Romantique, le jardin décline une symphonie de blanc et de vert, avec quelques notes vives. Il dégage la même harmonie que la maison, bâtie au XVIIe siècle. Le c£ur de la Venise du Nord bat au ralenti. Rien ne trouble le chant des oiseaux... hormis quelques ouvriers : Bruges a interdit tous les travaux en 2002, quand elle a été promue capitale culturelle de l'Europe. Les beaux jours incitent ses habitants à rattraper le temps perdu.
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Romantique, le jardin décline une symphonie de blanc et de vert, avec quelques notes vives. Il dégage la même harmonie que la maison, bâtie au XVIIe siècle. Le c£ur de la Venise du Nord bat au ralenti. Rien ne trouble le chant des oiseaux... hormis quelques ouvriers : Bruges a interdit tous les travaux en 2002, quand elle a été promue capitale culturelle de l'Europe. Les beaux jours incitent ses habitants à rattraper le temps perdu. C'est ici que le Baron Michel D'Hooghe se ressource, entre la présidence du Club Brugeois et celle de la commission médicale de la FIFA, entre l'UEFA et la pratique quotidienne de la médecine. C'est ici qu'il a accepté de dévoiler quelques pans moins connus de sa personnalité. Le football n'est jamais très loin mais il ne constitue pas une obsession. Disons qu'il n'est qu'une des facettes d'une vie dense et riche. Michel D'Hooghe : Je le répète depuis 1995. Cet arrêt a généré deux vainqueurs : les tout grands joueurs, au détriment des autres, et les managers, qui vont devenir des perdants également, puisque le marché des transferts est à présent paralysé. Certains joueurs sont sans boulot, d'autres acceptent des salaires excessivement bas. L'arrêt Bosman a été très négatif. Je suis très royaliste. La monarchie est un don pour notre pays. Certaines critiques erronées me font souffrir. Ainsi, certains prétendent que la Reine Paola ne s'exprime pas bien en néerlandais. Mon épouse et moi avons eu l'honneur de déjeuner avec le couple royal en 1994, peu avant notre départ pour le Mexique. On nous avait demandé de nous exprimer dans la langue de Vondel. Je puis vous assurer qu'elle la manie bien, certes avec un accent italien, ce qui est normal. Il s'agit de sa troisième ou quatrième langue... J'ai la chance de parcourir le monde. J'éprouve beaucoup de respect pour tous les peuples, mais quand l'avion survole la petite église, près de Zaventem, je suis envahi par un sentiment de bien-être. La Belgique occupe la quatrième place mondiale sur le plan social. Je ne voudrais pas la troquer contre un des trois premiers pays. Nous vivons dans un pays merveilleux, que nous devons mieux protéger. Nous avons la chance de réunir plusieurs cultures, nous avons des produits économiques de qualité et de grands sportifs. Et vous savez ? J'ai toujours eu un faible pour le Luxembourg. Comme la Flandre-Occidentale, il est loin du centre du pays. Nous avons beaucoup de points communs, dans notre façon de vivre, cette simplicité mêlée de fierté, une ardeur d'avance... Je reste sensible aux critiques des médias, même si elles m'affectaient encore bien davantage naguère. Elles me remettent toutefois les pieds sur terre. Je me suis quelque peu blindé, sans pour autant accepter les critiques ad hominem. Je mesure les pressions auxquelles sont soumis les journalistes. Je respecte ces derniers, pour autant qu'ils n'abusent pas. Il y a une phrase magnifique, en néerlandais : " Celui qui ne peut supporter le bruissement des feuilles ne doit pas entrer dans la forêt ". J'ai effectué mes humanités latin-grec chez les pères jésuites. Ils m'ont beaucoup apporté, à commencer par leur ouverture au monde. J'ai vécu en internat pendant huit ans mais jamais je ne me suis senti enfermé. En rhétorique, notre professeur de français nous