En Autriche, la tradition compte plus que les victoires ou les titres. On s'en est encore aperçu dimanche dernier sur le circuit Red Bull de Spielberg, un endroit idyllique et entouré de montagnes que 180.000 personnes avaient rejoint à l'occasion du Grand Prix d'Autriche. Pour eux, c'était l'occasion de fuir la réalité. Ils ont bu et mangé : malgré la chaleur, plus de 100.000 saucisses ont été vendues. La boisson a également coulé à flots avec, notamment, plus de 200.000 bouteilles d'eau.
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En Autriche, la tradition compte plus que les victoires ou les titres. On s'en est encore aperçu dimanche dernier sur le circuit Red Bull de Spielberg, un endroit idyllique et entouré de montagnes que 180.000 personnes avaient rejoint à l'occasion du Grand Prix d'Autriche. Pour eux, c'était l'occasion de fuir la réalité. Ils ont bu et mangé : malgré la chaleur, plus de 100.000 saucisses ont été vendues. La boisson a également coulé à flots avec, notamment, plus de 200.000 bouteilles d'eau. Cela fait pourtant des années que l'Autriche ne joue plus aucun rôle en Formule 1. En 1970, Jochen Rindt, un Allemand qui roulait sous licence autrichienne, a été champion du monde mais les Autrichiens ne l'ont jamais vraiment adopté. Par la suite, Niki Lauda a dominé le grand cirque de la F1, avec trois titres mondiaux. Aujourd'hui encore, c'est une icône et il est toujours bien présent. Conseiller chez Mercedes, il donne en ronchonnant son avis sur ce sport à ceux qui le lui demande. Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il ne respire pas la joie de vivre, même quand un de ses pilotes gagne. Aux Pays-Bas, l'intérêt pour la F1 va croissant. C'est pour cela que Red Bull avait emmené bon nombre de clients importants de Rotterdam à l'aéroport militaire de Zeltweg, qui jouxte le circuit de Spielberg. Pratiquement tous étaient supporters de Max Verstappen, la figure de proue de Red Bull. Beaucoup portaient un maillot orange. Depuis que Verstappen a débuté en Formule 1, à l'âge de 17 ans, les Hollandais suivent ses prestations à la loupe. Beaucoup voient en lui un champion du monde potentiel. Verstappen est extrêmement talentueux parce que, dit-on, il voit plus clair que les autres. C'est un produit de sa génération. Il a beaucoup joué à la PlayStation et sur l'ordinateur, ce qui confère une habileté digitale et est bénéfique à la conduite. C'est en tout cas ce qu'on prétend dans son entourage. Mais il a bien entendu aussi pu compter sur son père, l'ex-pilote de F1 Jos Verstappen. C'est lui qui, très jeune, l'a poussé à faire du karting. Jos Verstappen était un pilote agressif qui, aujourd'hui, serait un peu trop derrière son fils. C'est en tout cas ce qu'on murmure, sans oser l'affirmer haut et fort. Et c'est pourquoi Max aurait bien besoin de pouvoir compter sur le calme de sa mère, la Belge Sophie Kumpen. Quoi qu'il en soit, Max Verstappen est sous pression et ce n'est pas facile à gérer. Max Verstappen a connu un début de saison très difficile. Malgré de prétendues offres de Mercedes et de Ferrari, il avait prolongé son contrat chez Red Bull. Son objectif était de pouvoir conduire un bolide qui lui permette de rivaliser avec les ténors. C'est pourquoi, l'année prochaine, Red Bull passera d'un moteur Renault à un moteur Honda. Et plus tard, celui-ci pourrait être remplacé par un moteur Porsche. Ce sont ces perspectives qui ont incité Verstappen à rester chez Red Bull où, et ce n'est pas négligeable, il est l'incontestable numéro un, même si son équipier australien Daniel Ricciardo a remporté plus de Grands Prix que lui. Par le passé, une collision entre Verstappen et Ricciardo a provoqué pas mal de discussions en interne. Cela s'est aussi produit avec Sebastian Vettel, ce qui n'a fait qu'augmenter les critiques quant à son style de conduite débridé. Le problème de Verstappen c'est que, après avoir été rétrogradé, il veut toujours reprendre sa place devant le plus vite possible. Il est impatient et provocateur. Tout le monde ne pense pas que c'est uniquement dû à son jeune âge. Pour Niki Lauda, c'est un manque d'intelligence. Et l'ex-champion du monde Nico Rosberg estime que c'est une question de caractère. Max Verstappen supporte mal la critique. Quand