Le temps a passé, je suis à Anderlecht avec mes idées, mon football, mes ambitions et mon avenir mais impossible d'oublier mes premiers pas à l'Excelsior Mouscron. Avec le recul, je me dis plus que jamais que ce fut un choix judicieux. Peut-être le plus décisif de ma carrière, celui qui dicta tout ce qui m'est arrivé par la suite. Aurais-je vécu la même chose en démarrant ailleurs ? Je ne sais pas. En 1995-1996, mon frère et moi jouions encore à Courtrai qui prit part, comme Mouscron, au tour final de D2. Nous avons signé pour le compte des Hurlus avant qu'il ne soit question de cette épreuve de fin de saison. J'ignorais si Mouscron allait se retrouver un étage plus haut mais je savais que ce club était ambitieux. Mon père ne voulait surtout pas précipiter les choses et estimait que c'était une bonne transition. Le discours de Jean- Pierre Detremmerie et de Georges Leekens, qui suivait régulièrement les matches de Courtrai, nous avait plu. Au bout du compte, les Hurlus arrachèrent le droit de militer en D1 à partir de la saison 1996-1997.
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Le temps a passé, je suis à Anderlecht avec mes idées, mon football, mes ambitions et mon avenir mais impossible d'oublier mes premiers pas à l'Excelsior Mouscron. Avec le recul, je me dis plus que jamais que ce fut un choix judicieux. Peut-être le plus décisif de ma carrière, celui qui dicta tout ce qui m'est arrivé par la suite. Aurais-je vécu la même chose en démarrant ailleurs ? Je ne sais pas. En 1995-1996, mon frère et moi jouions encore à Courtrai qui prit part, comme Mouscron, au tour final de D2. Nous avons signé pour le compte des Hurlus avant qu'il ne soit question de cette épreuve de fin de saison. J'ignorais si Mouscron allait se retrouver un étage plus haut mais je savais que ce club était ambitieux. Mon père ne voulait surtout pas précipiter les choses et estimait que c'était une bonne transition. Le discours de Jean- Pierre Detremmerie et de Georges Leekens, qui suivait régulièrement les matches de Courtrai, nous avait plu. Au bout du compte, les Hurlus arrachèrent le droit de militer en D1 à partir de la saison 1996-1997. Pour Emile et moi, ce fut, en quelque sorte, un coup double. L'accueil fut formidable. Le coach trouva les mots justes pour nous détendre et nous mettre en phase avec le groupe. Je me suis tout de suite senti à la maison à l'Excel. La charge de travail fut importante durant toute la campagne de préparation. Leekens n'a pas l'habitude de laisser un détail au hasard. Mouscron avait eu besoin de la taille de Gordan Vidovic dans le rectangle adverse afin d'émerger en D2 et le transforma pourtant en arrière central et patron de la défense. Un coup de maître : Vido a rendu de fiers services à cette place. En quelques modifications tactiques, Mouscron résolut ses problèmes, changea de style offensif et devint une équipe misant à fond sur la vitesse et la profondeur. L'ambiance était géniale, familiale, chaleureuse, que ce soit sur le terrain ou dans la vie de tous les jours. Quand on baigne dans un tel climat, tout est plus facile. Emile et moi n'avions connu que la D2. Nous étions des amateurs devant passer à la vitesse supérieure. Les entraînements étaient plus éprouvants qu'à Courtrai. Il n'y avait cependant pas de pression sur nos épaules. Leekens inventa l'expression des deux avions quand il parlait d'Emile et de moi. Son humour, c'était de l'anti-stress. La mécanique tactique était au point. Devant Erik Dekoeyer, la défense était parfaitement verrouillée par Vidovic, MarcDebuyser, Fabien Delbeeke, Donald Van Durme, Danny Lenie, etc. La ligne médiane était un bon mix de travail, de vitesse, de technique, de jeunesse. Je me souviens de l'infatigable Laurent