a fait découvrir Sartre et Heidegger alors que ces philosophes ne reflétaient certainement pas ses opinions. En rhétorique, nous devions monter sur l'estrade. " Imagine que tu es bourgmestre et présente ton programme ". Durant mes 14 années de présidence de l'Union Belge, j'ai souvent pensé à ce professeur. Nous lui avions demandé s'il était capable de faire ce qu'il nous demandait. Il donnait l'homélie à l'église Sainte-Barbe de Gand. Il nous a proposé d'inscrire sur une carte un thème sur lequel il improviserait. Nous lui avons laissé carte blanche. Pendant 20 minutes, il a parlé de l'Immaculée Conception, de blancheur, de pureté. Les jésuites m'ont offert une formidable culture classique. Je suis sorti de la Faculté en 1972. J'ai effectué ma première année de médecine à Namur, pour perfectionner mon français. J'ai suivi des études scientifiques et humaines. J'aime les consultations. J'aime l'homme, avec ses défauts et ses qualités. Jamais je n'aurais pu me focaliser complètement sur le football. Celui-ci me permet de chasser de ma tête les problèmes rencontrés en médecine mais l'inverse est aussi vrai. Je travaille dans une spécialité qui me confronte à des drames : la rééducation des accidentés. Vous imaginez bien que la détresse et le courage de personnes qui se battent pour revenir, qui sont tétraplégiques, paraplégiques, qui souffrent de graves troubles post-traumatiques, ne sont pas comparables à une victoire, à une défaite ou à la blessure d'un joueur. Ces émotions-là ne sont que de simples joies, des déceptions superficielles. Lorsque je suis revenu de Londres en ayant obtenu l'organisation de l'EURO 2000, j'ai été récompensé de 15 ans de travail. Ce championnat a eu un impact formidable pour l'UB et la Belgique. Sans lui, le Standard, Charleroi et Bruges n'auraient pas pu construire de beaux stades. La fédération néerlandaise m'a accordé la plus haute distinction possible pour un étranger. Ça m'a fait chaud au coeur, d'autant que nous n'avions pas été épargnés par les critiques. Certaines villes, comme Bruges, ont su profiter de l'EURO. Nous avons adoré le match France-Espagne. Beaucoup de Français et d'Espagnols reviennent visiter Bruges, maintenant. Mes meilleurs souvenirs en football ne sont pas liés à l'équipe nationale mais à l'Azalée. Un club de tennis brugeois qui occupait l'hiver en jouant au football, à un niveau très bas. Il m'arrivait d'évoluer à l'arrière gauche mais j'étais plutôt un gardien. A l'UB, je me définissais comme le gardien. Je ne devais pas marquer. J'étais un rempart. J'en suis devenu le président à 41 ans. J'étais animé d'une ambition folle, je sautais sur tous les problèmes jusqu'au jour où le très sage Constant Vanden Stock, qui était alors premier vice-président, m'a dit : -Manneke, as-tu vu Napoléon se battre devant son armée ? Il m'a donné une grande leçon en une seule phrase et ce ne fut pas la seule. Il peut vous parler de jeunesse et d'avenir pendant deux heures, aujourd'hui encore. Lorsqu'il a démissionné, j'ai dit, dans mon discours, que quand on était jeune, c'était pour toujours. Si je n'avais pas accepté la présidence du Club, j'aurais éprouvé une certaine gêne, vis-à-vis du Club mais aussi du bourgmestre, des industriels et de tous mes concitoyens, mais je ne suis pas président de Bruges contre les autres clubs. (Un moment de recueillement). La veille de sa mort, Michel Van Maele m'a appelé à son chevet. Il m'a pris la main et m'a demandé : -Ne laisse pas tomber Bruges. Il me l'a confié. Le titre a d'ailleurs été celui de Michel Van Maele. Il n'est pas le mien : je n'ai pris les rênes du club qu'en mars dernier. J'aime Bruxelles et surtout son dialecte, mélange de français et de néerlandais, mais je ne voudrais jamais quitter Bruges ! Je n'y ai jamais