Ses plus proches le rêvaient déjà en président de l'UEFA. Ceux-là voyaient sans doute dans la trajectoire ordonnée de Mehdi Bayat, les prémices d'une success-story jamais vue sur nos terres. Depuis le 20 avril dernier et sa tentative ratée d'intégrer le Comité exécutif de l'UEFA, les mêmes ont quelque peu déchanté. Si Mehdi Bayat ne côtoiera pas les sommets tout de suite, l'ancien président de l'Union belge reste un ambitieux maladif, qui n'abandonnera pas de sitôt ses désirs d'ascension verticale. Parce qu'on peut troquer la Maison de verre contre son originel Pays Noir et y voir un nouveau départ plutôt qu'un retour à la case du même nom.
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Ses plus proches le rêvaient déjà en président de l'UEFA. Ceux-là voyaient sans doute dans la trajectoire ordonnée de Mehdi Bayat, les prémices d'une success-story jamais vue sur nos terres. Depuis le 20 avril dernier et sa tentative ratée d'intégrer le Comité exécutif de l'UEFA, les mêmes ont quelque peu déchanté. Si Mehdi Bayat ne côtoiera pas les sommets tout de suite, l'ancien président de l'Union belge reste un ambitieux maladif, qui n'abandonnera pas de sitôt ses désirs d'ascension verticale. Parce qu'on peut troquer la Maison de verre contre son originel Pays Noir et y voir un nouveau départ plutôt qu'un retour à la case du même nom. Mehdi Bayat, votre décision de vous retirer de la présidence de la Fédération a surpris par son timing. Pourquoi être parti et pourquoi à ce moment-là, à la veille de l'EURO? MEHDI BAYAT: C'est une accumulation d'événements, qui depuis pas mal de temps me trottent dans la tête, qui m'ont poussé à prendre cette décision. Le point de départ, je dois le reconnaître, c'est l'échec de mon élection au niveau de l'UEFA. Sur le coup, ça a été quelque chose d'extrêmement dur à vivre parce qu'on ne s'attendait pas du tout à ça. On pensait avoir beaucoup de soutien, on était convaincus d'avoir fait une belle campagne, donc c'est un résultat qui nous a surpris. Après, dans un second temps, je me suis posé une question plus personnelle: comment aurais-je fait concrètement si j'avais été élu au Comité exécutif de l'UEFA? Comment aurais-je pu combiner mon poste de président de la Fédération, m'occuper de Charleroi et de ce nouveau process qui va se mettre en place, continuer mes activités à la Pro League et être là pour ma femme et mes deux filles? De ce point de vue-là, ça a été une prise de conscience salutaire. Je suis très jeune, j'ai 42 ans, et je me suis dit qu'il fallait arrêter quelque part. Charleroi, ce n'était évidemment pas possible, mais il me fallait une phase de recul. À aucun moment la peur de ne pas être réélu fin août a pu peser dans votre décision? BAYAT: Jamais. Pour la simple et bonne raison que j'aurais été réélu pour un mandat de quatre ans. J'étais accepté par tout le monde. Par le monde professionnel et le monde amateur. J'en avais la garantie. Mais je ne suis pas là pour accumuler les titres. D'ailleurs, initialement, mon objectif depuis le départ, et je l'avais dit, c'était de passer la main après deux ans en provoquant une nouvelle élection. Avec comme objectif de faire en sorte que l'un des indépendants puissent être prêt à ce moment-là. Parce que si je suis devenu président de la Fédération, ça n'a jamais été avec l'ambition de me l'accaparer pendant des années. En partie parce que je savais que ça serait souvent plus une contrainte qu'autre chose. Et ça s'est confirmé. Les reproches sur votre double casquette étaient attendus. Pourquoi et avec quelle ambition vous êtes-vous présenté en juin 2019? BAYAT: Pour faire en sorte que quelqu'un ne vienne pas casser