Par Marco Timmer (Voetbal International)
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Par Marco Timmer (Voetbal International)Mark van Bommel est un homme heureux. Lors de sa première journée de travail à Wolfsburg, l'entraîneur est sur le terrain, au milieu de ses joueurs. Il donne cours. Ce qu'il adore. Il gesticule, à son habitude. Le reste du staff est au bord du terrain. Il pleut et le temps est automnal, avec à peine quatorze degrés, mais il s'en moque. Un an et demi après son renvoi du PSV, Van Bommel est à nouveau entraîneur. Le terrain est divisé en compartiments et jonché de cônes. Van Bommel ne cesse de donner des consignes. Durant le petit match qu'il a organisé, il s'agit de mettre la pression et de s'infiltrer via l'axe. Les joueurs doivent se livrer à fond. Ils sont enchantés de travailler avec l'ancien du PSV, de Barcelone, du Bayern et de l'AC Milan. Quand Van Bommel interrompt le jeu et explique ce qu'il veut, ses hommes l'écoutent attentivement et suivent ses ordres à la lettre. L'entraîneur est aux anges. Van Bommel aime convaincre ses joueurs de sa philosophie et rendre celle-ci applicable sur le terrain. S'il y parvient, les supporters des Wölfe assisteront à un football offensif, agressif et attrayant cette saison. C'est ce que nous explique en tout cas un Van Bommel très décontracté durant l'interview. Tu n'as pas entraîné de club pendant un an et demi. Pourquoi as-tu accepté de rejoindre Wolfsburg? MARK VAN BOMMEL: J'ai pris un risque considérable en refusant une série de clubs de différents pays. J'aurais tout aussi bien pu me retrouver les mains vides, mais je ne sentais pas ces clubs. Après le PSV, je voulais absolument faire un bon choix. Si j'ai eu un sentiment positif d'emblée à Wolfsburg, c'est grâce à mes entretiens avec le directeur technique Marcel Schäfer et le directeur général Jörg Schmadtke. J'ai immédiatement dit à ma femme que ça pouvait devenir une belle histoire. Wolfsburg travaille avec une vision très claire, qui me convient parfaitement. Pour commencer, tout est très bien organisé. J'aime ça. De ce point de vue, je suis un peu Allemand. Je pense être le bon homme à la bonne place. Quels objectifs t'a-t-on assignés? VAN BOMMEL: Wolfsburg veut être européen chaque année et de préférence disputer la Champions League. Le club veut également progresser. Moi, je veux que les supporters puissent enfin dire: "C'est le football de Mark van Bommel." Agressif, offensif et attrayant, à partir d'idées claires. J'ai obtenu un crédit de temps. Le club est en plein développement et la patience est de mise. La patience a ses limites en Bundesliga aussi. VAN BOMMEL: Naturellement. Mais un club doit avoir une vision. C'est la base à partir de laquelle je peux travailler. Il faut que les résultats suivent, mais on regarde plus loin que le classement. Si on lutte contre la relégation, ce sera une autre paire de manches, évidemment. Il y a toujours de la pression en Bundesliga, mais le fait que le club se soit adressé à moi alors que j'ai été limogé et que je suis resté sans emploi pendant un an et demi en dit long. Il y a vraiment une vision. Qu'as-tu fait pendant ces 18 mois de chômage? VAN BOMMEL: Il n'est jamais agréable d'être limogé. Il faut du temps pour tout recadrer, mais il s'est quand même passé de très belles choses pendant ce laps de temps et parfois, je suis heureux d'avoir été renvoyé. Quand on met un terme à sa carrière de joueur, on tombe dans un trou noir. On ne sait vraiment pas quoi faire. On se dit: "À dix heures, je vais courir." Puis quelqu'un arrive et avant qu'on s'en rende compte, il est midi et on reporte la séance au lendemain. Il n'y a plus de structure. Quand le PSV m'a limogé, j'ai eu cette impression aussi, mais