Malgré le froid glacial et le vent qui balaie les artères, le va-et-vient des touristes ne cesse pas dans l'imposante Cathédrale Notre-Dame de Strasbourg. Haute de 143 mètres, l'église, visible depuis les Vosges et la Forêt-Noire, à des dizaines de kilomètres de là, par beau temps, est un must pour les visiteurs de Strasbourg. Il y a six mois, la capitale de l'Alsace était encore terra incognita pour Matz Sels.

" Si vous m'aviez demandé ce qu'il y avait à voir à Strasbourg, avant mon transfert, j'aurais uniquement répondu le Parlement européen ", raconte Sels. " Maintenant, j'y vis et je dois reconnaître le charme que dégage la ville. Ses bâtiments historiques et le cours d'eau au centre lui confèrent un petit air de Bruges et de Gand. Mais les gens ne s'y attardent pas. Je remarque qu'ils utilisent Strasbourg comme étape vers la Suisse. Elle est beaucoup plus proche de la Belgique que Newcastle. Quand j'ai deux jours de congé, je peux facilement retourner dans ma famille. "

Comme beaucoup de collègues, Sels a eu besoin de quelques coups de pouce pendant sa carrière. Il y a des années, un tuyau de Jason Denayer lui a permis d'éclore au Lierse. Denayer avait joué contre les espoirs du Lierse avec une délégation de la JMG Académie et avait communiqué le nom de Sels à Jesse De Preter, le CEO du Lisp. L'été dernier, son ancien coéquipier Stefan Mitrovic lui a donné un autre coup de main. " J'ai eu un entretien téléphonique avec Loïc Desiré, le directeur sportif de Strasbourg, et manifestement, Mitrovic lui avait vivement conseillé de m'enrôler. "

" Strasbourg ? J'étais plutôt réservé au début "

Depuis ton transfert à Newcastle en 2016, tu as déménagé trois fois. Tu avais besoin de stabilité maintenant ?

MATZ SELS : Déménager chaque année n'est pas agréable. C'était surtout très ennuyeux pour ma compagne. Les gens pensent qu'un footballeur va engager quelqu'un pour régler son déménagement mais non, mon amie a dû s'occuper de tout. Tout emballer et déballer, choisir les meubles, etc. Nous déménagerons encore à l'avenir. Vers une autre ville, un autre pays. Ça fait malheureusement partie de la vie d'un footballeur. Il ne choisit pas les clubs qui s'intéressent à lui.

Strasbourg était-il le club de tes rêves ?

SELS : ( Rires) J'étais plutôt réservé au début puis je me suis dit que ce club me voulait absolument et qu'ainsi, je jouerais en Ligue 1. Ces deux éléments ont été décisifs. En outre, le club a établi un plan quinquennal. Le stade va être porté à 36.000 places et le club veut effectuer un pas en avant chaque saison, sur le plan sportif. Strasbourg peut grandir et je veux participer à cette croissance. Mais j'ai aussi appris qu'en football, il ne faut pas regarder au-delà de six mois.

Ça fait penser à ce que tu as vécu à Gand.

SELS : ( Il opine) À mon arrivée, Gand n'était qu'un club moyen. Après la construction du stade, tout s'est rapidement plié et nous avons enlevé le titre avec Hein Vanhaezebrouck, qui s'est avéré être le bon homme au bon moment. Je ne dis pas que Strasbourg va être champion : en France, c'est impossible puisque le PSG dépasse les autres de trois têtes, mais nous devons nous rapprocher de l'élite. Cette saison, nous avons accompli deux pas en avant d'un coup. L'objectif initial - assurer le maintien le plus vite possible - est dépassé. Nous pouvons résolument regarder vers le haut.

" Je veux être irréprochable "

Le RC Strasbourg a consenti un gros effort financier pour toi. Tu es le deuxième plus gros transfert de l'histoire, après José Luis Chilavert, et tu es un des joueurs les mieux payés de l'équipe.

SELS : Je ne sais pas ce que gagnent mes coéquipiers et ça ne m'intéresse pas. Mais, de fait, la direction a engagé des joueurs pour un montant considérable dans chaque ligne, l'été dernier. Elle ne s'est pas contentée de compléter le noyau. Elle cherchait un gardien expérimenté car le club a encaissé trop de buts la saison passée. Elle a moins prêté attention à mon âge - je n'ai que 26 ans - qu'à mon bagage. J'ai disputé onze matches en Ligue des Champions et j'ai déjà gagné des prix. Strasbourg voulait un gardien qui ne succombe pas au stress quand il doit se produire dans des stades comme ceux de Marseille ou de Lyon.