ce qu'on avait mis en place avec Bart Verhaeghe et que je puisse accompagner Peter Bossaerts pendant le temps nécessaire pour qu'il prenne son emprise. Ça, c'est la vraie raison. Il y a des similitudes entre le départ de Bart Verhaeghe à la surprise générale en juin 2019 et le vôtre aujourd'hui? BAYAT: Bart est quelqu'un de pragmatique et très souvent incompris dans le monde du football belge. À un moment donné, il ne voulait pas perdre son temps à faire de la politique, il voulait faire avancer le monde professionnel. Ce qui a malheureusement tout de suite donné l'image d'un Bart trop fort. Trop influent. Trop grand pour la Belgique. Avec un club, le Club Bruges, qui était en train de devenir le premier du pays. Ça a suscité des jalousies et tout ce qui s'en suit. Bart a senti un manque de confiance et de reconnaissance dans son travail, qui pouvait le mettre en délicatesse pour sa réélection au Comité exécutif. Avant que ça aille plus loin, il a donc pris les devants et s'est retiré. Ça n'a donc rien à voir avec ma situation vu que j'étais moi réélu à coup sûr. Il y avait d'ailleurs une émotion très forte quand j'ai dit que j'arrêtais lors de la dernière assemblée générale. Il y a eu des pleurs. Je crois qu'humainement parlant, je laisserai une bonne image au sein des instances du football belge. Plus globalement, quel bilan tirez-vous de votre passage à la tête de la Fédération? BAYAT: J'ai fait visiter encore récemment les installations de Tubize à Davor Suker. Il a été soufflé. L'outil aujourd'hui à la disposition des Diables, il est digne du top mondial. Ce résultat-là, je le considère un peu comme mon héritage. Je me souviens encore de la première discussion que j'ai eue avec Marc Wilmots à l'époque, qui me disait que, lui sélectionneur, jamais de la vie un Diable rouge ne mettrait les pieds à Tubize. Je ne comprenais pas cette méfiance, je suis content d'être passé au-dessus. Plus globalement, je suis arrivé à la Fédération il y a quatre ans et celle-ci était dans une situation catastrophique. Aujourd'hui, c'est une machine de guerre. Avec un CEO du top mondial en la personne de Peter Bossaerts et un directeur sportif de la trempe de Roberto Martínez. Et puis, finalement, je suis devenu ce que je voulais être, c'est-à-dire le président d'un conseil d'administration qui s'ouvre vers l'extérieur, comme on l'a vu le 5 juin dernier avec les arrivées de deux administrateurs indépendants que sont Pascale Van Damme et Paul Van den Bulck. Je suis très fier qu'il s'agisse d'une femme et d'une personne issue de l'immigration. Pourquoi ne pas vous être rendu, au lendemain de votre annonce le 27 mai dernier, à la conférence de presse censée annoncer le départ des Diables rouges de l'aéroport Charleroi à chacun de ses voyages à l'international pendant l'EURO? BAYAT: Pour qu'on puisse en profiter pour remettre une énième fois en cause mon double rôle? Non merci. Je pense qu'en plus, à un moment donné, j'aurais été une cible et que j'aurais entaché, par ma présence, quelque chose qui est un bien pour la Fédération. On aurait dit: "Mehdi Bayat et Paul Magnette, comme c'est étonnant" ou: "Mehdi Bayat et Charleroi, tiens tiens." Tout ça me pesait. Je suis content que ça appartienne au passé et de retrouver aujourd'hui cette liberté de parole que je n'avais plus à cause de ce fameux cumul. Pourtant, au day to day, je n'ai jamais mis un pied de travers. Mieux, j'ai toujours poussé dans l'intérêt du football belge, souvent joué le rôle du conciliateur. Heureusement, les gens qui m'ont côtoyé pendant ces quatre années le savent. Et ils m'en ont d'ailleurs souvent remercié. Le fait que les Diables voyagent pendant