elle est rapidement passée et j'ai fait des choses que je n'avais encore jamais faites. Comme quoi? VAN BOMMEL: Bon, c'était en pleine pandémie... J'ai fait du vélo, j'ai joué au padel avec mes enfants et je me suis mis au golf. Joueur et entraîneur, je me suis toujours consacré au seul football. Là, je pouvais faire ce que je voulais. En tenant compte de la maison, évidemment, et d'Ibra, mon chien, que je devais sortir. Était-ce aussi un moyen de te vider la tête? VAN BOMMEL: C'est allé assez rapidement. On ne pense à rien d'autre quand on joue au golf. Après mon renvoi et jusqu'au début de la pandémie, on a beaucoup parlé de moi, mais je ne m'en suis pas occupé. Ensuite, le Covid nous a confinés à la maison. On a passé énormément de temps ensemble durant cette première période. C'est moi qui faisais les courses. Maintenant, je sais exactement où tout se trouve, ce que ça coûte et où se trouvent les articles en promotion. Quand le magasin changeait quelque chose de place, les employés me le disaient: "Mark, le lait se trouve là, maintenant". Tu avais assez de distractions? VAN BOMMEL: J'ai pris mes distances par rapport au football, tout en regardant beaucoup de matches et en parlant avec beaucoup de gens du milieu. Je me suis rendu à Bâle, où j'ai parlé pendant cinq heures avec Ottmar Hitzfeld. J'ai également discuté avec Jupp Heynckes, son adjoint Peter Hermann, Willem van Hanegem, Ronald de Boer, Dick Advocaat, Bert van Marwijk, mon beau-père, évidemment, et beaucoup d'autres. Pourquoi? VAN BOMMEL: Parce que j'avais le temps, tout simplement. Et pour parler de football, de leur expérience, de ce qu'il se passe autour d'un club, comment c'était avant et maintenant. Auparavant, il n'y avait qu'un adjoint, un responsable du matériel et un kiné. Les staffs actuels sont très larges. Comment s'organise-t-on, comment gère-t-on ce groupe, quel est le rôle de la presse? On a aussi parlé des choses de la vie. Comment on a collaboré, ce qu'ils pensaient de moi et vice versa. C'était très agréable et très instructif. Qu'est-ce qui a été le plus instructif? VAN BOMMEL: Ils ont vécu les mêmes expériences que moi durant leur carrière dans de grands clubs. Ce qui m'est arrivé leur était familier. On est toujours limogé, tôt ou tard. C'est très stressant et un club ou une équipe sont toujours sous pression. Même quand on s'y sent bien et qu'on gagne. Il ne faut pas se laisser décontenancer, mais persévérer. Ce qu'ils m'ont raconté m'a conforté dans le sentiment d'avoir bien travaillé avec mes joueurs. Joueur, tu avais énormément d'influence. Un entraîneur n'en a pas toujours et doit parfois lâcher prise. Est-ce ça qui a causé ta perte au PSV? VAN BOMMEL: Non, je ne l'ai pas vécu comme ça. Certaines personnes l'ont déclaré et ont créé cette perception, mais je ne dis pas quand le médecin doit venir ni quel traitement il doit dispenser. Je pose des questions, en revanche, et si on ne parvient pas à me convaincre de l'utilité d'un acte, je ne pose même plus de questions. Te reproches-tu quelque chose, dans la tourmente qui a accompagné ton limogeage? VAN BOMMEL: Non, on ne m'a jamais entendu. J'ai changé de numéro de téléphone et je n'ai réagi à rien. Mon renvoi a fait couler beaucoup d'encre, mais on a avancé beaucoup de choses sans preuve. Je dois l'accepter, aussi injuste cela soit-il. J'ai un nom dans le football et on parle beaucoup de moi, en bien ou en mal. C'est ton destin? VAN BOMMEL: Oui et il ne changera jamais. En ce qui me concerne, tout est blanc ou noir, jamais gris. C'était déjà comme ça quand je jouais et ça l'est resté. Prêtes-y attention lors du premier match. On ne parlera pas de ce que Wolfsburg a fait, mais du fait que Mark van Bommel a gagné ou perdu. Ressens-tu