À quelques jours de l'affrontement face au Panama, Thomas Meunier semble serein, voire très optimiste. Posé dans le dug-out du terrain d'entraînement des Diables dans la banlieue moscovite, le Ivan Drago (surnom donné par David Luiz lors de son passage à Paris) du Plat Pays revient sur les derniers jours de préparation et évoque les grands changements dans le giron des Diables.
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À quelques jours de l'affrontement face au Panama, Thomas Meunier semble serein, voire très optimiste. Posé dans le dug-out du terrain d'entraînement des Diables dans la banlieue moscovite, le Ivan Drago (surnom donné par David Luiz lors de son passage à Paris) du Plat Pays revient sur les derniers jours de préparation et évoque les grands changements dans le giron des Diables. Il y a une forme d'assurance, de joie de vivre qui se dégage au sein du groupe depuis votre arrivée en Russie. Votre préparation sur le sol belge, les rencontres à Bruxelles, les jours de congés mis à disposition ont-ils eu une influence sur l'état d'esprit du groupe ? THOMAS MEUNIER : Oui. Je pense qu'une des priorités par rapport à l'ère Wilmots, c'était justement de sortir de cet environnement cloisonné et emprisonnant. L'intégralité du groupe est reconnaissante envers le staff technique et la Fédé. Psychologiquement, ça se ressent, tout le monde est bien. Roberto Martinez avait comme priorité que le groupe arrive frais mentalement en Russie. Il n'avait par contre pas de grande crainte sur l'état physique de ses joueurs.MEUNIER : Pour moi, une Coupe du Monde, c'est un second souffle. C'est totalement différent d'une compétition en club, où il y a une certaine monotonie qui s'installe au fil de la saison. Chez les Diables, tu revois des joueurs que tu connais depuis de nombreuses années. C'est ce que je dis toujours sous forme de boutade : quand je rejoins les Diables, c'est les vacances. L'image d'Epinal autour des Diables n'a donc rien de fake ? MEUNIER : Non. Il y a un vrai groupe, un vrai mélange, que ce soit Wallons, Flamands, tout le monde parle anglais, et s'il faut parler flamand, français, ça ne pose pas de problèmes, car il y a beaucoup de bilingues. Il y a une certaine homogénéité dans le groupe. Et le fait d'avoir choisi, un coach qui soit " neutre ", c'était le meilleur choix que la fédération puisse faire. Quand Vandereycken était sélectionneur, les Wallons lui tapaient dessus, quand c'était Wilmots, c'était au tour des Flamands. Il y avait toujours quelque chose, on cherchait un coupable, même quand il n'y en avait pas. Cette fois, on a un staff qui parle anglais, un coach qui vient de Premier League. Le choix était mûrement réfléchi et c'est la meilleure chose qui pouvait arriver à notre équipe. Qu'est-ce que le sélectionneur actuel a changé depuis son arrivée à la tête des Diables ? MEUNIER : Ce que j'aime chez lui, c'est qu'il y a un temps pour travailler et un autre pour rigoler. Sous Wilmots, c'était un peu trop laxiste. On était souvent dans la déconne. Parfois, ça allait trop loin et il n'y avait plus de barrière entre travail et loisir. Ici, il y a beaucoup de respect mutuel entre le groupe des joueurs et le staff. Les joueurs le considèrent-ils comme un top coach ? MEUNIER : Quand on parle de top coach, on cite souvent Guardiola, Ancelotti, Zidane, etc. Moi, en tout cas, il me convient comme à beaucoup d'autres joueurs de l'équipe. Il y aura toujours quelque chose à redire mais pour moi, il a la mentalité et l'approche pour diriger notre équipe nationale. Ce système à trois derrière est souvent pointé du doigt. On le dit trop dangereux face à de grandes nations. Tu en penses quoi ? MEUNIER : Il faut surtout