Tom Boonen s'est affilié à 15 ans au K. Balense Bicycle Club, près de chez lui. Ses copains roulaient et il avait gagné le trophée scolaire de Zolder, sans préparation. Staf Van Genechten, qui avait déjà entraîné Wilfried Peeters, Ludo Dierckxsens, Johan Verstrepen, Ludwig et Jan Wijnans, l'a pris sous sa houlette pendant deux ans, avant que Dirk Demol ne le transfère aux Kortrijk Groeninge Spurters. Là, il gagnait de l'argent en Juniors première année.
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Tom Boonen s'est affilié à 15 ans au K. Balense Bicycle Club, près de chez lui. Ses copains roulaient et il avait gagné le trophée scolaire de Zolder, sans préparation. Staf Van Genechten, qui avait déjà entraîné Wilfried Peeters, Ludo Dierckxsens, Johan Verstrepen, Ludwig et Jan Wijnans, l'a pris sous sa houlette pendant deux ans, avant que Dirk Demol ne le transfère aux Kortrijk Groeninge Spurters. Là, il gagnait de l'argent en Juniors première année. Boonen y a passé cinq ans avant de signer un contrat pro chez US Postal. Willy Teirlinck l'a entraîné trois ans. Il avait roulé dans l'équipe du père, André Boonen, et gagné trois étapes d'un Tour de France, grâce à ses démarrages légendaires dans les derniers kilomètres. Staf Van Genechten : Il avait tout et il sentait quand il devait démarrer, ce qui est exceptionnel à cet âge. Il est né pour le vélo. Il tient ça de son père mais aussi du côté maternel. La s£ur d'Agnes Melis a été championne de Belgique et toute la famille fait du vélo. Sans qu'il le montre, je crois que Tom se savait doué. Il voulait être pro et sa scolarité en a pâti. Nous insistons sur l'école mais devant un tel talent... Willy Teirlinck : Au Tour du Hainaut, Tom s'est retrouvé en tête avec cinq coureurs de Herman Frison. Il a attaqué à trois tours de la fin, dans une côte, mais ils l'ont rattrapé sur le plat. Il a tenté sa chance trois ou quatre fois mais aucun ne voulait l'aider. Frison m'a présenté ses excuses : c'était le seul moyen de battre Tom. Il est de la génération de Gert Steegmans, Nick Nuyens et Jurgen Van Goolen, mais il était le meilleur, surtout physiquement. Il brillait dans toutes les courses, récupérait vite et pouvait s'entraîner dur. Tom ne sera jamais un grimpeur pur mais il sait négocier une côte. Il gagne des sprints massifs mais une fois en tête, il sait contrôler une course, comme au GP Van Steenbergen. Il réagit vite et est conscient de ses qualités. Il gagnera un jour le Tour des Flandres. Van Genechten : Tom était obéissant, il était bien intégré dans le groupe. Il avait déjà un charisme naturel. Ses coéquipiers se mettaient volontiers à son service. Il le leur rendait. Quand, dans une échappée, il était en compagnie d'un équipier, il ne cessait de l'encourager. Un chouette gars. Il savait développer des arguments pour justifier ses prises de position. Emmener le mouvement de grève au Tour de Belgique, c'est tout Tom. Il reprend toujours pour les autres. Teirlinck : Les circonstances n'ont pas de prise sur lui. Le Tour, c'est le chaos du début à la fin mais il est resté lui-même. Il s'est vite intégré au peloton car il n'a pas de complexes. En Espoirs, il n'était pas encore un vrai leader mais les autres reconnaissaient sa supériorité. Tom est toujours de bonne humeur, sauf au lever, il est optimiste. Van Genechten : Comme son père, Tom est bien bâti. Sa stature lui a offert un avantage sur les autres au début. Il était meilleur dans les grandes courses, démarrait plus vite, même avec son petit braquet. Il a ainsi développé la souplesse puis la force. Il n'est pas maigre. Comme son frère Sven : il roulait quand il s'est inscrit. Tom doit surveiller son alimentation. José De Cauwer avait raison mais à cet âge-là, il ne faut pas non plus exagérer. Teirlinck : En Espoirs, il n'était pas gros, loin s'en faut. Ce n'est d'ailleurs pas un problème, au contraire. Quand on est jeune, vivre à 95 % pour son sport suffit. Des