Matz Sels : " J'ai appris une chose : un joueur ne choisit pas les clubs qui s'intéressent à lui. ", BELGAIMAGE - CHRISTOPHE KETELS
Matz Sels : " J'ai appris une chose : un joueur ne choisit pas les clubs qui s'intéressent à lui. " © BELGAIMAGE - CHRISTOPHE KETELS

Tu n'as pas raté ton entrée en France. Le consultant Pierre Ménès estime que tu es le meilleur gardien de la compétition. Quel effet cela te fait-il ?

SELS : Je suis évidemment heureux qu'on reconnaisse mes performances. Ça m'encourage à poursuivre sur ma lancée. Je ne vais certainement pas me reposer sur mes lauriers. Au contraire. Ça me booste encore plus. J'ai travaillé avec un entraîneur personnel au Lierse et je le fais ici aussi. Parce que mon corps en a besoin. Je peux même apprécier une séance dure. Si un entraîneur devait me définir, il dirait que je suis très travailleur.

Tu sais pourquoi tu es aussi populaire auprès des supporters ?

SELS : Je ne baisse jamais les bras. Tout le monde peut commettre une erreur, c'est humain, mais je ne veux pas avoir à me reprocher quoi que ce soit. Et je ne veux pas non plus que les supporters puissent me reprocher quelque chose. Je n'éprouve pas le besoin d'être le chouchou du public mais je veux montrer aux gens que je me livre à fond pour défendre les couleurs du club. Les supporters acceptent plus facilement un jour sans quand le joueur a acquis un certain crédit.

" Le foot français va devenir de plus en plus attrayant "

Tu es devenu un leader du vestiaire en peu de temps. On l'a constaté après le match amical perdu 3-0 contre les réserves de Strasbourg. Tu étais tellement fâché que tu as quitté le club sans prévenir.

SELS : L'incident s'est produit en début de saison. J'étais fâché d'avoir perdu un match contre des jeunes qui étaient très motivés, eux. La mentalité m'a excédé. J'ai ressenti un certain manque d'ambition. Plusieurs joueurs viennent de division deux et ils étaient contents de ne pas devoir joueur pour le maintien.

Cette mentalité commence à s'estomper. J'ai l'impression que le message est passé. Tout le monde a réalisé que nous avions une équipe capable de terminer haut. Kenny Lala peut s'attendre à une sélection en équipe nationale française dans peu de temps.

La Ligue 1 n'a pas une grande réputation en Flandre. Il y a cinq ans, tu ne serais sans doute pas venu en France.

SELS : Les chaînes flamandes ne suivent pas la Ligue 1 aussi attentivement que la Bundesliga ou la Premier League mais je constate que cette compétition séduit de plus en plus de footballeurs belges. Grâce au PSG, qui est devenu un grand club européen en l'espace de quelques années.

En 2020, le nouveau contrat TV, qui vaut plus d'un milliard d'euros, va entrer en vigueur et rendre la France encore plus attrayante pour les étrangers. Il est donc capital pour Strasbourg de ne pas être relégué dans les années à venir, pour des raisons financières.

" J'aurais aimé rester à Anderlecht, c'est clair "

N'est-il pas ennuyeux de disputer un championnat dénué de suspense depuis des années, à cause de l'hégémonie du PSG ?

SELS : On ne peut pas dire que la lutte pour le titre soit passionnante... Depuis que les Qataris ont repris le PSG, en 2011, Montpellier et Monaco ont gagné un titre chacun. Le PSG a enlevé les autres. Cette saison, il ne gagnera pas la Coupe de la Ligue mais ces quatre dernières années, les Parisiens ont aussi fait main basse sur les deux coupes. Plus personne ne s'occupe donc du PSG. Pour moi, le classement commence à partir de la deuxième place.

Tu as trouvé un accord personnel avec Anderlecht en juin. Le deal entre Anderlecht et Newcastle a capoté pour des bêtises. Tu as pu constater, une fois de plus, que le milieu n'était pas fait pour les faibles.

SELS : J'ai eu ma dose au Lierse. C'est là que j'ai compris comment le milieu fonctionnait. C'est parfois une question de détails : parfois, tu es transféré parce que ton manager est ami avec le manager du club. C'est un cliché mais quand on travaille assez dur, on finit par décrocher quelque chose. Après une période difficile au Lierse, j'ai débarqué à Gand et, au terme d'une saison délicate, remplie d'incertitudes, j'ai croisé le chemin de Strasbourg.

