Pourquoi Slavoljub Muslin est-il une telle personnalité ? L'ancien international yougoslave a fait fureur à l'Etoile Rouge de Belgrade puis, devenu entraîneur, en France, où il a mené Bordeaux au titre. La saison dernière, en l'espace de sept mois, Muslin a fait impression à Lokeren, avant d'accepter le plantureux contrat du Lokomotiv Moscou.
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Pourquoi Slavoljub Muslin est-il une telle personnalité ? L'ancien international yougoslave a fait fureur à l'Etoile Rouge de Belgrade puis, devenu entraîneur, en France, où il a mené Bordeaux au titre. La saison dernière, en l'espace de sept mois, Muslin a fait impression à Lokeren, avant d'accepter le plantureux contrat du Lokomotiv Moscou. Roger Lambrecht, qui n'est généralement pas un président facile, ne lui ménageait pas ses éloges, comme la presse belge. Pourtant, Muslin n'a pas obtenu de résultats vraiment marquants en Belgique. Sa philosophie du football n'avait rien de particulier non plus. Mais voilà : Slavo Muslin est affable, ambitieux et exigeant, toujours disponible à l'égard de la presse et de ses joueurs. Un professionnel accompli. C'est exactement ce qu'on dit de MarkoMuslin, son fils de 23 ans. Il se bat pour une place de titulaire au Lierse, un combat qu'il a déjà mené à l'Etoile Rouge, à Monaco et à Willem II. Sans succès. Il n'a pas davantage réussi à se faire un prénom. Il s'est incliné : il restera à jamais le fils de. " Je ne me fais pas d'illusions. Que je signe à Monaco, à Tilburg ou au Lierse, on dira toujours que je joue grâce à mon père ". Marko revient sur ses débuts footballistiques. " Mon père ne m'a jamais forcé à jouer au football. Mes parents estimaient important que je m'adonne à un sport, peu importe lequel. J'ai un frère aîné, Luka (26 ans), qui a préféré étudier et vit maintenant à New York. J'ai effectué mes premiers dribbles à Pau, quand mon père entraînait ce club. Nous avons ensuite déménagé à Nice, la ville à laquelle je me sens toujours le plus lié. Nous y possédons une villa depuis des années et la plupart de mes amis y vivent. Un moment donné, mon père a entraîné le Raja Casablanca mais je suis resté à Nice. Je devais achever mes études. A son retour du Maroc, nous sommes partis tous ensemble à Belgrade, où il a dirigé l'Etoile Rouge. C'était en 2002. J'avais 17 ans et je jouais pour un club satellite de D2 tout en m'entraînant avec le noyau A de l'Etoile Rouge. C'est la première et la dernière fois que mon père et moi avons travaillé ensemble. Ce n'était pas une situation facile, pour lui comme pour moi. Il m'a rendu la vie dure car il voulait à tout prix prouver aux autres qu'il ne me favorisait pas. Mais garder l'église au milieu du village n'était pas évident pour lui non plus. Après l'entraînement, souvent, nous discutions football pendant des heures. Il me donnait beaucoup de conseils. Il était dur mais il pouvait faire des compliments quand il le fallait. On retrouve sa main dans le footballeur que je suis devenu. Nous avons la même vision du football. Nous aimons un jeu soigné, avec beaucoup de changements de flancs et de pression sur le porteur du ballon. J'ai visionné des cassettes de mon père quand il jouait, puisque je ne l'ai jamais vu en direct, et je remarque que nous avons le même style de jeu. Il était également médian défensif et misait surtout sur son sens tactique. Pour développer notre football, il faut s'appuyer sur un bon physique. C'est inné chez moi. J'étais toujours parmi les meilleurs lors des tests physiques pratiqués par l'Etoile Rouge. Je suivais scrupuleusement le programme que mon père m'établissait pour la trêve. Il m'arrivait de sortir avec mes copains. Il ne me l'a jamais interdit. J'étais suffisamment ambitieux pour rester raisonnable. La formation était très stricte à l'Etoile Rouge. C'est logique car c'est l'équipe à battre, semaine après semaine. J'étais très fier de pouvoir m'entraîner avec le noyau A tout en me sentant investi d'une énorme responsabilité car mon père y était considéré comme