Il était une fois Vincent Kompany. Une immense clameur s'est élevée mercredi passé au-dessus du stade Constant Vanden Stock. Pour une qualification mais aussi pour un gamin... Les Bruxellois avaient eu chaud, au propre comme au figuré, lors de la bataille contre le Rapid Bucarest brillamment organisé par un coach qui fera encore parler de lui : Mircea Rednic.
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Il était une fois Vincent Kompany. Une immense clameur s'est élevée mercredi passé au-dessus du stade Constant Vanden Stock. Pour une qualification mais aussi pour un gamin... Les Bruxellois avaient eu chaud, au propre comme au figuré, lors de la bataille contre le Rapid Bucarest brillamment organisé par un coach qui fera encore parler de lui : Mircea Rednic. Au bout d'une deuxième mi-temps à couper le souffle, Anderlecht émergea (3-2) après avoir encaissé deux buts tout en étant muet avant le repos. Un fameux retournement de situation qui engendra de longs débats tactiques autour des choix d' Hugo Broos. Mais parmi toutes les interrogations, il y avait aussi eu une affirmation : Vincent Kompany, 17 ans (né le 10 avril 1986 à la clinique Edith Cavell d'Uccle), a de la classe à revendre. Ce gamin a installé calmement ses 190 centimètres et ses 85 kg au centre de la défense anderlechtoise. Il ira loin car sa facilité, sa technique, sa présence, sa tranquillité ou son apport dans le trafic aérien, entre autres, sont des richesses. " Je ne suis pas nonchalant, comme on le dit parfois, maistrès calme, c'est totalement différent ", avance la nouvelle tour du stade Constant Vanden Stock. " Le stress qui entoura le match contre le Rapid Bucarest était énorme. Je n'allais pas me mettre en plus de la pression moi-même. Si on en arrive là, on perd ses moyens, son football, et on risque la crise cardiaque. J'étais confiant en abordant le match. Pourquoi pas d'ailleurs ? Il est important pour le moral de réussir ses premières passes. Je ne suis évertué à le faire dès le coup d'envoi. Si j'ai eu de plus de balles dans les pieds qu'en deuxième mi-temps, c'est parce que nous n'avons pas su poser efficacement notre jeu. Nous avons tenté de trouver des solutions en repartant bien de derrière. Les Roumains étaient alors bien organisés. Anderlecht dominait mais n'emballait pas le match. Le rythme assez lent convenait à notre adversaire qui nous a surpris deux fois avant le repos. Dur à encaisser mais, dans notre vestiaire, j'ai tout de suite compris que rien n'était fini. Hugo Broos et Pär Zetterberg ont secoué le groupe. Les joueurs avaient la rage. La suite fut magnifique et j'ai pu gérer sereinement mon match car tout se déroulait devant le grand rectangle du Rapid Bucarest. Ce fut fort, très fort... " L'avenir est simple pour lui. Il ne rêve pas les yeux grands ouverts et conjugue le verbe apprendre à tous les temps. Vincent Kompany ne se pose pas en adversaire de Glen DeBoeck, Hannu Tihinen ou Aleksandar Ilic pour une place au centre de la défense. " J'ai été très gentiment accueilli dans le vestiaire de l'équipe A et je regarde, j'écoute, les joueurs que vous avez cités, et les autres aussi ", avance-t-il. " Je stocke tout ce qu'on me dit. Le courant passe bien. Je travaille et je devine clairement qu'on me fait tout simplement confiance. Quand le coach le jugera bon, je m'installerai sur le banc, sans problème, en étant d'abord au service du groupe ". A 17 ans, il faut être capable de prononcer des propos aussi sensés. Son papa, PierreKompany, est originaire du Congo. Sa maman est Ardennaise. Pierre débarqua chez nous en 1975. Il obtint le statut de réfugié politique mais avait de plus un diplôme d'ingénieur industriel en poche. Il donne cours de sciences mécaniques à l'Institut des Arts et Métiers à Bruxelles (" Papa a également signé une invention en Belgique. ", dit Vincent). Pierre a aussi terminé un travail de fin d'études commencé à Kinshasa et a mis au point une éolienne révolutionnaire qui permet d'oxygéner l'eau des étangs et de lutter, entre