Tu en veux à Anderlecht ?

SELS : ( il réfléchit) J'aurais aimé y rester, c'est clair. Sinon, je n'aurais pas trouvé d'accord avec le club. Tout se serait peut-être arrangé avec un peu de bonne volonté. Si ça n'a pas été le cas, c'est par la faute d'une personne. Je sais comment ça marche. Je dois faire mon boulot sur le terrain mais aussi jouer à ce petit jeu. Pour la simple raison que je n'ai pas tous les atouts en main.

" Avec Gand, nous avions l'impression d'être invincibles "

Tu considères Anderlecht comme une aventure ratée ? Après tout, vous n'avez été que troisièmes.

SELS : On avait douze points de retard sur le Club Bruges avant les play-offs et on a lutté pour le titre jusqu'à la huitième journée. Ce n'était donc pas si mal. Mais avoir raté le titre m'a aussi coûté mon billet pour le Mondial russe. À mes yeux, les deux sont liés. Le titre aurait augmenté mes chances de sélection. Peut-être l'entraîneur a-t-il pensé que je n'avais pas été suffisamment déterminant ? Un gardien ne peut se distinguer que si son équipe tourne.

Tu dois être frustré d'avoir raté l'EURO 2016 puis la Coupe du monde. Tu n'as jamais songé à arrêter ?

SELS : Non. Je continue à penser qu'être sélectionné est un honneur. Représenter son pays est le sommet pour un sportif. J'aurais réalisé mon rêve si j'avais pu disputer un tournoi avec cette génération, même si c'était en tant que numéro trois. Imaginez que les Diables Rouges aillent loin au prochain EURO. Dans vingt ans, on en parlera encore. Peu importe que j'aie joué ou pas. Mais il reste un an et demi. Il ne sert à rien de spéculer sur une sélection pour le moment. Je ne peux qu'espérer que mes prestations soient jugées objectivement.

Gand n'a plus que deux joueurs, Asare et Dejaegere, de l'équipe qui a été championne. Aucun joueur n'a réussi dans un grand championnat. On a surestimé cette équipe ?

SELS : Personne n'a émergé sur la scène internationale, en effet. De là à dire qu'on nous a surestimés... On n'est pas champion et on n'atteint pas le deuxième tour de la Ligue des Champions sans bons footballeurs. Je ne vois aucune équipe belge atteindre le deuxième tour de la Ligue des Champions ces prochaines années. Or, nous étions presque trop bons pour la Belgique. Nous avions l'impression d'être invincibles.

" A Newcastle, c'était chacun pour soi "

On dit que la solidarité a été la clef du succès de Gand.

SELS : Je pense régulièrement à cette période. Mitrovic et moi sommes d'accord : nous ne retrouverons jamais pareille solidarité. C'était incroyable, magnifique. Je suis heureux d'avoir vécu ça.

Tu as vécu l'inverse à Newcastle. Des coéquipiers qui se retiraient dans leurs loges après le match, des femmes de joueurs qui ne s'adressaient pas la parole ou n'assistaient pas aux matches à domicile...

SELS : Le changement a été dur. Je suis passé d'un groupe de copains à un vestiaire où les joueurs s'occupaient surtout d'eux-mêmes. À Anderlecht aussi, c'était chacun pour soi, dans un certain sens. Hein a organisé des activités de team building pour tenter de souder l'équipe mais c'était très différent de Gand. Mes coéquipiers à Anderlecht étaient plutôt des collègues.

Combien d'amitiés solides as-tu conservé de ton passage à Gand ?

SELS : J'échange des messages avec Kums, Thoelen et Foket. Juste pour voir comment ça va. Au fil des années, mes contacts avec les autres joueurs se sont relâchés. Je peux compter sur les doigts d'une main les vrais amis que j'ai conservés en football. Il y a Jason Adesanya ( Heist, ndlr) et Tom Pietermaat ( Beerschot Wilrijk, ndlr), dont j'ai fait la connaissance respectivement au Lierse et en équipes d'âge nationales et qui évoluent maintenant à un niveau inférieur. Nous avons déjà convenu d'achever notre carrière ensemble, quelque part en provinciale.

