Avant le week-end dernier, le Club Brugeois avait dû encaisser une succession de cinq matches nuls. "Plus on encaissait un nul, plus c'est devenu ennuyeux mais nous nous maudirons encore plus si jamais il s'avère que cette mauvaise passe nous a coûté le titre", dit Vermant. "Nous avons commis des erreurs mais les circonstances nous ont aussi joué des tours. N'oubliez pas sur quel terrain nous avons entamé le second tour à Mouscron".
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Avant le week-end dernier, le Club Brugeois avait dû encaisser une succession de cinq matches nuls. "Plus on encaissait un nul, plus c'est devenu ennuyeux mais nous nous maudirons encore plus si jamais il s'avère que cette mauvaise passe nous a coûté le titre", dit Vermant. "Nous avons commis des erreurs mais les circonstances nous ont aussi joué des tours. N'oubliez pas sur quel terrain nous avons entamé le second tour à Mouscron".Gaëtan Englebert : Nous avons également eu moins de chance dans des détails qui font parfois la différence en football. Une équipe qui doit être créative et marquer est défavorisée quand l'état du terrain ne le lui permet pas. Nous n'avons été inférieurs à notre niveau qu'à Lokeren et à La Louvière, c'est tout. Encaisser des buts sur des phases arrêtées quand vous êtes candidat au titre est évidemment impardonnable. Vous parlez de bêtises?Sven Vermant : Oui, de moments où la concentration était moindre et notre jeu de position moins strict. D'après Trond Sollied, quand tout va bien durant un aussi long laps de temps, on a tendance à oublier le travail nécessaire à cette réussite.Vermant : Quand ça va moins bien, on a tendance à forcer. On commence à procéder par longs ballons au lieu de chercher un homme démarqué au sol, comme nous l'avons si bien fait au premier tour. Je pense que c'est là que réside une partie du problème. Timmy Simons : Ça s'est parfois joué bêtement mais nous n'avons pas affronté des formations modestes non plus. Le GBA, Mouscron, le Standard, La Gantoise et peut-être même Lokeren sont en lice pour les places européennes. Au premier tour, Timmy était souvent l'homme libre et votre triangle le moteur de l'équipe. Vos adversaires ont-ils compris comment vous museler?Simons : Sven et Gaëtan sont souvent tenus à la culotte. Maintenant, le deuxième avant a tendance à redescendre pour me gêner, dans ma zone. C'est peut-être pour ça que nous avons été moins productifs. On a pourtant vu à Gand que quand nous continuons à élaborer des actions en mouvement, nous nous créons des espaces. Et dès que nous marquons, notre adversaire s'effondre. Vermant : Si nous avons un homme à nos guêtres, d'autres doivent normalement profiter d'un surcroît de liberté. Il en va de même quand nos mouvements ouvrent des brèches. Le tout est de les exploiter au bon moment. Quand on implique les arrières dans une action, il ne faut pas nécessairement procéder par longs ballons vers l'avant. A certains moments, nous voyons les ballons voler au-dessus de nos têtes et nous n'avons donc pas l'occasion de jouer dans notre registre habituel. Quand tout a bien marché pendant tant de mois, il semble que vous commenciez à modifier votre jeu. Pourtant, quand ça va moins bien, il est justement essentiel de continuer à jouer aussi simplement que possible, pour préserver l'organisation, et surtout quand on vise le titre. L'organisation, c'est l'ossature du jeu, ce qui permet de traverser une période de vaches maigres sans perdre trop de plumes. Englebert : La seule solution est effectivement de jouer aussi simplement que possible. Même quand ça va moins bien, nous devons être capables de rester à un niveau plus élevé que Lokeren ou La Louvière. Ce n'est possible que grâce à une circulation de ballon plus rapide. Mais nous n'en avons pas toujours été capables. Nous redevenons une équipe comme les autres dès que nous jouons moins collectivement, comme par exemple quand un défenseur pense qu'il doit faire la différence et tente de réussir la dernière passe. Vermant : Quand on veut forcer le cours d'un match, on obtient le contraire du résultat escompté. Simons : Nous avons réussi des combinaisons au sol durant notre seconde