Bilic a rajeuni les cadres tout en conservant une ossature expérimentée

Arrivé en poste en juillet 2006, Slaven Bilic a réussi la gageure de qualifier la Croatie à deux tournois sur trois (EURO 2008 et EURO 2012), échouant uniquement lors des éliminatoires de la Coupe du Monde 2010. Cet échec a été ressenti durement au pays. Certains médias ont demandé la démission du coach mais la Fédération a continué à lui faire confiance. Deux ans plus tard, les médias croates reconnaissent que la Fédé a bien fait de le garder. En 2006, ses premières décisions ont été de lancer quelques jeunes, sans pour autant faire une croix sur la génération plus âgée.
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Arrivé en poste en juillet 2006, Slaven Bilic a réussi la gageure de qualifier la Croatie à deux tournois sur trois (EURO 2008 et EURO 2012), échouant uniquement lors des éliminatoires de la Coupe du Monde 2010. Cet échec a été ressenti durement au pays. Certains médias ont demandé la démission du coach mais la Fédération a continué à lui faire confiance. Deux ans plus tard, les médias croates reconnaissent que la Fédé a bien fait de le garder. En 2006, ses premières décisions ont été de lancer quelques jeunes, sans pour autant faire une croix sur la génération plus âgée. Luka Modric, Vedran Corluka et Eduardo firent leur début à cette époque-là. Aujourd'hui, cette génération a pris de l'expérience et certains anciens comme le gardien Stipe Pletikosa, Josip Simunic, Darijo Srna ou Danijel Pranjic (sans oublier Ivica Olic, forfait de dernière minute sur blessure) sont toujours là. Suite à l'échec de 2010 et fidèle à sa réputation de bâtisseur de ponts entre les générations, Bilic a tenu à, de nouveau, lancer quelques jeunes, comme le latéral droit Sime Vrsaljko (20 ans, que certains considèrent comme le plus grand talent défensif du pays) ou Ivan Perisic. Cette politique a permis à la Croatie d'éviter le trou générationnel. Et cela doit se poursuivre après l'EURO puisque seul Simunic, âgé de 34 ans et qui n'a disputé que dix rencontres cette saison avec le Dinamo Zagreb, prend sa retraite internationale. Les Diables Rouges vont rencontrer une équipe en pleine force de l'âge ! Cette sélection porte la griffe Bilic. Elle est équilibrée et joue avec c£ur. Elle ne compte pas beaucoup de stars (seul Modric est de classe mondiale) mais sait se faire violence. Bilic joue beaucoup sur la fibre patriotique. " C'est la première génération croate ", a-t-il d'ailleurs affirmé, signifiant qu'elle n'avait quasiment pas connu l'ex-Yougoslavie. " Cela ne fait que 20 ans que notre pays a acquis son indépendance. Il génère donc toujours une grande passion. Aucun joueur n'oserait, par exemple, refuser une sélection ", ajoute l'ancien attaquant de Valence et du Panathinaikos, Goran Vlaovic. L'équipe nationale est réputée pour son inconstance : ses joueurs ne peuvent se reposer sur leur talent et ne savent pas mobiliser leur énergie à chaque rencontre. Mais ils ne bâclent que les matches amicaux. Cela s'est vérifié lors des barrages qualificatifs contre la Turquie mais également lors des matches de poule face à l'Irlande et l'Italie. Après l'EURO, Bilic cédera la place à un ancien équipier de l'épopée de 1998 à la Coupe du Monde, Igor Stimac, qui évolua à West Ham et Derby County. " C'est très difficile de travailler en Croatie car il y a beaucoup de pression ", explique Vlaovic. " Les clubs ne marchent pas et donc tout le monde se repose sur l'équipe nationale. Après six ans, il était donc normal qu'il parte. Personne au pays ne lui reproche de partir au Lokomotiv Moscou. " En Russie, il a reçu la garantie de pouvoir venir avec son staff de l'équipe nationale et il touchera 9 millions d'euros sur trois ans. Récemment, Davor Suker, désormais président de la Fédération, expliquait que le médian de Tottenham " était notre