Matz Sels : " Pour moi, le classement de Ligue 1 débute à la deuxième place. ", BELGAIMAGE - CHRISTOPHE KETELS
Matz Sels : " Pour moi, le classement de Ligue 1 débute à la deuxième place. " © BELGAIMAGE - CHRISTOPHE KETELS

" Anderlecht aurait dû être plus patient avec Hein Vanhaezebrouck "

Matz Sels prend la défense de Hein Vanhaezebrouck, limogé par Anderlecht à la mi-décembre. " Il est arrivé au Sporting au mauvais moment. Hein a retiré le maximum du noyau de Gand pendant trois ans : le titre, puis le deuxième tour de la Ligue des Champions. L'année suivante, il a encore éliminé Tottenham à Wembley. Gand a été un succès sportif du début à la fin. Il a essayé d'utiliser les mêmes méthodes à Anderlecht. S'il avait disposé de plus de temps, il aurait réussi mais Anderlecht a peu de patience. Je ne me tracasse pas pour sa carrière : il va retomber sur ses pattes. Je suis certain qu'il va encore signer de belles prestations à l'avenir. "

Malgré le froid glacial et le vent qui balaie les artères, le va-et-vient des touristes ne cesse pas dans l'imposante Cathédrale Notre-Dame de Strasbourg. Haute de 143 mètres, l'église, visible depuis les Vosges et la Forêt-Noire, à des dizaines de kilomètres de là, par beau temps, est un must pour les visiteurs de Strasbourg. Il y a six mois, la capitale de l'Alsace était encore terra incognita pour Matz Sels. " Si vous m'aviez demandé ce qu'il y avait à voir à Strasbourg, avant mon transfert, j'aurais uniquement répondu le Parlement européen ", raconte Sels. " Maintenant, j'y vis et je dois reconnaître le charme que dégage la ville. Ses bâtiments historiques et le cours d'eau au centre lui confèrent un petit air de Bruges et de Gand. Mais les gens ne s'y attardent pas. Je remarque qu'ils utilisent Strasbourg comme étape vers la Suisse. Elle est beaucoup plus proche de la Belgique que Newcastle. Quand j'ai deux jours de congé, je peux facilement retourner dans ma famille. " Comme beaucoup de collègues, Sels a eu besoin de quelques coups de pouce pendant sa carrière. Il y a des années, un tuyau de Jason Denayer lui a permis d'éclore au Lierse. Denayer avait joué contre les espoirs du Lierse avec une délégation de la JMG Académie et avait communiqué le nom de Sels à Jesse De Preter, le CEO du Lisp. L'été dernier, son ancien coéquipier Stefan Mitrovic lui a donné un autre coup de main. " J'ai eu un entretien téléphonique avec Loïc Desiré, le directeur sportif de Strasbourg, et manifestement, Mitrovic lui avait vivement conseillé de m'enrôler. " Depuis ton transfert à Newcastle en 2016, tu as déménagé trois fois. Tu avais besoin de stabilité maintenant ? MATZ SELS : Déménager chaque année n'est pas agréable. C'était surtout très ennuyeux pour ma compagne. Les gens pensent qu'un footballeur va engager quelqu'un pour régler son déménagement mais non, mon amie a dû s'occuper de tout. Tout emballer et déballer, choisir les meubles, etc. Nous déménagerons encore à l'avenir. Vers une autre ville, un autre pays. Ça fait malheureusement partie de la vie d'un footballeur. Il ne choisit pas les clubs qui s'intéressent à lui. Strasbourg était-il le club de tes rêves ? SELS : ( Rires) J'étais plutôt réservé au début puis je me suis dit que ce club me voulait absolument et qu'ainsi, je jouerais en Ligue 1. Ces deux éléments ont été décisifs. En outre, le club a établi un plan quinquennal. Le stade va être porté à 36.000 places et le club veut effectuer un pas en avant chaque saison, sur le plan sportif. Strasbourg peut grandir et je veux participer à cette croissance. Mais j'ai aussi appris qu'en football, il ne faut pas regarder au-delà de six mois. Ça fait penser à ce que tu as vécu à Gand. SELS : ( Il opine) À mon arrivée, Gand n'était qu'un club moyen. Après la construction du stade, tout s'est rapidement plié et nous avons enlevé le titre avec Hein Vanhaezebrouck, qui s'est avéré être le bon homme au bon moment. Je ne dis pas que Strasbourg va être champion : en France, c'est impossible puisque le PSG dépasse les autres de trois têtes, mais nous devons nous rapprocher de l'élite. Cette saison, nous avons accompli deux pas en avant d'un coup. L'objectif initial - assurer le maintien le plus