mi-temps au GBA et nous nous sommes créé beaucoup d'occasions. Je pense que le spectacle était beau à voir. Vermant : Le ballon était joué en un ou deux temps. La défense adverse en avait plein les pieds. S'agit-il d'une phase incontournable pour un groupe qui ne déborde pas d'expérience?Vermant : Peut-être mais je trouve qu'on peut en tirer les leçons après deux matches. Nous avons perdu notre avance pour concéder un retard important. C'est inadmissible. Les critiques extérieures pèsent-elles?Englebert : Les réactions parues dans la presse sont parfois embêtantes mais elles ne gênent ni les joueurs ni l'entraîneur. Des adversaires qui viennent déclarer qu'ils ont trouvé la clef de notre système, c'est idiot. Quand on visionne une équipe deux fois, on sait quand même comment elle joue. Il est très facile aux entraîneurs qui ont pris un point contre nous de raconter que le système de Sollied ne marche plus et qu'il devrait s'y prendre autrement avec les joueurs qu'il a. Contre nous, tout le monde se satisfait d'un point. Avez-vous vu à quel point nos adversaires reculent? C'est la preuve qu'ils ne sont pas capables de faire la différence dans d'autres matches non plus. Même nos plus proches poursuivants n'osent pas développer leur jeu contre nous. C'est embêtant. Vermant : Gasjer, de Gand, m'a dit: - Je n'ai qu'une mission. Te suivre partout.Simons : Le fait que le médian offensif d'un candidat à l'Europe soit commis à la seule tâche de neutraliser Sven est éloquent, non? Ça plaide en votre faveur. Pourquoi Vermant, Simons et Englebert sont-ils les angles de ce triangle central si important dans le système de Trond Sollied ?Vermant : Parce que nous sommes complémentaires. Nos performances et nos résultats l'ont démontré à suffisance. Avoir trois joueurs qui se trouvent aussi aisément n'est pas évident. Gaëtan et moi sommes deux joueurs différents à la même position - lui à droite en haut du triangle, moi à gauche - mais nous nous trouvons bien. Il a un plus grand abattage et donc un énorme rayon d'action, vers l'avant et en arrière alors que moi, je suis meilleur passeur et un peu plus dangereux devant le but. Vous marquez plus qu'avant.Vermant : Bien plus que le nombre de buts qu'on marque, ce qui compte, c'est la manière de jouer et le plaisir qu'on y trouve. Simons : Nous savons ce que nous pouvons attendre les uns des autres, ça simplifie notre tâche. Vermant : La qualité de notre jeu réside dans la simplicité de nos solutions. Nous ne sommes pas des gars qui vont dribbler trois ou quatre fois : nous choisissions la bonne position et le moment favorable pour céder le ballon à un homme démarqué. Simons : L'avantage de notre triangle renversé, c'est aussi que la charge est partagée. L'adversaire ne peut plus viser de vrai numéro dix. Nous nous couvrons et nous nous remplaçons. Englebert : La force de cet entrejeu, c'est son équilibre, le fait qu'il soit formé par trois types de joueurs différents qui se complètent parfaitement. Avec quatre buts, vous avez battu votre record personnel.Englebert : Et encore un autre : contre le GBA et La Gantoise, j'ai inscrit un but en deux matches consécutifs. C'est une première ( il sourit). Vermant : Le principal avantage de notre système est que chacun marque davantage de buts, tout simplement parce que nous créons plus d'occasions. Timmy, vous veillez à l'équilibre de l'équipe, dans la position cruciale de médian défensif. Vous avez évincé Philippe Clement, un international. Comment gérez-vous cette pression?Simons : On s'y habitue. Je pense que la série-record réalisée l'année dernière ne laisse subsister aucun doute là-dessus. Je suis bonifiable dans une série de registres mais cette position me convient particulièrement bien. J'essaie de progresser en m'appuyant sur les acquis. Vous avez fêté vos débuts d'international contre Saint-Marin. Comment était-ce?Simons : Une expérience extrêmement agréable. Il est plus facile de s'intégrer quand vous êtes à trois. Pour moi, tout était nouveau, alors que pour Sven et Gaëtan, c'était la... euh, énième fois ( il rit). Je ne connaissais aucun joueur personnellement mais j'y ai déjà un peu remédié. Vermant : Il régnait une bonne