cet EURO avec la compagnie lituanienne ultra low cost Klasjet a suscité la polémique. Pourquoi ce choix et pourquoi ne pas voler avec Brussels Airlines? BAYAT: C'est juste du pragmatisme. La Fédération belge de football est une société qui fonctionne avec des règles et qui pratique des appels d'offre. C'est la responsabilité du management de comparer des devis en fonction de nos besoins spécifiques et de prendre ce qui nous semble être la meilleure option. Il n'y a personne qui s'est levé un matin à la Fédération qui a dit qu'il avait envie d'aller chercher un avion en Lituanie. Par contre, on avait besoin d'un avion bien particulier pour être dans les meilleures conditions possibles et voyager de " bubble to bubble". Ce sont de simples critères sportifs. En termes de récupération pour les joueurs, ce sont des dizaines et des dizaines d'heures que l'on récupère. Et SN ne nous proposait pas le type d'avion que l'on souhaitait. Avec eux, on aurait dû prendre un Boeing A340. Qui aurait été impayable et qui, je pense, aurait été écologiquement absurde. On n'allait pas prendre un avion de 300 places pour faire voyager septante personnes, ça n'aurait eu aucun sens. On fait très attention au niveau des responsabilités sociétales que peut avoir la Fédération, mais on ne va pas brûler l'argent non plus. Le stade de Charleroi attendu pour l'été 2024, c'est le projet qui vous anime le plus aujourd'hui? BAYAT: C'est un projet exceptionnel, mais qui prend du temps. Ce sera peut-être plutôt finalement pour la fin d'année 2024. Mais on ne parle même pas d'un stade de foot. Ça va être le temple de la Wallonie. Le concurrent du Sportpaleis d'Anvers. À la différence qu'on va jouer au foot dedans. On pourra tout faire. Des concerts comme du basket. On va bientôt communiquer sur les plans du futur stade, mais je peux déjà vous dire que ce sera une deuxième mondiale, une première européenne. Ce sera le premier stade qui va avoir un toit fixe permanent qui laisse passer la lumière du jour avec une pelouse naturelle. Ça n'existe nulle part ailleurs qu'en Nouvelle-Zélande. Il y aura 21.000 places en configuration foot dont 2.500 places hypra VIP. Vous avez annoncé votre retrait de la présidence de la Fédé lors de la conférence de presse de présentation d'Edward Still. Là aussi, le timing a surpris... BAYAT: Je voulais lui faire ce cadeau. J'avais même expressément demandé qu'on ne lui dise rien. Vous savez que le lendemain matin, je recevais un message de Karim Belhocine. Sur le ton de la boutade, il me demandait pourquoi je n'avais pas fait ça plus tôt. En gros, pourquoi il n'avait pas eu la chance de pouvoir travailler au quotidien avec un Mehdi Bayat à 150% focus sur Charleroi. On sent une réelle excitation quand on vous entend parler d'Edward Still. C'est un coup de coeur professionnel? BAYAT: Edward Still, c'est ma plus belle rencontre professionnelle, oui. Du même niveau que Roberto Martínez. J'ai rencontré beaucoup d'entraîneurs dans ma carrière. Vous n'avez pas oublié l'appétit de mon oncle Abbas à l'époque par rapport aux entraîneurs. Ceux-là, j'ai souvent été leur confident à l'époque. J'ai beaucoup appris à leur contact, mais aucun ne m'avait autant séduit qu'Edward, si ce n'est, je vous le disais, Roberto Martínez. Je n'ai jamais senti autant d'accointance entre le staff que j'ai mis en place aujourd'hui et mes idées. Ces gars-là, à la limite, ils n'ont pas besoin de m'écouter. On se comprend, on est d'accord sur tout. Ils n'ont qu'une envie, c'est qu'on leur donne les moyens de leur politique. Et c'est ce qu'on est en train de faire en révolutionnant notre méthode de fonctionnement. La particularité de tout