Une enseignante et un footballeur, c'est rare, non?
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Une enseignante et un footballeur, c'est rare, non?Laurent Fassotte (24 ans): C'est conciliable au niveau des horaires: Anne-Noëlle est libre le mercredi après-midi et elle a beaucoup de congés. C'est seulement ennuyeux pour les vacances d'été. Mon père organise des stages en Espagne, à cent kilomètres de Barcelone, depuis treize ans. J'y ai participé comme stagiaire puis comme moniteur. Depuis quatre ans, ma propre carrière m'en empêche mais j'y ai conservé des tas d'amis. Cet été, j'y ai passé une semaine. Je connais tout le monde. Anne-Noëlle a fait de même, en juillet, avec une copine. Je lui avais tant parlé de ce village.... Vous vouliez être enseignant aussi?J'ai entamé l'éducation physique pour suivre les traces de mon père. Il a vraiment une belle vie, avec beaucoup d'activités en dehors de l'école. Mais j'étais en Espoirs au Standard et concilier les deux était très dur physiquement, surtout que j'ai été opéré de la cheville. J'ai forcé pour revenir. J'ai essayé des études d'instituteur car j'aime le contact avec les enfants mais les examens avaient lieu en août. J'ai été repris dans l'équipe fanion du Standard, ce qui était mon rêve d'enfant. J'ai dû faire un choix. Certains professeurs ne l'ont pas compris car malgré le football, il paraît que j'étais bon étudiant.Comment vous êtes-vous connus?Nous nous sommes croisés au carnaval du village. J'étais déguisé en marsupilami, elle en gendarmette. Je l'ai repérée puis nous nous sommes retrouvés à l'anniversaire d'un ami commun. C'est un pur hasard car nous ne sommes pas des sorteurs. En plus, j'étais suspendu le dimanche, sinon, je n'aurais pu me libérer. Nous nous sommes beaucoup parlés et nous sommes restés en contact mais c'est le 1er mai suivant que notre relation a commencé. C'est une date facile à retenir! J'ai été attiré par sa simplicité. Elle est sensible, humaine. Nous nous sommes compris tout de suite. Elle sait que ma carrière exige beaucoup de sacrifices et elle m'aide à me stabiliser. Elle comprend très bien que je loge à Bruxelles deux fois par semaine, pour éviter les navettes entre Trooz et Molenbeek.Vous vivez chez vos parents, Anne-Noëlle vit seule. A quand le grand saut?Nous ferons tout dans les règles. Nous nous connaissons depuis seize mois. Nous pensons au mariage, endéans les deux ans, et nous souhaitons deux enfants. Nous ne sommes pas pressés.Quels sont vos hobbies?Internet. Je surfe. Je suis supporter de Barcelone. Je l'ai vu contre Valence et je vais assister à Leverkusen-Barcelone car ce n'est pas loin. Je me tiens au courant via Internet. Je corresponds aussi par ce biais avec mes amis, dont Mbo Mpenza. Je m'intéresse à tous les sports, surtout quand ils impliquent des Belges, comme l'US Open, récemment. Nous ne détestons pas le cinéma.Vous êtes croyant. L'évolution de la société ne vous inquiète pas?Elle me fait réfléchir. Nous arrivons à l'âge où on désire des enfants. Entendre ce qui se passe constitue un choc. Comme cet instituteur pédophile... Il faut être très méfiant. Il n'y a pas de guerre en Belgique mais d'autres choses dérapent. Je reproche d'ailleurs à Anne-Noëlle son excès d'ouverture et de confiance. Elle ne voit pas le mal et elle obtient peu de retour de ce qu'elle offre aux gens. Nous sommes tous deux croyants. Je ne vais pas à la messe mais la prière m'aide à me concentrer avant un match. Elle ne dure pas mais je demande à Dieu de m'accorder son soutien. Le soir, je le remercie de ce qu'il m'a peut-être apporté. Nous avons été élevés comme ça.Anne-Noëlle Dozot (28 ans): Avant le tour final, j'ai décidé de brûler un cierge à Banneux, près de chez nous, avant chaque match. Je voulais mettre toutes les chances de notre côté! Comme ça marchait, j'ai continué. Mais avant le dernier match, à Mons, j'ai eu un accident. Les cours venaient de se terminer, j'étais pressée par le temps et j'ai dérapé dans un tournant. Maintenant, en brûlant le cierge, je demande aussi à rentrer