Vous donnez toujours cours de math?
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Vous donnez toujours cours de math?Olivier Besengez (30 ans): Deux heures par semaine seulement car depuis l'arrivée d'Hugo Broos, le club s'est professionnalisé. Avant, j'effectuais des interims de quinze heures. En continuant de la sorte, je conserve mon ancienneté, en prévision de ma reconversion, et je reste dans le milieu. J'ai étudié pour enseigner. En D2, j'ignorais que je serais professionnel un jour. Je suis régent en math et physique. J'avais entamé des études universitaires en physique mais j'ai échoué en deuxième candi. C'est pendant le régendat que j'ai fait la connaissance de Peggy. Mon père a été directeur d'école, mon frère, ma soeur et mon beau-frère sont enseignants. Vous donnez cours au Foot-Etudes?Non, mais on essaye de me trouver des heures là. Ce serait chouette, pour les élèves comme pour moi. Ce pourrait être des heures de rattrapage ou de remédiation, avec très peu d'élèves.Vous parlez boulot à la maison?Plus de l'école que du foot. Peggy apprend tout par les journaux. Quand j'ai un problème, j'en parle à mon père!Lorsque vous avez été gravement blessé au genou, le soutien de Peggy vous a quand même été précieux, non?Oui. Les six premières semaines ont été particulièrement pénibles car j'étais complètement dépendant. Ne pouvant dépenser mon énergie, je ne dormais pas. Christophe, le kiné, venait me soigner tous les jours. Il mobilisait mon genou. On gagnait un cm chaque jour et ça faisait très mal. Toutefois, Peggy était enceinte et cet heureux événement m'a distrait de mes doutes.Lea devra faire des études?C'est important! J'ai eu de la chance d'étudier. Mais Lea fait déjà du sport: elle suit des cours de bébé nageur. Elle court beaucoup, elle aime le grand air. Si j'avais maintenant 18 ans et qu'on me proposait un contrat professionnel, il me serait difficile de refuser mais que se passerait-il en cas de blessure? Vous savez, quand j'ai rejoué, le chirurgien m'a confié qu'il avait craint ne plus me voir rejouer au niveau professionnel. Mon accident est arrivé stupidement, à la fin de l'entraînement. Mon diplôme me permet de relativiser. Suivre des cours du soir n'est pas évident: où trouver la motivation pour étudier après deux entraînements? Certains pensent qu'ils seront professionnels à 14 ou 15 ans et négligent le reste. Cinq ans plus tard, leurs rêves se sont envolés et ils ne sont nulle part! J'essaie de parler à ces jeunes. En fait, le milieu familial est important.Quels sont vos loisirs?La famille, le foot et l'école sont nos trois piliers. Nous essayons de rendre visite aux grands-parents de Peggy le dimanche après-midi, même s'ils habitent à 40 km. Nous sommes abonnés à National Geographic et nous nous intéressons à tout ce qui est scientifique. J'adore le jardinage. Ça me change les idées et le jardin est grand!Vous avez d'autres centres d'intérêt?Nous aimons aller au cinéma. C'est vrai qu'on va souvent voir les films que j'ai choisis. Des films d'action, comme Vidocq avec Depardieu, la Planète des Singes, que nous n'avons pas aimé. Rivières Pourpres, c'était génial. Bien différent du cinéma français, souvent trop intimiste. D'habitude, nous préférons les films américains. Je regarde beaucoup la télévision: le football, mais aussi le cyclisme et la F1. Je suis supporter de Schumacher. J'aime jouer au snooker et au tennis, en juin, avec des collègues.Vos vacances idéales?Elles sont rares! En mai et en juin, nous sommes en examens. Quand le calendrier se met bien, nous avons une semaine fin juin, début juillet. Alors, c'est la plage, la piscine, là où on ne connaît personne. Je n'aime pas trop l'avion et les événements actuels ne vont pas me faire changer d'avis. Peggy est plus active. Elle aime visiter. Ibiza est bien mais Ténériffe nous a déçus.Vous êtes mariés?Depuis quatre ans, à l'église. Nous sommes croyants. Peggy reste pratiquante, quand elle en a le temps.Vous êtes également enseignante.Peggy Kerteux (27 ans): Je suis régente en sciences naturelles: chimie, biologie et géographie, mais