vite possible - est dépassé. Nous pouvons résolument regarder vers le haut. Le RC Strasbourg a consenti un gros effort financier pour toi. Tu es le deuxième plus gros transfert de l'histoire, après José Luis Chilavert, et tu es un des joueurs les mieux payés de l'équipe. SELS : Je ne sais pas ce que gagnent mes coéquipiers et ça ne m'intéresse pas. Mais, de fait, la direction a engagé des joueurs pour un montant considérable dans chaque ligne, l'été dernier. Elle ne s'est pas contentée de compléter le noyau. Elle cherchait un gardien expérimenté car le club a encaissé trop de buts la saison passée. Elle a moins prêté attention à mon âge - je n'ai que 26 ans - qu'à mon bagage. J'ai disputé onze matches en Ligue des Champions et j'ai déjà gagné des prix. Strasbourg voulait un gardien qui ne succombe pas au stress quand il doit se produire dans des stades comme ceux de Marseille ou de Lyon. Tu n'as pas raté ton entrée en France. Le consultant Pierre Ménès estime que tu es le meilleur gardien de la compétition. Quel effet cela te fait-il ? SELS : Je suis évidemment heureux qu'on reconnaisse mes performances. Ça m'encourage à poursuivre sur ma lancée. Je ne vais certainement pas me reposer sur mes lauriers. Au contraire. Ça me booste encore plus. J'ai travaillé avec un entraîneur personnel au Lierse et je le fais ici aussi. Parce que mon corps en a besoin. Je peux même apprécier une séance dure. Si un entraîneur devait me définir, il dirait que je suis très travailleur. Tu sais pourquoi tu es aussi populaire auprès des supporters ? SELS : Je ne baisse jamais les bras. Tout le monde peut commettre une erreur, c'est humain, mais je ne veux pas avoir à me reprocher quoi que ce soit. Et je ne veux pas non plus que les supporters puissent me reprocher quelque chose. Je n'éprouve pas le besoin d'être le chouchou du public mais je veux montrer aux gens que je me livre à fond pour défendre les couleurs du club. Les supporters acceptent plus facilement un jour sans quand le joueur a acquis un certain crédit. Tu es devenu un leader du vestiaire en peu de temps. On l'a constaté après le match amical perdu 3-0 contre les réserves de Strasbourg. Tu étais tellement fâché que tu as quitté le club sans prévenir. SELS : L'incident s'est produit en début de saison. J'étais fâché d'avoir perdu un match contre des jeunes qui étaient très motivés, eux. La mentalité m'a excédé. J'ai ressenti un certain manque d'ambition. Plusieurs joueurs viennent de division deux et ils étaient contents de ne pas devoir joueur pour le maintien. Cette mentalité commence à s'estomper. J'ai l'impression que le message est passé. Tout le monde a réalisé que nous avions une équipe capable de terminer haut. Kenny Lala peut s'attendre à une sélection en équipe nationale française dans peu de temps. La Ligue 1 n'a pas une grande réputation en Flandre. Il y a cinq ans, tu ne serais sans doute pas venu en France. SELS : Les chaînes flamandes ne suivent pas la Ligue 1 aussi attentivement que la Bundesliga ou la Premier League mais je constate que cette compétition séduit de plus en plus de footballeurs belges. Grâce au PSG, qui est devenu un grand club européen en l'espace de quelques années. En 2020, le nouveau contrat TV, qui vaut plus d'un milliard d'euros, va entrer en vigueur et rendre la France encore plus attrayante pour les étrangers. Il est donc capital pour Strasbourg de ne pas être relégué dans les années à venir, pour des raisons financières. N'est-il pas ennuyeux de disputer un championnat dénué de suspense depuis des années, à cause de l'hégémonie du PSG ? SELS : On ne peut pas dire que la lutte pour le titre soit passionnante... Depuis que les Qataris ont repris le PSG, en 2011, Montpellier et Monaco ont gagné un titre chacun. Le PSG a enlevé les autres. Cette saison, il ne gagnera pas la Coupe de la Ligue mais ces quatre dernières années, les Parisiens ont aussi fait main basse sur les deux coupes. Plus personne ne s'occupe donc du PSG. Pour moi, le classement commence à partir de la deuxième place. Tu as trouvé un accord personnel avec Anderlecht en juin. Le deal entre Anderlecht et Newcastle a capoté pour des bêtises. Tu as pu constater, une fois de