être synchro et travailler là-dessus. C'est évident que si tu n'as jamais travaillé le pressing, les déplacements, les couvertures ensemble et que tu commences avec un système à trois derrière, tu vas connaître de grandes difficultés. Mais depuis le début de la préparation, hormis ce but face au Costa Rica qui était vraiment une farce, je nous trouve vraiment bien. Tu vois vraiment que les entraînements ont apporté des réglages au niveau tactique mais aussi au niveau des deuxièmes ballons, le pressing des ailiers. Pour moi on est rodés, peut-être pas à 100 %, mais on touche au but. C 'est aussi la première fois depuis le début de l'ère Martinez que vous pouvez vraiment bosser sur la durée.MEUNIER : Oui, c'est ça. Maintenant, il faudrait 5 % d'exigence supplémentaire pour se dire qu'on est vraiment au point. Tu arrives avec quels espoirs cette fois ? MEUNIER : Mon idée a toujours été claire : j'espère atteindre le dernier carré. Maintenant, il faut un peu de chance, des équipes que tu rencontres : on peut prendre le Brésil en quarts, mais t'as pas le choix de toute façon. Les espoirs du groupe sont très hauts par rapport aux compétitions passées, où ça manquait d'expérience. On n'avait pas toujours les bons réflexes par rapport à l'adversité. Là, on est vraiment parés. Cette sélection semble plus loin qu'il y a deux ans, quand vous aviez pris une grosse gifle lors du premier match de groupe face à l'Italie.MEUNIER : C'était vraiment un manque de jugeote et d'intelligence tactique pendant tout le tournoi. À l'image du match face à la Hongrie, c'étaient surtout les individualités qui avaient fait la différence durant le tournoi. Contre le Pays de Galles, on a affronté une équipe qui avait plus d'envie et qui avait choisi d'évoluer en fonction de ses qualités, avec des joueurs rapides. Nous, on n'avait pas vraiment d'idée précise. Tu te positionnes en 4-3-3 et tu joues, mais il n'y avait pas de dédoublements, de déplacements, etc. Ici, tu sembles avoir un nombre de solutions incroyables. Ça se sent notamment dans le jeu de Witsel.MEUNIER : Le rôle d'Axel, c'est de récupérer le ballon et de le transmettre à des joueurs qui vont trouver des solutions. Le rôle d'Axel ne sera jamais de donner la passe décisive mais désormais, il est aidé par les mouvements des Hazard, De Bruyne, qui attirent les hommes, qui créent des espaces. Et Axel est un joueur qui voit le jeu super vite : il contrôle la balle, même s'il est sous pression, et il sait toujours où la donner. Le fait qu'il évolue en Chine est un faux débat d'après toi ? MEUNIER : Ça ne change strictement rien. Axel a toujours joué comme ça... Quand, il évoluait au Standard, c'était déjà le cas. Et ça ne changera pas, ça fait des années qu'il a le même style de jeu, la même dégaine, une forme de nonchalance, qui ne le dessert pas. Que ce soit Yannick Carrasco, que je trouve super affûté, ou Axel, leur arrivée en Chine ne change rien à leur état de forme. Peut-être que sur la durée, ça peut avoir des incidences mais pas pour le moment. À chacun son plan de carrière, mais je reste persuadé qu'ils reviendront en Europe à un moment ou à un autre. Il y a deux ans, tu étais l'une des bonnes surprises de l'EURO. Aujourd'hui, tu es rarement sur le banc. Comment te positionnes-tu dans le noyau des Diables ? MEUNIER : Par le passé, j'étais très à l'écoute, je le suis toujours. Mais aujourd'hui, je me permets de répondre ( il rit). Même à Vincent Kompany... ? MEUNIER : Vincent garde un rôle très important, même quand il ne joue pas. À la mi-temps du match contre le Costa Rica, il est entré dans le vestiaire, m'a parlé de mes déplacements, il conseille, c'est un joueur d'une grande expérience, et