on le questionne à ce sujet, il réagit souvent brusquement. Il doit apprendre à vivre avec mais il n'a encore que 20 ans et ne fait pas plus vieux. Tout cela n'empêche pas qu'aux Pays-Bas, Max Verstappen est placé sur un piédestal. À la veille du Grand Prix d'Autriche, il se promène dans les paddocks de Red Bull, visiblement tendu. Alors que le toujours souriant Daniel Ricciardo rigole avec un ingénieur, Verstappen regarde timidement autour de lui. Plus de 30 personnes travaillent sur les deux bolides de Red Bull, chacun a sa tâche. C'est une image impressionnante. Red Bull investit chaque année environ 350 millions d'euros dans son team de F1. Le sport automobile, c'est le hobby du milliardaire Dietrich Mateschitz, fondateur de Red Bull. Son budget est toutefois moins important que ceux de Ferrari (500 millions) et Mercedes (460 millions), ce qui n'empêche pas l'équipe de vouloir s'offrir le titre mondial dès l'an prochain. Pour cela, elle devra conserver Verstappen et Daniel Ricciardo même si, après ses victoires en Chine et à Monaco, celui-ci est courtisé par Mercedes et Ferrari. On affirme que l'Australien veut le même salaire annuel que Verstappen (environ 20 millions d'euros), soit le double de ce qu'il touche aujourd'hui. Il fera connaître sa décision de rester ou non dans les prochaines semaines. Mais pour lui, bien plus que l'argent, ce sont les conditions de travail qui compteront. Il faudra que Red Bull se donne les moyens d'être champion du monde. Tout cela ne semble pas beaucoup tracasser Max Verstappen, qui ne s'aperçoit pas non plus que, petit à petit, Spielberg se transforme en bastion hollandais. Il y a même un Max Verstappen Village,une grande tente dans laquelle 3000 Néerlandais se retrouvent le soir précédant le Grand Prix. Eux aussi portent une chemise orange et une casquette sur laquelle on peut lire Hallo Max. C'est de l'adoration. Ça chante fort et ça boit beaucoup. En apothéose, Max Verstappen fait son apparition sur le podium. Pendant trois minutes, il répond aux questions par des clichés. Quand on lui demande s'il craint le fait que le dangereux pilote français Romain Grosjean figure juste derrière lui sur la grille, Verstappen répond qu'il ne regarde jamais derrière lui. C'est quelque chose qu'il doit encore apprendre : un champion doit avoir quelque chose à dire. Mais les Hollandais s'en fichent : ils font la fête jusqu'à deux heures du matin. C'est un présage de ce qui va se passer en course. La légion hollandaise, qui a envahi les campings locaux, se compose de 20.000 personnes. Beaucoup d'entre eux ont pris place dans la tribune Max Verstappen. Le ticket leur a coûté 169 euros, bien moins cher que dans la tribune principale (445 euros). Max Verstappen ne semble pas avoir la moindre chance de remporte le Grand Prix d'Autriche. Son moteur est bien moins puissant que celui des Mercedes et des Ferrari, ce qui constitue un sérieux inconvénient sur un circuit aux nombreuses lignes droites. " On pourrait peut-être ajouter un virage ", dit-il avant le départ. Mais, en course, Verstappen livre une prestation remarquable, même s'il profite en partie de la malchance et de l'erreur stratégique des Mercedes. Malgré un pneu arrière gauche défaillant en fin de course, il conserve son sang-froid, même lorsqu'on réduit la puissance de son moteur après l'abandon de Riccardo parce qu'on craint qu'il lui arrive la même chose. Cela permet aux Ferrari de Kimi Räikkönen et Sebastian Vettel de se rapprocher mais Verstappen ne panique pas. Le Hollandais de Monaco décroche ainsi sa première victoire de la saison, la quatrième de sa carrière. Et Jos Verstappen déclare que plus personne ne doit venir dire que son fils conduit de façon trop agressive. Les Néerlandais perdent la tête. Verstappen avait terminé troisième au Canada et deuxième en France, entamant ainsi sa marche en avant. Au cours des dernières années, le grand enfant est devenu un jeune adulte. Cette victoire va lui conférer plus de sérénité. Et elle sert de réponse à ceux qui, au cours des dernières semaines, l'ont critiqué. Dans un coin du circuit de Spielberg, Dietrich Mateschitz (74 ans) est aussi heureux qu'un enfant. Et Max Verstappen ? Il fait de son mieux pour ne pas se noyer sous les félicitations.