saine et sauve! A la fin de mes études, j'ai offert un petit pavé de remerciements à Banneux. Laurent et moi avons la même façon de voir les choses. D'emblée, nous avons instauré un dialogue. Ainsi, les problèmes éventuels sont réglés immédiatement. Le fait que plusieurs mois se soient écoulés entre notre rencontre et le début de notre relation compte beaucoup. Nous avons vraiment fait connaissance. Nous sommes attachés à la famille. Par exemple, Laurent joue au foot avec ma filleule de trois ans, Elisa. Elle va avoir une vareuse, d'ailleurs! Qu'est-ce qui vous plaît chez Laurent?Outre le fait que nous soyions sur la même longueur d'ondes, j'apprécie sa modestie, son honnêteté et sa réserve. Sa sensibilité, aussi. Beaucoup d'hommes jouent un rôle. Pas Laurent. Il est calme et je me sens en sécurité, avec lui. Il est romantique et attentionné. Je parle d'attentions au quotidien, pas d'obligations. Il n'est pas exigeant, si ce n'est pour la nourriture. Je devrais suivre des cours chez sa mère, qui est un vrai cordon bleu! En fait, il doit manger sainement, surtout qu'il grossit vite pendant les vacances ou quand il est blessé mais manger sainement me convient.Vous n'avez pas peur de vivre bientôt avec un enfant unique gâté par sa mère?Oh... C'est vrai qu'elle s'en occupe mais Laurent n'exagère pas. Elle est économe à l'Athénée de Chênée et échevin à Trooz. Elle ne manque pas d'occupations. Le sachant, Laurent l'épargne. En fait, son gros défaut, c'est le désordre: il empile tout dans sa chambre jusqu'à ce que ça tombe.Qu'enseignez-vous?Le néerlandais et l'anglais. Je suis régente mais je suis maîtresse de seconde langue à Trooz depuis trois ans. Suite au décret Onkelinkx rendant les cours de langues obligatoires en 5e et 6e primaire, les régents ont été appelés à la rescousse et bénéficient d'un cadre légal. Je préfère le primaire au secondaire: j'aime le contact avec les petits. Ils sont plus reconnaissants. En fait, je suis revenue dans l'enseignement grâce à ce décret car je travaillais comme secrétaire.Vous ne manquez pas d'occupations.J'ai arrêté l'aérobic il y a un an. Je ne suis pas sportive. J'ai pris le relais de ma mère et je m'occupe du secrétariat de l'écurie automobile de mon père, le Trooz Motor Action, TMA. Mes parents sont passionnés de courses tous les deux, ma mère en mini, mon père pour les épreuves de côtes. J'avais envie de suivre leurs traces et j'ai fait un essai à Francorchamps: au deuxième tour, j'ai cassé la boîte à vitesses et mon père a décrété que je n'étais pas douée! Je fais du théâtre, au village. Ça tombe bien: les répétitions ont lieu le lundi et le jeudi, alors que Laurent est à Bruxelles. Nous produisons une pièce par an, en wallon. Je ne le connaissais pas et j'ignorais que le groupe jouait en wallon mais j'étais tentée par le théâtre. Au fond, les enseignants sont un peu des comédiens. J'ai relevé le défi. Maintenant, je comprends et je sais même lire les répliques. Ce n'est plus du chinois.Et le football?Ma famille ne s'y est jamais intéressée, pas plus que moi avant de connaître Laurent. Maintenant, je me prends au jeu, surtout pendant le tour final, car il y avait un enjeu. Mes parents aussi, bien sûr, pour Laurent. J'ai découvert un monde ingrat, sans pitié: on vous prend puis on vous jette sans explication. C'est l'esprit de compétition. Ma profession ne m'y habitue pas puisque nous devons tenter de faire progresser tous les élèves. Les joueurs ne mènent pas la belle vie qu'on pourrait s'imaginer. Sinon, en ce qui concerne le jeu, je suis nulle. A part Scifo et les grands noms, je n'y connais rien. Le père et la mère de Laurent le suivent quand leurs occupations le leur permettent. La saison dernière, j'ai gaffé. Après un match, j'ai dit à sa mère, au téléphone: -Ils ont perdu et Laurent a raté un penalty. Paniquée, elle l'a questionné. En fait, il s'agissait d'un coup franc. J'ai revu la règle. Comme son père est concentré pendant les matches, il ne peut rien m'expliquer. Moi, je parle... quand je ne suis pas à côté de lui. Pascale Piérard