c'est nécessaire que quelqu'un me fasse des remarques. Il est seul dans le groupe à pouvoir le faire ? MEUNIER : Non. Il y a Jan (Vertonghen), Dries (Mertens). Même Romelu a pris énormément d'assurance, parfois je crois qu'il se prend pour le coach ( il rit). Il est tellement investi, ça va au-delà de la passion. Il connaît tout sur tous les joueurs. Parfois, il te parle de ton déplacement, mais quand il rate trois occasions, et que tu luis dis : Rom, faudrait les mettre au fond... On se rentre un peu dedans, gentiment. Tu sembles aujourd'hui très proche de lui. Comment l'expliques-tu ? MEUNIER : C'est quelqu'un de très honnête, j'aime sa franchise, il est vrai, naturel. Peut-être qu'on est connecté par rapport à ça. Quand il a besoin de quelque chose, je suis toujours là. En fait, c'est quelqu'un de très simple, c'est difficile de ne pas s'entendre avec Romelu. Comment perçois-tu la professionnalisation chez les Diables, notamment au niveau des entraînements filmés, de la vidéo, etc.MEUNIER : Je trouve que c'est une très bonne chose. À Bruges, déjà, Michel Preud'homme avait loué une grue pour y installer des caméras et filmer les entraînements. C'est devenu indispensable. Avant, on analysait uniquement les matches, désormais il y a des sociétés qui analysent tes entraînements, il faut être le plus méticuleux possible. Dernièrement, j'ai demandé à Thierry Henry de me trouver l'image de mon positionnement par rapport à une phase de jeu et on a directement été la chercher. Quel est le rôle véritable de Thierry Henry ? MEUNIER : Vu son énorme expérience, il partage de nombreuses anecdotes par rapport à des faits de matches, et tout ce qui peut nous aider dans une compétition comme la Coupe du Monde. Il a gardé une mentalité super jeune, et ça l'a aidé à gagner la confiance des joueurs. C'est aussi pour ça que Martinez a choisi quelqu'un comme lui, il sert de lien entre les joueurs et le staff technique, il est intergénérationnel. Tu es impressionné par le personnage ? MEUNIER : Sa présence, son charisme, ses idées, quand il parle tout le monde l'écoute. Il partage ses analyses individuelles, ou collectives, il travaille les phases arrêtées avec le coach. Durant l'EURO 2016, tu pointais le fait qu'il manquait un Roy Keane aux Diables. Deux ans plus tard, on n'en a toujours pas, d'autant que Nainggolan n'est pas de la partie.MEUNIER : Disons que Radja est un Roy Keane un peu plus léché. Tout comme Mousa Dembélé. Ce sont des Roy Keane modernes. Mousa, il sait te rentrer dedans. Quand il vient sur toi, il y en a beaucoup qui retirent le pied, car physiquement c'est très costaud. Et quand tu veux lui prendre la balle, tu peux galérer une demi-journée. Il ne vous manque pas un joueur un peu vicieux comme Thiago Motta à Paris ? MEUNIER : Motta a vraiment une image de crapule ( il rit). Mais on a Axel, Mousa, même Kevin, car il a vraiment durci son jeu. Avant, il était un peu plus hésitant, maintenant il arrive et c'est toi qui retires le pied. Je ne sais pas si c'est lié à la mentalité anglaise, mais que ce soit Kevin, Jan et les autres, ils sont à bloc tout le temps. Même Dedryck (Boyata) quand il sort de position et qu'il vient presser, il rate rarement le ballon. Physiquement, on est parés. Eden Hazard n'a jamais semblé aussi fort qu'aujourd'hui. Toi qui côtoies Neymar au quotidien, tu as le sentiment qu'il fait partie de cette caste de joueurs d'exception.MEUNIER : Oui, au même titre que Kevin (De Bruyne). Ils font partie du top 6-7 mondial facilement. Comme je l'ai dit dans le passé, Eden est né cinq ans trop tôt pour espérer être Ballon d'Or. Tant qu'il y aura Messi, Ronaldo et Neymar, c'est mort pour tout le monde. Regarde Cavani, il