appartement exclusif, avec vue sur mer, mais le prix est à l'avenant et il faut encore négocier avec le cheikh-président d'Al Jazira. Entre-temps, le soir est tombé mais la température reste digne d'un sauna. Le mercure atteint toujours 40°. Vercauteren fait le plein. 60 litres pour cent dirham, un peu moins de 20 euros. " J'accepte une série de choses qui sont différentes par rapport à chez nous. Mon entraîneur des gardiens anglais éprouve toujours des difficultés à ce niveau-là car en Angleterre, tout est réglé de A à Z. Ici aussi mais pas toujours immédiatement. Il faut le savoir et faire avec. J'en suis capable. "Frankie Vercauteren : Pour des raisons sportives et extra-sportives. Quand vous sacrifiez tout pour le football, vous devez recevoir quelque chose en retour. J'ai beaucoup reçu mais les dernières semaines, mes sentiments étaient plus mitigés. Dans ce cas, on espère travailler en France ou en Angleterre mais si ce n'est pas possible, on se rabat sur autre chose. Parce que je n'avais pas d'autres options. J'ai eu quelques offres mais elles ne me plaisaient pas autant ou elles n'étaient pas aussi concrètes. Si Bordeaux et Lyon s'intéressent à moi mais que je n'en vois jamais la preuve, je n'en tiens pas compte. Je n'en sais rien. Je n'ai eu qu'un seul entretien avec Luciano D'Onofrio durant l'intersaison. Nous avons parlé de tout mais sans rien promettre ni coucher sur le papier. Il m'a encore donné un coup de fil par après pour me dire que la situation avait changé. C'est tout. Il y aurait vraisemblablement eu une suite. Selon moi, on peut discuter avec tout le monde et certainement répondre à l'invitation de quelqu'un comme D'Onofrio. Le contraire constituerait un manque de respect. J'avais tout atteint avec Genk. Même au sein du club, certains me disaient : -Essaie de partir.Je ne redoutais pas d'éventuels résultats moindres. Confirmer est toujours plus difficile mais cela n'a joué aucun rôle. D'ailleurs, je ne sais pas si cela ne pouvait qu'aller moins bien. Nous avons retiré énormément du noyau. C'est pour cela qu'au début, j'ai dit : -Il nous faut de nouveaux joueurs si nous voulons placer la barre plus haut. C'était le défi. Le club vise la Coupe d'Asie. C'est également un beau défi, même s'il n'est pas si évident à concrétiser. On a toujours la possibilité d'entraîner un club sans palmarès mais je suis animé par l'ambition de travailler dans de bons clubs. Si j'ai le choix entre Auxerre et Lyon, je choisis Lyon, pression ou pas. Fin mai, début juin. Cela n'avait rien à voir avec Al Jazira mais avec un club d'Arabie Saoudite. Cela n'a débouché sur rien de concret. C'était une semaine avant que je ne signe ici. Ce que j'ai fait après que tout le monde ait dit que j'avais déjà marqué mon accord. Cette rencontre parisienne était surtout destinée à entretenir des relations, ce que je n'avais encore jamais fait. Mais puisque tout le monde agit de la sorte, pourquoi pas moi ? Je considère comme un honneur qu'on veuille me parler. Croyez-vous que les clubs ne le font pas derrière le dos de leur entraîneur ? C'est arrivé dix mois trop tôt, en effet, mais quand le train passe, il faut sauter dedans. J'ai soupesé les plus et les moins avant d'opter pour les plus. J'ai laissé beaucoup de choses derrière moi : mes amis, ma famille, ma mère surtout. Mais je reçois beaucoup. Je serais resté. Le changement de situation à Genk ne faisait pas le poids par rapport à toutes les choses positives que j'y avais. Je n'ai pensé à partir que quand la chance s'est présentée. Ce n'est pas parce que je discute avec quelqu'un que je suis sur le départ. Parce qu'après notre entretien