ça, c'est que sans la candidature spontanée d'Edward Still, vous n'auriez probablement jamais pensé à lui? BAYAT: C'est vrai. D'autant que j'ai reçu beaucoup de CV, certains de très grands entraîneurs belges dont je n'aurais pas cru il y a peu qu'ils s'intéresseraient au Sporting de Charleroi. C'est la preuve que Charleroi intéresse, que Charleroi évolue. Mais moi, je suis un homme de projet, je ne supporte plus de voir dans ces autres clubs, les mêmes entraîneurs qui tournent en permanence. Je le dis à tous les dirigeants du football belge: misons sur des entraîneurs qui apportent plus que des résultats sportifs à courts termes! Misons sur des coaches qui vont aider à faire grandir le football belge et sa structure. Moi, je veux construire, mettre en place des projets avec des entraîneurs dynamiques, qui ont faim. Je veux reproduire ce que Roberto Martínez a fait à la Fédération. Je veux aussi pouvoir créer cette culture de l'excellence. Le déclic avec Edward, il se produit quand? BAYAT: Le jour où j'ai eu la chance de découvrir le pavé de quarante pages qu'il nous avait transmis. Ce n'est même pas moi qui l'ai reçu, c'est Pierre-Yves ( Hendrickx, ndlr). Mais c'était à mon intention. Edward a envoyé quarante pages pour m'expliquer sa vision. Et en gros, le pourquoi du comment il serait prêt à quitter son poste et son salaire confortable en Chine pour venir à Charleroi. Mais à côté de ça, il y avait une analyse fouillée, je n'avais jamais vu ça. Tant et si bien que mon premier réflexe, ça a été de demander à Pierre-Yves s'il avait parlé en privé avec Edward. Ce n'était évidemment pas le cas, mais j'avais du mal à comprendre comment il pouvait à ce point-là me rejoindre sur ma vision. Sur ce que je voulais faire de Charleroi. C'est comme s'il avait lu dans ma tête. Cette rencontre-là, cette envie de travailler de concert, ça a aussi joué dans ma décision de me concentrer à 100% sur le Sporting de Charleroi. C'est-à-dire que sans votre rencontre avec Edward Still, vous seriez peut-être encore président de la Fédération? BAYAT: Oui, c'est possible. Mais quel aurait été le message si, à la reprise des entraînements, le 12 juin, j'avais été à Saint-Pétersbourg plutôt que de présenter le nouveau coach aux joueurs? Et je vais vous dire autre chose aussi: le rôle qui aurait été le mien en tant que chef de délégation pendant l'EURO, ça aurait été quelque chose d'essentiellement protocolaire. J'aurais été là pour échanger les sacs de cadeaux avec les présidents des autres nations, j'aurais été enfermé dans la bulle... À un moment donné, tu te poses juste une question: "Où est-ce que je serai le plus utile?" Et tout le monde vous le dira: ici à Charleroi, ce n'est pas la même chose quand je ne suis pas là. Il y a un rôle moins protocolaire que vous auriez été amené à jouer si vous étiez resté président de la Fédération jusqu'à minima fin août, c'est celui qui aurait consisté à choisir le nom d'un potentiel successeur de Roberto Martínez? BAYAT: Si demain, l'année prochaine ou dans deux ans, on doit, à un moment donné recruter un nouvel entraîneur, je pense que, comme on l'avait fait la dernière fois, la Fédération va mettre en place une commission technique qui va tout simplement rassembler les experts du monde professionnel dont c'est le métier pour mettre en place un process de recrutement pour dénicher le prochain sélectionneur national. Commission technique dans laquelle je pense avoir la légitimité pour siéger. Parce que je pense avoir encore une certaine forme d'influence positive et que je ne disparais pas du monde du football en quittant mon poste de président. Je reste administrateur à la Pro League.