un symbole ". " En 2004, mon père est parti en Bulgarie. Je suis retourné en France, ne voulant pas rester seul à Belgrade. Après un essai, l'AS Monaco m'a offert mon premier contrat professionnel. Mon père n'avait rien à voir là-dedans, il n'a jamais joué dans ce club, ne l'a pas entraîné. Signer à Nice paraissait plus évident puisque j'y avais été formé mais je voulais viser plus haut, donner une autre tournure à ma vie. J'ai joué un an en Réserve, comme défenseur central. Ce fut une bonne saison. Didier Deschamps m'a repris dans le noyau A. Je suis fier que ce soit un homme de son calibre qui m'ait proposé mon premier contrat. Il m'a beaucoup appris, d'autant qu'au fil du temps, j'ai glissé au poste de médian défensif, la position que Deschamps avait toujours occupée. Il axait ses séances sur la tactique, presque toujours sous forme de matches. Je regrette qu'il ait dû partir trois mois plus tard. Francesco Guidolin m'a sélectionné de plus en plus souvent dans son groupe. Même si je n'ai pris place sur le banc qu'à six reprises, j'ai senti qu'il me faisait confiance. Après tout, j'avais à peine 20 ans, j'étais encore bien jeune pour occuper un poste aussi important. Je m'entraînais quotidiennement avec de grands noms : Emmanuel Adebayor, Olivier Kapo, Shabani Nonda. Après cette première saison enrichissante, entre la Réserve et le noyau A, j'ai eu envie de jouer davantage. Je savais que j'avais peu de chances d'y parvenir à Monaco, compte tenu des vedettes qui briguaient le poste de milieu défensif. J'étais convaincu que je pourrais quand même entrer au jeu de temps en temps mais je voulais conquérir une place de titulaire au sein d'une équipe de D1. J'ai donc demandé à être loué ". " Je souhaitais un club qui me veuille vraiment, pour être fort. Je suis resté cinq mois aux Pays-Bas. Pendant la trêve hivernale, Willem II a joué un match amical à Monaco et en a profité pour demander si l'AS n'avait pas des joueurs en trop. Il a envoyé des émissaires aux matches de la Réserve monégasque à plusieurs reprises, pour me visionner. Je n'étais pas au courant de l'intérêt de Willem II et je négociais avec quelques clubs français de D2. Il a également été question de Lokeren, que mon père entraînait alors, mais cela n'aurait pas été une bonne chose, pour aucun de nous deux. Finalement, Willem II a fait une proposition concrète. Je n'en savais pas grand-chose mais c'était un club de D1 qui me voulait. J'ai donc accepté. J'ai été très déçu de ne jouer que six matches. La saison passée a été une des périodes les plus difficiles de ma vie. Je vivais seul à Tilburg, je ne maîtrisais pas le néerlandais, je voyais rarement ma famille et par-dessus le marché, je ne jouais presque pas. J'y étais malheureux mais cette expérience m'a endurci. Je sais désormais comment gérer une telle situation. Je ne comprends quand même pas pourquoi je n'étais pas titulaire. J'ai bien joué mes trois premiers matches puis j'ai disparu de l'équipe sans la moindre explication. Je le regrette : si on m'avait donné un motif, j'aurais pu travailler pour pallier la lacune reprochée. Je pense plutôt que des aspects extra sportifs ont joué un rôle mais je préfère ne pas m'attarder là-dessus ". Marko Muslin a commencé la saison sur le banc, au Lierse, mais le médian, qui possède la double nationalité française et yougoslave, a conquis sa place suite à son entrée au jeu contre Genk. " J'ai enfin le sentiment d'être un footballeur professionnel accompli ", rayonne-t-il. " Mon père m'a raconté que le Lierse avait eu des problèmes la saison passée mais qu'il disposait maintenant d'une nouvelle structure très saine. Il pense que je suis en mesure de progresser au sein de ce club et de ce championnat. Quant à ma mère, elle passe désormais sa vie entre Moscou, Lierre et New York. C'est une vie spéciale mais elle n'a pas eu raison de nos liens familiaux. Je tiens à ce que ma mère assiste à mes matches. La carrière de ses hommes la passionne. Elle me donne même des conseils en football ". (Il sourit). MATTHIAS STOCKMANS