COACH Hervé Renard (FRA)

Vous avez succédé à Badou Zaki en février 2016. Quelle image aviez-vous alors du football marocain ?
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Vous avez succédé à Badou Zaki en février 2016. Quelle image aviez-vous alors du football marocain ? HERVÉ RENARD : Je me souvenais de sa présence à plusieurs Coupes du Monde, avec des noms tels que Noureddine Naybet, Aziz Bouderbala, Youssef Safri et, plus récemment, Marouane Chamakh. J'ai la chance que mon assistant, Mustapha Hadji, ait participé au tour final en 1994 et en 1998, comme joueur. Nous avons beaucoup discuté des forces et des faiblesses des Lions de l'Atlas depuis mon arrivée. Ces dix dernières années, il y a surtout eu un problème au niveau de l'esprit d'équipe. Vous partagez l'opinion de ceux qui disent que le Maroc a presté en-dessous de son niveau ? RENARD : L'équipe n'a pas été mauvaise mais il est toujours difficile de parler du passé avec de la distance. Je préfère ne retenir que les choses positives. Il faut toujours être fier de ce qu'on a réussi dans le passé mais je suis venu pour faire partie de l'avenir du football marocain. Se concentrer sur ce que vous avez en main, c'est le message que vous adressez aux joueurs ? RENARD : Je répète ça tous les jours : esprit d'équipe. Tout le monde est tenté de parler du sélectionneur, en bien comme en mal, mais je vois les choses sous un angle plus large. Je ne suis qu'une partie du staff technique, qui se distingue si le groupe travaille. Personne n'est plus important que le groupe. C'est avec cette pensée que nous avons entamé notre travail il y a deux ans et demi. Avec succès. Je ne vois que des gens heureux quand staff et joueurs se retrouvent au pays. Pour moi, c'est notre plus belle prestation. Vous parlez tout le temps d'esprit d'équipe mais quelle est votre philosophie du football ? RENARD : Nous avons une bonne équipe, qui ose imposer sa volonté, au Maroc comme à l'étranger, et qui ne redoute personne. Ce noyau recèle diverses qualités, des jeunes et des joueurs chevronnés. En février, le Maroc a remporté la CHAN, un tournoi réservé aux footballeurs qui jouent dans leur pays, alors que le Wydad Casablanca a gagné la Ligue des Champions africaine l'année passée. L'avenir du football marocain est-il assuré ? RENARD : Ce que je vois, c'est que nous avons travaillé dur depuis quelques années. À commencer par le président de la fédération, Fouzi Lekjaa, et le directeur technique Nasser Larguet. Ils savent de quoi ils parlent. Que pouvez-vous viser ? RENARD : Nous ne sommes pas favoris pour le titre mais nous ne partons pas non plus en Russie pour collectionner les autographes ni faire de selfies avec les stars. Nous avons mérité notre qualification et j'espère que nous allons réussir notre meilleur Mondial -en 1986, nous avons atteint les huitièmes de finale. Mais je préfère ne pas dire maintenant à partir de quand notre tournoi sera réussi. Ex-joueur de l'Étoile Casablanca et ancien collaborateur à la fédération marocaine de football " Je pense que le Maroc peut être l'une des surprises de ce Mondial. Il y a en tout cas un vrai espoir qui est né autour de cette équipe. Une euphorie palpable au pays. L'impression que Hervé Renard a réussi là où Eric Gerets avait échoué dans sa quête de former un collectif. L'ambiance autour de l'équipe nationale est bien meilleure aujourd'hui qu'à l'époque. Comme si la sauce avait enfin pris autour de cette génération. Ce n'est pas la seule raison. La chance de cette équipe, c'est aussi, il faut le reconnaître, d'avoir l'immense majorité de ses joueurs qui a été formée à l'étranger. En Espagne, en Italie, aux Pays-Bas ou en France, voire en Belgique pour Nabil Dirar et Mehdi Carcela. En fait, il n'y a que trois joueurs qui évoluent aux pays dans les 23, c'est la preuve qu'il y a du talent. Enfin, le positif, c'est qu'il y a dans cette équipe un bon équilibre entre des vieux briscards comme Boussoufa ou Benatia et les jeunes pousses comme Ziyech ou Harit. Les anciens cherchent à inclure les jeunes parce qu'ils savent que c'est leur dernier tournoi. Cela n'a pas toujours été le cas par le passé. Cela veut aussi dire que c'est peut-être maintenant ou jamais pour le Maroc. Je suis, en effet, moins optimiste pour la suite parce que le départ des cadres après le Mondial risque d'être difficile à combler. " Depuis le 6 septembre 2017, la vie d' Amine Harit n'est plus tout à fait la même. Ce jour-là, ce Franco-Marocain de naissance décide d'opter pour la nationalité sportive marocaine. Un choix surprenant. Un an plus tôt, le nouveau joyau de Schalke 04 était sacré champion d'Europe des moins de 19 ans aux côtés de Kylian Mbappé en Équipe de France. Il faut dire que pas mal de choses ont changé dans la vie de Harit au cours des douze derniers mois. Transféré à Schalke 04 contre 10 millions d'euros après une première saison convaincante en Ligue 1 du côté du FC Nantes, le natif de Pontoise, dans le bassin parisien, a tout de suite éclaboussé de sa classe la Bundesliga et largement participé à la deuxième place finale des hommes de Domenico Tedesco. Un pied droit magique, des changements de rythme incessants, un bagage technique fantaisiste, Amine Harit dépose son CV comme on postule pour la gloire. Élu meilleur rookie de Bundesliga, sélectionné dans les 23 de Hervé Renard pour le Mondial, l'homme qui valait 25 millions d'euros rêve d'encore un peu plus faire grimper sa cote en Russie. À la tête de la sélection marocaine depuis février 2016, Hervé Renard disputera en Russie sa toute première Coupe du Monde à la tête d'une sélection. Âgé de 49 ans, il aime travailler avec des drones à l'entraînement. Renard is watching you... Le Maroc aborde son Mondial en pleine confiance. Sa dernière défaite en match officiel remonte au 10 juin 2017 contre le Cameroun. L'Iran est prévenu ! Attention, défense de fer ! Versé dans le dernier chapeau au moment du tirage au sort des groupes de qualification de la zone Afrique pour le Mondial, le Maroc a réussi l'exploit de valider son billet pour la Russie sans encaisser le moindre but dans un groupe pourtant relevé qui comprenait la Côte d'Ivoire, le Mali et le Gabon. Les Lions de l'Atlas n'ont remporté qu'une seule fois la CAN, c'était en 1976. Ce n'est pas beaucoup mieux au niveau mondial puisque le Maroc ne disputera en Russie que le 5e Mondial de son histoire, 20 ans après sa dernière apparition.