plus, que le milieu n'était pas fait pour les faibles. SELS : J'ai eu ma dose au Lierse. C'est là que j'ai compris comment le milieu fonctionnait. C'est parfois une question de détails : parfois, tu es transféré parce que ton manager est ami avec le manager du club. C'est un cliché mais quand on travaille assez dur, on finit par décrocher quelque chose. Après une période difficile au Lierse, j'ai débarqué à Gand et, au terme d'une saison délicate, remplie d'incertitudes, j'ai croisé le chemin de Strasbourg. Tu en veux à Anderlecht ? SELS : ( il réfléchit) J'aurais aimé y rester, c'est clair. Sinon, je n'aurais pas trouvé d'accord avec le club. Tout se serait peut-être arrangé avec un peu de bonne volonté. Si ça n'a pas été le cas, c'est par la faute d'une personne. Je sais comment ça marche. Je dois faire mon boulot sur le terrain mais aussi jouer à ce petit jeu. Pour la simple raison que je n'ai pas tous les atouts en main. Tu considères Anderlecht comme une aventure ratée ? Après tout, vous n'avez été que troisièmes. SELS : On avait douze points de retard sur le Club Bruges avant les play-offs et on a lutté pour le titre jusqu'à la huitième journée. Ce n'était donc pas si mal. Mais avoir raté le titre m'a aussi coûté mon billet pour le Mondial russe. À mes yeux, les deux sont liés. Le titre aurait augmenté mes chances de sélection. Peut-être l'entraîneur a-t-il pensé que je n'avais pas été suffisamment déterminant ? Un gardien ne peut se distinguer que si son équipe tourne. Tu dois être frustré d'avoir raté l'EURO 2016 puis la Coupe du monde. Tu n'as jamais songé à arrêter ? SELS : Non. Je continue à penser qu'être sélectionné est un honneur. Représenter son pays est le sommet pour un sportif. J'aurais réalisé mon rêve si j'avais pu disputer un tournoi avec cette génération, même si c'était en tant que numéro trois. Imaginez que les Diables Rouges aillent loin au prochain EURO. Dans vingt ans, on en parlera encore. Peu importe que j'aie joué ou pas. Mais il reste un an et demi. Il ne sert à rien de spéculer sur une sélection pour le moment. Je ne peux qu'espérer que mes prestations soient jugées objectivement. Gand n'a plus que deux joueurs, Asare et Dejaegere, de l'équipe qui a été championne. Aucun joueur n'a réussi dans un grand championnat. On a surestimé cette équipe ? SELS : Personne n'a émergé sur la scène internationale, en effet. De là à dire qu'on nous a surestimés... On n'est pas champion et on n'atteint pas le deuxième tour de la Ligue des Champions sans bons footballeurs. Je ne vois aucune équipe belge atteindre le deuxième tour de la Ligue des Champions ces prochaines années. Or, nous étions presque trop bons pour la Belgique. Nous avions l'impression d'être invincibles. On dit que la solidarité a été la clef du succès de Gand. SELS : Je pense régulièrement à cette période. Mitrovic et moi sommes d'accord : nous ne retrouverons jamais pareille solidarité. C'était incroyable, magnifique. Je suis heureux d'avoir vécu ça. Tu as vécu l'inverse à Newcastle. Des coéquipiers qui se retiraient dans leurs loges après le match, des femmes de joueurs qui ne s'adressaient pas la parole ou n'assistaient pas aux matches à domicile... SELS : Le changement a été dur. Je suis passé d'un groupe de copains à un vestiaire où les joueurs s'occupaient surtout d'eux-mêmes. À Anderlecht aussi, c'était chacun pour soi, dans un certain sens. Hein a organisé des activités de team building pour tenter de souder l'équipe mais c'était très différent de Gand. Mes coéquipiers à Anderlecht étaient plutôt des collègues. Combien d'amitiés solides as-tu conservé de ton passage à Gand ? SELS : J'échange des messages avec Kums, Thoelen et Foket. Juste pour voir comment ça va. Au fil des années, mes contacts avec les autres joueurs se sont relâchés. Je peux compter sur les doigts d'une main les vrais amis que j'ai conservés en football. Il y a Jason Adesanya ( Heist, ndlr) et Tom Pietermaat ( Beerschot Wilrijk, ndlr), dont j'ai fait la connaissance respectivement au Lierse et en équipes d'âge nationales et qui évoluent maintenant à un niveau inférieur. Nous avons déjà convenu d'achever notre carrière ensemble, quelque part en provinciale.