d'orientation, Al Jazira m'a téléphoné pour m'annoncer qu'il avait choisi un autre coach, un Argentin. Puis, alors que l'homme était sur le point de s'envoler vers Abu Dhabi, on lui a proposé d'entraîner l'équipe nationale d'Argentine et il a changé d'avis. Est-ce ma faute ? Non, quand même ? ! Sauf s'il se produit quelque chose qui n'est ni honnête ni loyal. Je ne veux pas parler de personnes mais il s'est passé quelque chose. Je ne peux pas le dire. Quand Al Jazira s'est à nouveau manifesté, j'ai dit à Genk : " Voilà la situation, que faisons-nous ? " Quoi qu'on ait dit et écrit, je n'avais pas encore signé à Al Jazira. Non, seulement après le match retour contre le Maccabi. Nous aurions pu rester sereins et annoncer la nouvelle ensemble. Parce que la situation était devenue tellement malsaine que continuer à Genk était impossible. Je ne pouvais plus travailler, les derniers jours. Plus exactement, c'était possible avec les joueurs mais pas avec d'autres personnes. Oui, mais j'aurais pu m'arranger. L'Argentin avait signé son contrat sans le respecter. Le club n'avait pas envie de revivre ce scénario. Il craignait que si je m'attardais trop en Belgique, Genk n'essaie de me raisonner. Je comprenais ce point de vue mais j'aurais pu trouver une solution. Finalement, j'ai décidé la nuit même de partir. Parce qu'il s'était passé quelque chose. Je n'en dirai pas plus. Oui et non. Nous dépendions partiellement de la qualification pour la Ligue des Champions. D'autre part, tout le monde savait ce que le transfert de Courtois ou de De Bruyne pouvait nous rapporter. Donc, faire resigner un ou deux joueurs posait-il problème ? Rien n'a été résolu et j'ai entamé les entraînements dans des conditions très difficiles. Je n'avais que 15 joueurs et un noyau trop étriqué, d'autant qu'Ogunjimi, Vossen, Pudil, Tözser, De Bruyne, Courtois, Casteels et Joneleit étaient tous susceptibles de partir. Mais je n'entendais qu'un refrain : " Nous avons le temps. "Parce que nous avons retiré le maximum du noyau et qu'en janvier, nous avons réalisé trois transferts très importants, ne serait-ce que pour affûter les autres. Sans ces renforts, nous n'aurions sans doute jamais été champions. Je savais qu'après le titre, ce serait plus difficile, que nous devrions nous livrer encore plus. Je m'attendais donc à ce que le club agisse. Parfois, le temps joue en votre défaveur. De fait, puisque nous avons perdu deux gardiens. J'en ai entendu parler quand le club m'a annoncé avoir fait une déclaration à ce propos. Je ne pouvais que m'incliner. Je n'avais demandé qu'une chose aux joueurs, pendant le banquet qui a suivi le titre : qu'ils me fassent part de leur situation aux environs du 20 juin. Ils ne l'ont pas fait. Je n'avais pas non plus l'intention de partir. On avait même parlé d'un contrat de plus longue durée. Il y a une différence entre réaliser un rêve et nourrir une ambition personnelle. Je n'ai jamais pensé à autre chose qu'à Anderlecht. Je trouvais déjà étrange de le quitter quand j'étais joueur. Ce sentiment s'est accentué quand j'ai été limogé du poste d'entraîneur. J'étais vraiment convaincu de revenir un mois plus tard. Monsieur Roger avait dit : " Prends un mois de congé et on discutera. " Je n'y voyais aucun problème, d'autres bien. Cette expérience a changé mon regard. Le renvoi a été une bonne chose. (Rires) Je n'ai pas seulement concrétisé un rêve : j'ai vécu une expérience fantastique à Genk. Depuis que j'ai joué à Nantes, j'ai toujours eu envie de repartir à l'étranger. Mes enfants sont de véritables globe-trotters. Dès qu'ils en ont l'occasion, ils sont à l'étranger. Ils doivent tenir ça de