jeunes prestent mais vivent comme des pros et sont grillés à l'âge adulte : leur marge de progression est restreinte et ils ne sont plus motivés. Tom avait des réserves. En plus, quand il a dû passer le gros braquet, il a pu exploiter sa force. En plus, il a une excellente santé. Je ne l'ai jamais vu malade en cinq ans. Donc, ses entraînements ne sont pas interrompus et il peut conserver un niveau constant. J'ai été scandalisé qu'il ne soit pas repris pour le Mondial de Plouay : une semaine avant, il avait gagné le petit Paris-Tours. Quoi que De Cauwer ait dit au sujet de son gros derrière, il pouvait rouler sur ce parcours. L'hiver suivant, il a perdu quatre ou cinq kilos. C'était sa réponse à De Cauwer. Van Genechten : Certains parents poussent leurs enfants à avaler les kilomètres. Pas André. Le mercredi, nous effectuions une longue séance, de 70 à 80 km, aux alentours de Diest, qui sont vallonnés. A 15 ans, leur corps ne peut pas digérer plus. Nous leur demandions d'exercer d'autres sports, surtout en hiver, pour ne pas développer que les jambes. Tom participait à nos activités : escalade, natation... Tom a toujours été réaliste. Je pense qu'il gère bien son statut actuel. Il a choisi l'argent en rejoignant Courtrai, ce que je comprends, mais il continuait à venir nous dire bonjour et quand il aperçoit une voiture du club, il lève encore la main et s'arrête s'il le peut. Il est resté sympathique. Teirlinck : Ses parents, que je connais bien, sont ainsi faits. Calmes, réalistes. Sa mère a repris Tom immédiatement quand il a dit, au Tour, qu'il n'avait plus rien à apprendre. André a toujours veillé à ne pas surmener son fils. Après une défaite, il était déçu mais il comprenait que ça faisait partie du processus. Au championnat de Belgique de Hal, il a fini deuxième. Son analyse était correcte : - J'ai tergiversé et je peux être heureux d'être deuxième, à mon âge. Van Genechten : Jeune, il était un bon finisseur mais pas dans les sprints massifs. Or, les débutants roulent avec un petit braquet. Il n'est pas évident de lâcher les autres dans un démarrage et la course s'achève souvent en sprint massif. Tom a beaucoup évolué : sa masse musculaire, sans un gramme de graisse, son explosivité quand il part avec ce grand braquet... Teirlinck : Tom adorait prendre des risques, comme négocier des virages secs sur une chaussée mouillée. Il faut du cran pour sprinter. Les coureurs sont devenus tellement forts qu'ils oscillent et les sprints sont devenus encore plus dangereux. A Zellik-Galmaarden, il s'est échappé avec deux pros. Je lui ai fait signe de ne pas faire l'idiot en attaquant. Il a accompli sa part de travail et gagné au sprint. Au Championnat de Belgique Espoirs, dans sa dernière année, il était le seul du club dans un groupe de 30, dont sept ou huit hommes de Piva, de Frison et de Go Pass. Tom est resté calme mais au dernier tour, il les a rattrapés, un par un, et a gagné au sprint. Van Genechten : Nous apprenions à nos jeunes à faire la course. Il n'a pas fallu le répéter à Tom. Qu'il soit bien placé ou pas, il ne paniquait jamais : il réfléchissait, jaugeait les autres. Quand Gert Steegmans, son grand rival, était dans le même groupe, il attaquait sans relâche, sachant que Gert était plus rapide au sprint. Teirlinck : Tom voulait toujours gagner. Durant sa dernière année, nous avons aménagé son programme pour qu'il se concentre sur les grandes courses, tout en insérant des périodes de repos de deux semaines. Il a vite compris que c'était nécessaire pour recharger ses accus. Il sait se faire mal. Beaucoup de coureurs qui deviennent pros s'entraînent moins car le programme des courses est plus lourd. Pas Tom. Il sait souffrir quelques heures sur son vélo. Il abandonne rarement. Espoir deuxième année, il avait jeté son dévolu sur le Circuit du Hainaut. Son dérailleur a sauté pendant la course, il a perdu beaucoup de temps mais il est reparti. Loes Geuens