j'ai un horaire complet en géographie au Sport-Etudes de Mouscron. L'établissement propose d'autres sports que le foot : gymnastique, judo, natation, équitation et une nouvelle option, le multimédia. Les élèves en veulent car leur programme général n'est pas allégé: il est seulement adapté pour leur permettre de s'entraîner. Leurs journées sont plus longues et ils n'ont pas congé le mercredi après-midi, par exemple. En plus de mes 24 heures par semaine, il y a les préparations et les activités. Par exemple, les élèves de 1ère préparent un reportage sur la vie rurale. Nous devons créer un scénario, filmer et monter le film. Ils animent aussi la radio de l'école, sur 100.7 FM. Enseigner n'est pas difficile?Ça ne pèse pas lourd à côté des maths et du français mais quand on aime ce qu'on fait, on le communique mieux aux enfants, même si ça n'accroche pas toujours. Quand je pose des questions sur le cours que je viens de donner, je me demande parfois où ils étaient. Ils sont quand même plus contents de me voir que les professeurs des gros cours, qu'ils côtoient plus souvent.Vous n'avez jamais songé arrêter?Je mentirais en disant que ça ne m'a jamais traversé l'esprit. Voir défiler sept classes différentes sur une journée est parfois fatigant car c'est chaque fois comme si on donnait un petit spectacle! La maison et Lea, un an et demi, suffiraient à m'occuper mais le contact social me manquerait. Après deux mois de vacances, je suis d'ailleurs impatiente de reprendre les cours. Il faut dire que durant cette période, Olivier est pris par la préparation, les stages, et que je ne le vois guère.Comment les professeurs ont-ils accueilli les options sportives?Au début, pas très bien mais ils ont revu leur opinion. Grâce à tout ça, l'école acceuille 200 élèves en plus qu'il y a deux ans et ça représente pas mal de postes d'enseignants!Quels sont vos loisirs?La naissance de Lea a tout changé. Il lui a fallu un an pour passer ses nuits. C'est fréquent, d'après ce que j'entends. Notre maison est neuve. Peindre l'escalier m'a pris un mois! Petite, je faisais du cross mais je ne parvenais pas à le combiner avec l'école et mes parents ont préféré que j'arrête à douze ans. Maintenant, lors des vacances scolaires, je prends un abonnement de fitness. J'en profite pleinement pendant les congés et ensuite, j'y vais deux fois par semaine.Comment définiriez-vous l'éducation?Elle comporte deux parties: la connaissance des matières, qui est le rôle principal de l'école, et l'éducation elle-même: le respect, la politesse, le savoir-vivre, la sociabilité. On nous demande de plus en plus de mêler les deux. Les parents se reposent trop sur nous. Beaucoup d'enfants sont délaissés. Nous inculquons à Lea l'éducation que nous avons reçue. Nos parents nous ont toujours encadrés, même si nous savions que nous ne pouvions acheter des chaussures à 4.000 francs parce que nos pieds grandissaient trop vite.Le football vous intéresse?J'adorais la D2. Maintenant, le football passe au deuxième plan. Avant, c'était mon principal loisir. Durant ma deuxième année de régendat, l'Excel a raté la montée au tour final. Tout Mouscron en parlait et je dormais chez Olivier pour ne rater aucun match. Comme son père était entraîneur-adjoint, j'effectuais les déplacements avec ma belle-mère. Quand je venais le voir à l'entraînement, nous allions prendre un verre après. A ce moment, il accordait sa priorité aux études. Le football est ensuite devenu son travail. Maintenant, les visages changent chaque année. Je stresse plus que lui. De la première à la dernière minute. Si je connais le football? Oui, je peux me mêler aux discussions d'Olivier et de son père, par exemple. Mais l'année où Olivier a mis trois buts contre son camp, je n'osais plus aller à l'école! Et que dire de ce début de saison...Quels sont ses principaux défauts et qualités?Il relativise. Un défaut? Son entêtement. Quand il a quelque chose en tête, il le fait. Il est très individualiste. Je parlerais à un chien avec un chapeau mais lui se contente d'un signe de tête. Il ne fait pas le premier pas.Pascale Piérard