autres, contre le botulisme. Son invention a obtenu une médaille d'or à Paris et à Genève et une de ses éoliennes est actuellement en activité sur une des surfaces d'eau de Neerpede. " Mais je n'aime pas tellement qu'on parle de moi : c'est mon fils qui compte ", affirme cet homme discret et très poli dont les aïeux ont toujours assumé des rôles importants dans le Kasaï. Ils faisaient notamment le tour des grandes compagnies afin de régler l'un ou l'autre problème. La vox populi accorda un nom de famille à la sauce congolaise à ces chefs : Kompany. Vincent a donc des racines dans le Kasai, connu entre autres pour ses mines de diamant, et au c£ur de la campagne de Champlon. Cela a donné un magnifique athlète, surnommé Marcel Desailly car il y a des ressemblances n'échappant à personne, mais qui admire surtout Patrick Vieira. " Mais si on m'appelle tout simplement Vincent, c'est bon aussi... ", dit-il en souriant. Il découvre sa passion pour le football lors de vacances chez ses grands-parents ardennais. Lui, il est citadin. Il a toujours vécu à Bruxelles. Sa famille est installée avenue de l'Héliport. Un quartier difficile, coincé derrière les buildings du World Trade Centre, pas loin de la gare du Nord et du canal. De grands immeubles à appartements, des poubelles trop bien garnies avec un peu plus loin des pavés qui rendent l'âme et des hangars délabrés. Un autre monde en plein coeur de Bruxelles mais une chaleur exceptionnelle dans le regard des passants. D'ici ou d'ailleurs, comme beaucoup, ils espèrent que l'Héliport leur permettra de décoller vers plus de calme. Il y a une vingtaine de jours, la compagne d'un journaliste y a été sauvagement agressée en promenant Chipie, son Yorkshire : une vertèbre cervicale en piteux état, elle est passée à deux doigts de la paralysie. Une voisine la retrouva allongée sur une pelouse. La victime a évoqué, dans la presse, la présence de gens bizarres dans le quartier, de poubelles vidées du haut de certains immeubles. Il y a quelques années, les portes de plusieurs domiciles ont été fracassés à coups de hache. " A mon avis, la situation s'est quand même améliorée ", avance Vincent. " Des bandes d'autres quartiers venaient chercher des misères aux jeunes de l'Héliport. Je ne resterai pas toute ma vie dans ce coin. Tout le monde essaye tôt ou tard de trouver un plus bel environnement. Mais j'y trouve aussi de la chaleur, la chance de croiser des tas d'autres cultures. C'est forcément intéressant. Le sport m'a permis d'éviter les dangers de la rue. J'ai toujours eu de l'énergie à revendre. Je devais me dépenser, m'occuper, afin de ne pas faire de bêtises. Le football et l'athlétisme m'ont permis de le faire. Tout le monde peut y arriver ". Thierry Henry est aussi issu d'un quartier difficile... Au retour d'un séjour chez ses grands parents maternels à Champlon, il signe une feuille d'affiliation à Neerpede. Ce n'est qu'un an plus tard, en assistant à Anderlecht-Malines, que ce gamin de sept ans se rend compte que lui aussi défendait le prestige mauve. Jusqu'alors, il pensait que Neerpede était un club de football en soi. Sur sa lancée, il ne tarde pas à s'adonner aux joies de l'athlétisme sur les pistes de l'Excelsior de Bruxelles, à l'ombre des boules de l'Atomium. Ses spécialités préférées : sprint et saut en longueur. Doué, il gagne pas mal de 60 m, entre autres, mais bifurque définitivement vers le football à l'approche de ses 12 ans. " Il était impossible de me disperser plus longtemps ", se souvient-il. " La pratique de l'athlétisme m'a certainement fait un bien fou. Je me suis amélioré physiquement ".. C'est le Mauve qui jongle le plus facilement avec la fonte lors des séances de powertraining. Vincent a un frère, François, 13 ans, qui partage la même chambre et le même amour du sport. François joue à Malines. Leur s£ur, Christel, 19 ans, est restée fidèle à l'athlétisme et détient le record de Belgique du triple saut chez les Juniors. " Mais à la maison, notre sport préféré a longtemps été