songé, même lorsque j'assumais la présidence de l'UB. Au début, la navette me mobilisait deux heures. A la fin, j'en ai perdu deux de plus par jour, soit 16 par semaine. Voilà où je vais chercher une partie du temps consacré au Club. La présidence de la commission médicale de la FIFA me fait beaucoup voyager. Si je dois prendre un avion avant dix heures, je loge à l'aéroport, maintenant. Je viens de découvrir le château de Cracovie, à la faveur d'une demi-journée de liberté durant un voyage. Il possède une fabuleuse collection de Gobelin. Cracovie est une des plus belles villes du monde. J'ai ressenti une émotion poignante à Auschwitz. J'y étais seul, avec mon chauffeur et ma guide. J'ai ôté ma casquette, par respect. J'ai éprouvé une profonde angoisse. L'événement s'est déroulé il y a 60 ans mais qu'on ne dise pas que c'est le passé car que représentent six décennies dans l'histoire ? Que ceux qui veulent déclencher une guerre aillent voir ce camp et si, ensuite, ils veulent toujours la faire, qu'on les emprisonne ! Le monde reste en ébullition. Ce n'est pas l'histoire qui se répète mais l'homme qui ne change pas Le hooliganisme est mon combat mais en fait, il s'agit d'un problème de société projeté dans le football, en profitant de l'anonymat qu'il confère et des passions qu'il déchaîne. Les politiques doivent prendre leurs responsabilités. Je le répète, il n'est pas normal qu'on ennuie tant de supporters avec cette carte de sécurité alors que cette mesure ne vise en réalité que 200 ou 300 personnes fichées. La société a besoin d'une éducation plus stricte. En soi, monter sur le terrain n'est pas grave mais ce geste dérègle toute une vie sociale. A Bruges, j'ai déjà eu diverses réunions avec des dirigeants de clubs de supporters pour améliorer la sécurité. Le problème se situe plutôt en déplacement car nos services de sécurité y interviennent moins. Il n'y aurait pas eu d'incident lors du dernier match d'Anderlecht la saison dernière, à Beveren, si le match s'était déroulé à Bruxelles, pour la même raison. Enfant, influencé par la télévision, j'ai demandé un accordéon à mon père. Je jouais toute la journée. Roger Danneels, un grand virtuose, m'a donné des cours. J'ai été champion de Flandre en û18 ans à l'âge de 16 ans mais mon père était las de m'entendre jouer. J'ai abandonné les concours et je me suis mis au piano, sans leçon. J'ai joué dans un restaurant pendant mes études, pour me faire de l'argent de poche. Je joue du Chopin, mais j'adore écouter le quatrième ou le sixième concertos de Paganini et les deuxièmes mouvements, lents, de Beethoven. J'écoute aussi Rachmaninov. Charles Aznavour est mon compagnon de voyage. Il peint avec des paroles. Car la gloire est frivole. Quand on la croit nôtre, elle s'offre à un autre... J'apprécie également Brel, si délicieusement bruxellois. Un soir, mon père, industriel dans l'emballage de papier, m'a raconté qu'il avait vu un collègue bruxellois qui avait ses problèmes avec son fils. Il le plaignait. Ce fils, c'était Jacques Brel. Le succès de Kim et de Justine est fantastique. On méconnaît la valeur de ces deux jeunes femmes pour la Belgique. Elles me touchent mais j'ai été encore plus ému en voyant Ingrid Berghmans monter sur la plus haute marche du podium aux Jeux Olympiques. C'était la première fois que le judo féminin était reconnu aux JO et c'était sa dernière chance. Elle est la femme sportive que j'admire le plus. Kim et Justine sont encore jeunes. Elles ont deux styles différents, ce qui prouve qu'il y a plusieurs voies pour recueillir le succès. Mais il y a une chose qu'elles ne connaîtront pas : le partage de ses émotions avec une équipe, au vestiaire. " Kim et Justine ne connaîtront pas le partage des émotions avec une équipe, au vestiaire "