Zidane à nous ". Tout tourne autour de Modric. C'est le véritable baromètre du jeu croate. Comme il est arrivé sur les rotules à l'EURO après une fin de saison éprouvante tant physiquement que mentalement, les Croates craignaient qu'il ne soit pas fidèle au rendez-vous. D'autant plus que, par rapport à Tottenham, il doit un peu plus se concentrer sur les tâches défensives : il n'a qu'un médian récupérateur derrière lui. Bilic l'a protégé et laissé au repos lors des derniers matches amicaux. Et Modric a réussi son entrée dans le tournoi. Le reste de l'entrejeu gravite autour de cette étoile, tout en formant un milieu particulièrement complémentaire, avec le joueur de Séville, Ivan Rakitic, à la technique étincelante, Perisic, qui apporte de la vitesse et le joueur de Kiev, Ognjen Vukojevic, qui fait le sale boulot. " On peut aussi comparer Modric à Zvonimir Boban. Même s'il n'est pas capitaine, c'est le leader technique de cette sélection. Il y ajoute de la vitesse et forcément attire les regards, ce dont arrivent à profiter les autres joueurs de l'entrejeu ", ajoute Vlaovic. " Principalement Rakitic. Les footballeurs croates sont réputés techniques et frivoles. Or, comme il est né en Suisse, Rakitic apporte de la rigueur. C'est également un footballeur très intelligent. Quant à Perisic, tout le monde se demandait s'il pouvait évoluer à un haut niveau. Oui !" Et dire que Niko Kranjcar qui revient de blessure et manque de rythme, est remplaçant ! Lorsqu'Olic a déclaré forfait, les Croates ont été privés de leur meilleur élément. Bilic a rapidement trouvé sa paire d'attaquant. Mario Mandzukic, complément idéal de Grafite à Wolfsburg en 2011 et de Patrick Helmes en 2012, est un fonceur. " Il ne semble jamais fatigué. Il court tout le temps ", dit de lui Nikica Jelavic. Mandzukic formait le duo d'attaque avec Olic lors des deux matches de barrage face à la Turquie mais ils ont un jeu trop similaire. La forme éclatante de Jelavic avec Everton ces six derniers mois plaidait en sa faveur et si Olic ne s'était pas blessé, Bilic aurait opté pour Olic-Jelavic, plus complémentaire. Mandzukic a directement remercié le sélectionneur pour sa confiance en marquant deux buts contre l'Irlande. " C'est aussi la force de Bilic : il sait se faire aimer. Lors des matches, il a un style rock and roll mais en dehors, c'est un homme réfléchi. Ce n'est pas un dictateur et il essaye de comprendre les joueurs ", explique Vlaovic. Bilic " L'entente de mon duo d'attaque se prolonge en dehors du terrain. Ils sont bons amis et ils s'encouragent. De plus pour l'attaquant adverse, ils sont difficiles à marquer car bons dans les airs mais aussi balle au pied. "On l'a vu contre l'Italie en première mi-temps : la défense n'est pas rassurante depuis la retraite de Robert Kovac et Dario Simic en 2008. A l'EURO, Bilic a décidé de déplacer Vedran Corluka dans l'axe. Le défenseur du Bayer Leverkusen évolue normalement au back droit mais a joué... à gauche lors des barrages. " Il est bon partout et sa polyvalence permet à Bilic d'improviser ", affirme Vlaovic. Si Corluka a changé de poste, c'est pour faire reculer le capitaine Darijo Srna, normalement médian droit en sélection mais back droit avec son club, le Shakhtar Donetsk, afin d'apporter de l'expérience. Par contre, le reste semble un peu léger. Cela fait des années que le back gauche pose problème. A l'EURO, Bilic a titularisé Ivan Strinic qui fait ses matches mais n'apporte pas grand-chose si on compare avec Srna. Et l'autre poste central, Gordon Schildenfeld, qui a évolué cette saison en 2e division allemande avec l'Eintracht Francfort, manque de planche. Cependant, après l'EURO, Dejan Lovren, le défenseur de Lyon blessé devrait revenir stabiliser tout cela. " Lovren restait sur de très bonnes éliminatoires ", conclut Vlaovic. PAR STÉPHANE VANDE VELDE - PHOTO: IMAGEGLOBE