marque 50 buts par saisons, il n'a jamais été dans le top dix du Ballon d'Or. Alors que quand Ronaldo ou Messi connaissent une mauvaise saison, ils terminent à 20 buts. Au vu des clubs européens intéressés par tes services - on évoque la Juventus, Manchester United, etc... -, tu sembles garder la cote malgré ton statut de réserviste au PSG.MEUNIER : Cette année, j'ai joué 20 matches au total mais j'ai des stats qui sont meilleures que l'année passée. Je pense être plus tranchant, incisif. La fraîcheur emmagasinée en ne jouant qu'un match sur trois m'a peut-être aidé. Le fait d'avoir moins de crédit, car je n'étais plus numéro un, ça m'a aussi donné une certaine maturité. Tu as su relativiser par rapport à ce statut de réserviste ? MEUNIER : Faut reconnaître que ce n'est pas évident. La saison dernière, j'avais fait un gros boulot en passant devant Serge Aurier, ce qui n'est quand même pas rien, car c'est un joueur fabuleux. Et finalement, après un an de dur labeur, à 25-26 ans, au moment où je suis presque au top de mon développement, Dani Alves arrive et tu te demandes ce qu'il va se passer. Même si tu sais comment ça va se passer. Je savais que je ne serais plus prioritaire. Tu ne regrettes pas de ne pas avoir tapé du poing sur la table et demandé ton départ ? MEUNIER : Non j'ai une chance énorme d'être au PSG, même sur le banc. Il y a un million de joueurs qui rêveraient d'être à ma place. Les choses vont probablement changer avec l'arrivée du nouveau coach. Mais c'est sûr que si j'ai une réunion avec Tuchel et qu'il me dit que je suis son second couteau, on devra aviser. Moi, mon but, c'est de percer. Mais si je devais partir du PSG, j'aurais un goût de trop peu. Je veux partir un jour en me disant : j'ai fait ce que je devais faire. Mes équipiers m'ont beaucoup aidé, notamment à être sûr de mes choix. Si j'ai autant progressé, que je me suis autant développé, c'est surtout grâce aux joueurs que je côtoie tous les jours à l'entraînement, davantage encore que les conseils de coach. Tu t'imprègnes directement du niveau de jeu, de l'envie, de la qualité technique. Tu disais être frappé à l'époque par la différence d'engagement entre les entraînements à Bruges et en équipe nationale, par exemple.MEUNIER : Ça n'avait rien à voir. Le PSG et l'équipe nationale, c'est quasiment la même chose, c'est peut-être même un peu plus technique au PSG. Quand tu joues avec Veratti, Neymar, Motta, Rabiot, tu peux citer toute l'équipe en fait, il n'y en a pas un qu'un grand club ne voudrait pas. C'est juste exceptionnel. Quand tu fais un toro, tu peux envoyer une balle de merde, eux ils la jouent, ils rattrapent tes erreurs, ils transforment les mauvais ballons en bons ballons. C'est le talent, quoi. " Le PSG veut conquérir le monde " Les médias français ont souvent parlé d'un vestiaire difficile.MEUNIER : Non, même si tu vas toujours avec des joueurs qui te ressemblent. Je traîne plus avec les francophones, et il n'y en a plus beaucoup. Chez les Diables, tu parles avec tout le monde, même si t'as plus d'affinités avec certains, ce qui est logique. À Paris, c'est quelque peu différent. Mais tu t'y fais. Ça fait deux ans que je suis là et la seule chose que je regrette, c'est la perte de l'identité francophone. Je ne suis pas français mais francophone, et les seuls Français qui restent sont des jeunes du cru. Cette dimension internationale fait partie de la stratégie du club. MEUNIER : Oui, c'est un club qui veut conquérir le monde, c'est logique que les dirigeants veulent apporter une mixité. Je ne peux donc pas dire que je côtoie la culture française du foot. Et je trouve ça dommage de ne pas goûter davantage à l'artisanat français ( il rit).