une pression supplémentaire à Wolfsburg, la nécessité de prester, pour faire oublier ton limogeage du PSV? VAN BOMMEL: Non, pas du tout. D'ailleurs, même si je ne réussis pas ici, ma carrière ne sera pas achevée pour autant. Si je souffrais de la pression, je ne devrais même pas accepter de nouveau poste. Est-ce cette pression qui t'a le plus manqué pendant un an et demi sans football? VAN BOMMEL: Oui. La pression est une drogue. C'est le plus bel aspect du football. On sait qu'on est constamment filmé, on veut quand même avoir le ballon, marquer, gagner le match, faire progresser les joueurs et faire jouer l'équipe comme on le veut. Jour après jour. C'est ce qui est le plus chouette et ça m'a certainement manqué. Tu es convaincu de tes qualités d'entraîneur. N'est-ce pas un piège? VAN BOMMEL: Non, je n'en suis pas convaincu, j'en ai eu la confirmation au PSV. Je dispense beaucoup d'exercices pour travailler ce que je veux voir en match. Le tout est d'imaginer la manière d'entraîner certains aspects. On ne voyait ces exercices nulle part ailleurs, mais maintenant, les équipes de jeunes du PSV les utilisent. Je sais que quand les joueurs exécutent bien ce que je leur demande, on n'a pas l'impression que c'est bien compliqué. Au PSV, l'équipe a maîtrisé mon style très vite, la première saison. Le métier d'entraîneur ne se limite pas à la tactique ni au style de jeu. Tu dois également faire preuve de souplesse. Un peu de diplomatie à la Guus Hiddink ne fait pas de tort. VAN BOMMEL: C'est une discussion intéressante. Le métier d'entraîneur comporte de nombreux aspects. Mais il y a des choses qui ne s'apprennent pas. On les a ou on ne les a pas. Imaginer des exercices, convaincre les joueurs, installer son style de jeu, gérer les joueurs, contrôler le vestiaire, savoir comment se sentent les joueurs à certains moments... Et là, je me suis convaincu moi-même. On peut apprendre tout le reste: la gestion du staff et des gens qui travaillent dans un club, par exemple.Tu dois encore l'apprendre? VAN BOMMEL: Je ne dis pas que c'était mauvais, mais j'aurais dû disposer de personnes qui me déchargent de certaines tâches. Non que la situation ait dégénéré à cause de ça, car je n'ai eu de dispute réelle avec personne, mais quand j'ai des questions, je veux des réponses argumentées. C'est pour ça que j'aime tant travailler en Allemagne. Je sais que tout y est parfaitement réglé et que je ne dois pas m'occuper de tout ça. C'est mon point faible, je ne le nie pas. Je le savais avant de signer au PSV, mais je n'ai pas obtenu la personne que je souhaitais pour ces tâches. C'est un constat, pas un reproche. La part de Guus Hiddink ou de Leo Beenhakker dont tu parles me fait défaut. Il me faut quelqu'un pour s'en occuper. Mais j'apprends. J'en ai eu la confirmation dans les entretiens que j'ai menés. Deviendras-tu un grand entraîneur quand tu maîtriseras ces aspects? VAN BOMMEL: C'est l'objectif, en tout cas. Je pense pouvoir créer moi-même les conditions requises pour le devenir, même si je dépends de la qualité de mes joueurs, de certains détails et des moments-clés des matches. Vas-tu enrôler des joueurs du PSV? VAN BOMMEL: On ne sait jamais. Il faut que toutes les pièces s'emboîtent. Tu parles évidemment de Mo Ihattaren. J'ai un faible pour lui. Mo est top. Je l'ai intégré aux U19 quand il avait quinze ans, puis en équipe A. Mo est un grand joueur, qui peut rapporter beaucoup d'argent. Le fait que nous soyons tous les deux dans le portefeuille de Mino Raiola ne veut pas dire que je vais le transférer. On verra bien. Reviendras-tu un jour au PSV au poste d'entraîneur? VAN BOMMEL: Pourquoi pas? Mais ça va prendre un certain temps. Tout est possible en football. On ne peut jamais rien exclure.