le basket ", affirme Vincent Kompany. " Eurosport diffusait les images de la NBA : quel spectacle ! " Côté football, sa classe naturelle fit rapidement l'unanimité à Anderlecht. Il fit quelques fois l'impasse sur l'une ou l'autre sélection en équipe nationale de jeunes. " En fait, il était impossible de tout faire : Anderlecht, l'école, l'équipe nationale. Or, même si c'est difficile, j'aimerais terminer mes humanités ". En septembre, il entrera en 5ème année section langues modernes-économiques au GAA, l'athénée néerlandophone d'Anderlecht, près du stade. Pierre Kompany voulait que son fils soit bilingue. " Et ce ne n'est pas à la maison qu'il aurait pu apprendre le néerlandais ". Une idée intéressante car même si Vincent a perdu une année dans l'aventure, il manie désormais deux des trois langues nationales belges. Plus tard, il aimerait apprendre le lingala, une des langues les plus répandues au Congo. " Je n'y suis jamais allé ", souligne-t-il. " J'espère combler cette lacune un jour afin de visiter ma famille. Il y a la guerre au Congo et je suis ces événements avec attention ". Sa maman, qui est chargéede projets à l'ORBEM et qui vit désormais à Chapelle-lez-Herlaimont, a eu la chance de s'y rendre. Avant ce voyage auquel Vincent tient beaucoup, il y a d'abord cette année de poésie à mener à bien. Puis, si cela devient plus dur, il pourrait terminer ses humanités via le Jury Central. En équipe de jeunes, Vincent milita à plusieurs places, dont l'attaque, avant de reculer, d'être médian défensif, puis arrière central. Il a trois prénoms : Vincent, Jean et Mpoy. Jean pour rendre hommage à Jeannot, son grand-père maternel qui fut gendarme dans les Ardennes. Mpoy comme son grand-père congolais. Totalement Belge, il se sent aussi Congolais et a noté une grande différence entre l'attitude des pros et des jeunes à l'égard d'un métis. Est-il blanc ou noir dans le regarde de autres ? " Pour moi, et pour beaucoup, c'est une richesse ", assure-t-il. " Je suis fier d'être métis même si certains me considèrent d'abord comme noir, je pense. Dans le noyau A, je n'ai jamais de problème par rapport à la couleur de ma peau. Mais tout est parfois tellement différent parmi les équipes d'âge. Il s'y passe parfois des choses inadmissibles. Il y a des réactions pénibles, racistes, et chez les jeunes, on a parfois l'impression de se retrouver il y a 30 ans. Ce n'est pas acceptable ". Une affirmation très forte, bien pensée et reflétant une personnalité déjà tranchée malgré son jeune âge, avant que la nouvelle vedette anderlechtoisen'en revienne au football. Il a eu un chapelet d'excellents coaches lors de son ascension chez les Mauves. Prudent, il ne les citera pas afin de n'oublier personne. Hugo Broos et FrankieVercauteren le marqueront plus que d'autres pour l'avoir accueilli dans le noyau A. Casque Gris " l'a lancé sans hésiter dans le grand bain après avoir noté quelques absences pour cause de blessures. Un geste qui symbolise tout un changement de philosophie. En 1983, Paul Van Himst fut le premier à croire en Enzo Scifo et GeorgesGrün. 20 ans déjà. Broos s'inscrit dans le même créneau avec Kompany. Mais c'est désormais tout le club qui mise à nouveau à fond sur ses jeunes. TomSoetaers se retrouve désormais à l'Ajax d'Amsterdam après avoir joué à Roda. Il n'aurait jamais dû quitter la maison mauve par la petite porte. Kompany était attendu dans le noyau A comme d'autres jeunes. C'est dire si l'heure est à la confiance à l'égard des jeunes. De grands clubs étrangers lorgnent déjà Vincent Kompany : PSG, Bayern, Ajax, etc. La réponse est simple : " D'abord Anderlecht ". Déjà conseillé par les agents JacquesLichtenstein et son adjoint, Daniel Detemmerman, Kompany ne roule guère des mécaniques, ne se prend pas pour une vedette. Il garde les pieds sur terre, converse simplement avec les supporters. Mais c'est clair dans le regard des gens : Vincent, on en parlera longtemps. " Je suis fier d'être métis " " Le sport m'a permis d'éviter les dangers de la rue "