moi. Mes parents n'ont jamais dépassé Blankenberge mais le football m'a fait comprendre qu'il y a beaucoup de choses à voir dans le monde. En plus, il s'est passé beaucoup de choses dans mon entourage ces derniers mois. Des personnes sont décédées. Deux jours plus tard, il était mort. Je le regrettais surtout pour mon amie mais nous en avons discuté. Tous, elle, son frère et sa mère m'ont dit qu'ils savaient que je serais avec eux en pensées. Mon beau-père comptait beaucoup pour moi. Je lui ai promis plusieurs choses mais assister à son enterrement était pratiquement impossible. Cela montre à quel point Genk comptait pour moi. Et la femme de mon meilleur ami est décédée... Nous avons vécu avec eux les derniers mois de sa maladie. Ce fut très dur. Pourtant, nous avons tous continué à fonctionner. Grâce à l'entraînement mental. J'y travaille depuis des années avec Johan Desmadryl, psychologue du sport. Il fallait notamment pouvoir tourner la page, dire : " Je me rends à Genk et je ne m'occupe que de ça. " Puis retourner la page et revenir à la réalité. Ce n'était pas facile mais je pense que peu de gens se sont rendu compte de ce que je vivais. Cela m'a submergé quand nous avons été champions. J'avais enterré quatre ou cinq personnes en l'espace de quelques mois, des proches. Le football ne pèse pas lourd à côté de ça. En grande partie. Vous avez de multiples obligations, on enterre votre beau-père mais vous devez assurer un stage. Je touche du bois mais mon beau-frère s'en est bien tiré et Lucile va mieux aussi. Elle peut nager et elle recommence à courir mais elle ne peut plus jouer au tennis. Oui, même si j'ai quitté ma mère, qui traverse aussi une période difficile. Elle vit toujours seule mais elle a 80 ans et il va falloir trouver une solution. Dans notre métier, nous sommes toujours trop peu disponibles. Je vois peu mes enfants, même si j'aurai sans doute plus de temps à leur consacrer ici qu'en Belgique. Ils viendront plus souvent. Oui, beaucoup même ! Sachant d'où nous venions, c'est incroyable. Heureusement. Imaginez que nous ayons terminé sixièmes. Ici, j'ai gagné quelque chose qui a compensé mes problèmes personnels. Non, cela aurait pu être Lille ou Manchester. La distance relève du hasard. Mon beau-fils s'est rendu en Provence en voiture. Il a mis dix heures. Je préfère m'en abstenir. En six heures de vol, je suis à Abu Dhabi. Je n'ai plus investi depuis quelques années mais j'ai toujours dit que je voulais aussi une résidence à l'étranger. Je ferais alors la navette. Je n'ai pas encore trouvé ce que je voulais et je ne veux pas non plus m'engager sans avoir la certitude de pouvoir me rendre assez souvent dans cette seconde résidence. Je me vois donc bien émigrer mais pas sans conserver un pied-à-terre en Belgique. Oui. C'est pour cela qu'il était important de pouvoir commencer à Al Jazira, un club important de la région. Il m'ouvre les portes du reste de l'Asie mais aussi en Europe. Je le suis devenu. Avant, j'étais plutôt automne. Je suis d'ailleurs né durant cette saison. Le soleil a pris de l'importance depuis quelques années, y compris pour mes destinations. J'adore prendre mon petit-déjeuner sur la terrasse. Me rendre à Genk en plein hiver n'était pas une mince affaire mais c'était mon choix : j'avais un appartement, que j'occupais rarement. Maintenant, je vais habiter à 25 minutes du stade. Ici, les gens trouvent que c'est loin mais qu'est-ce que cela représente sous le soleil ? JAN HAUSPIE - PHOTOS: REPORTERS/ GOUVERNEUR " J'ai enterré quatre ou cinq personnes, des proches, en l'espace de quelques mois. "" Je n'ai jamais pensé à autre chose qu'à Anderlecht. "