ambiance de travail et c'était moins stressant que ce que j'ai vécu avec Georges Leekens. A ce moment-là, après le Mondial, il fallait former un nouveau groupe. Maintenant, tout est plus facile. On s'intègre mieux. Le Luxembourg, maintenant Saint-Marin, c'est peut-être un effet du hasard mais on ne vous sélectionne pas pour les affiches, Sven.Vermant : J'ai disputé mon premier quart d'heure, sous Paul Van Himst, contre l'Arménie, un autre adversaire redoutable! J'ai pu entamer le match contre le Luxembourg mais j'ai souffert pendant sa totalité. C'était un mauvais match. Ensuite, je n'ai plus été sélectionné. Avec l'âge, je vis les choses de manière plus sereine, je suis plus conscient de mes qualités. Les événements ont moins de prise sur moi. A l'époque de ce match contre le Luxembourg, je voulais à tout prix faire mes preuves. J'ai donc fait des choses auxquelles je n'étais pas habitué, ce qui n'amène rien de bon. Etes-vous satisfait de votre début, Gaëtan?Englebert : Oui et non. On ne s'attend évidemment pas à réaliser d'emblée des exploits. J'ai essayé de jouer simplement et d'en éprouver du plaisir, comme me l'avait conseillé l'entraîneur. C'est ce que j'ai fait et ce n'était donc pas mal pour une première fois. Vermant : Je trouve qu'il a très bien entamé la rencontre mais au fil des minutes, il a dû glisser à gauche et on l'a moins vu, ce qui ne veut pas dire qu'il n'est pas utile à l'équipe. 10-1, encore un record.Englebert : C'est manifestement la saison de tous les records. Vermant : Vivre ça, c'est chouette. Englebert : La Belgique a déjà prouvé qu'elle disposait d'un bon potentiel durant l'EURO 2000. Si elle n'a pas atteint le deuxième tour, c'est à cause de détails. Ce que l'équipe nationale et aussi, dans son sillage, les équipes de club recommencent à montrer sur la scène européenne est motivant. La Belgique a encore de belles cartes à jouer. Simons : Surtout en comparaison avec Saint-Marin ( il rit). Non, sérieusement, nous pouvons aller loin dans cette poule mais aussi faire bonne figure au championnat du monde. Vermant : Ce qui est encore plus important, c'est l'homogénéité du groupe en-dehors du terrain. Vous pouvez disposer de tout le potentiel que vous voulez, si le noyau n'est pas soudé, vous n'obtiendrez aucun résultat. Les réservistes vivent le match et jubilent à chaque but. Je n'ai vu aucune doublure souhaiter que le score reste vierge. Cet esprit de groupe est indispensable en équipe nationale aussi. Vous taquiner à propos du titre est également positif pour l'ambiance?Englebert : Oui, ce sont des indices qui prouvent la qualité de l'atmosphère. Simons : Après le match, quand j'ai serré la main de Dheedene, il m'a dit: -Je ne te présenterai pas mes meilleurs voeux, hein!Vermant : Les Anderlechtois sont de chouettes gars mais je leur ai quand même dit qu'ils seraient un rien trop courts ( il rit). Par contre, j'ai motivé les Lierrois : je leur ai rappelé qu'il était temps qu'ils réalisent quelque chose et que le moment idéal, c'était l'affiche contre Anderlecht. Vous avez vu le résultat! Dans quel état d'esprit suivez-vous les matches d'Anderlecht?Vermant : Nous les suivons et parfois, nous nous téléphonons. Surtout Timmy (il rigole). Simons : Holà! Maintenant, on peut me joindre par téléphone: mon père m'a donné son GSM et je pense que je vais m'en acheter un nouveau. Quelles sont vos perspectives d'avenir?Vermant : Mon avenir est plus incertain que le leur puisqu'ils sont encore liés pour un an alors que je suis en fin de contrat. Sven, vous avez 28 ans, vous êtes libre, vous allez monnayer votre talent?Vermant : Je ne peux pas non plus laisser mes amis dans le pétrin ( il rit). Non, sérieusement : je suscite de l'intérêt mais je ne peux en dire grand-chose car j'ai lu dans Sport-Foot Magazine que le Club Brugeois s'apprêtait à me faire une proposition très intéressante. Si un jour, Simons et Englebert, internationaux depuis peu, se sentaient prêts pour une aventure à l'étranger, où leur carrière pourrait-elle les conduire?Englebert : Je pense que beaucoup de jeunes rêvent de la Premier League. Simons : Moi aussi... et je préférerais un pays plus chaud. Christian Vandenabeele