Dauwe, des montées de Claude Verspaille qui savait mettre le nez à la fenêtre quand il le fallait. Steve Dugardein avait déjà revêtu sa salopette de milieu défensif. Au milieu, tel un général, il y avait Dominique Lemoine. Il sentait le jeu comme personne et avait l'art de lancer ses attaquants en profondeur. Ses passes, c'était du caviar. Nous ne sprintions jamais pour rien. Il calibrait le jeu de l'Excel comme les vrais meneurs de jeu, qu'on qualifie à tort de joueurs à l'ancienne, savent le faire. Ces gars-là ne seront jamais démodés. Ils ne courent pas beaucoup mais quelle joie d'en avoir au moins un dans une équipe. C'est un plus. Il faut de tout, du physique, de la taille, de la vitesse mais surtout de technique, dans une équipe. L'Excel détenait tout cela. Je vivais un peu comme dans un rêve, sans trop tout prendre au sérieux. C'était du bonheur, du plaisir pour moi, pour Emile, pour le groupe mais aussi pour toute la région. Mouscron, c'était une bouffée d'air frais en D1. A l'Excel, le public faisait la fête dans une ambiance extraordinaire où même les adversaires avaient droit à des applaudissements nourris. Leekens n'a pas attendu longtemps avant de me lancer dans le bain. J'ai débuté lors du premier match de l'Excel en D1, à Lommel. J'ai marqué mon premier but un mois plus tard, chez nous, face à l'Antwerp. Mouscron était une des sensations de la saison et son football posait de problèmes à tous les adversaires. Notre jeu était varié et les spectateurs appréciaient nos apports. Je ne pouvais pas rêver d'un milieu plus propice pour ma première saison professionnelle. Nous avons tenu le coup, au fil des mois, été leaders de la D1, avant que Leekens ne soit recruté en tant que nouveau coach fédéral, en pleine saison, par l'Union Belge. Gil Vandenbrouck termina la saison sur le banc de coach. L'affaire fit couler beaucoup d'encre. Personnellement, j'ai marqué 12 buts en 30 matches. Nous avons finalement décroché la troisième place au classement final. C'était, je crois, un exploit pour un néo-promu. La saison suivante, l'Excelsior fit même son entrée en Coupe de l'UEFA. Qui aurait cru cela en début de saison ? Personne. J'ai tout vécu et réalisé mes rêves les plus inespérés cette saison-là. En plus de mes débuts en D1, je suis devenu international. Mon frère me précéda chez les Diables Rouges. Emile fut retenu à l'occasion du premier match que Leekens coacha, en Irlande du Nord. Je l'ai imité au Pays de Galles le 29 mars 1997 en le remplaçant après une grosse heure de jeu. Lemoine fut également Diable Rouge avant que Vidovic ne soit naturalisé et nous rejoigne. Quatre Hurlus des premières heures en D1 ont revêtu l'équipement de Diable Rouge. Même si certains ont été surpris, c'était mérité. Leekens revient forcément beaucoup dans le récit de cette saison qui a lancé ma carrière. C'est normal : il m'a découvert, fait confiance, repris en équipe nationale. Tout cela en un an, que ce soit pour mon frère ou pour moi. C'est énorme. Je suis parti au Standard au terme de ce championnat. J'ai changé plusieurs fois d'horizons. Ce fut souvent intéressant, comme au Standard, lors de mon retour à l'Excel, ou maintenant à Anderlecht. Mais je n'aurais peut-être pas connu tout cela sans cette saison de folie, mais tellement exaltante, en 1995-1996, à Mouscron. En un an, tout a basculé. J'avais 19 ans, Emile 18 ans. C'est la magie du football. Il m'arrive bien sûr de penser, avec émotion, à cette première saison en D1. Quand on entame une carrière, on ne mesure pas que tout va très vite. J'ai retenu des émotions très fortes de cette époque et une joie, profonde, d'avoir la chance de ce que je voulais faire : jouer au football. J'ai réalisé mes rêves LES PLUS INESPéRéS à 19 ans