On discute le coup avec Zinho Gano en mai. De sa saison à Ostende, surtout. De son avenir, aussi. On comprend vite son ressenti, surtout que la perche (193 cm) n'a pas l'habitude de parler pour ne rien dire. Sur le terrain, cet attaquant fonce droit devant. A l'interview, c'est un peu la même chose.

Et donc, il nous explique que " depuis le départ de Marc Coucke, on se retrouve avec plein de points d'interrogation ", que " c'est lourd à vivre ", que " tout le monde est déjà un peu en vacances et c'est illogique ", que dans ce club " il y a des groupuscules, pas un groupe ".

Il y a aussi cette punchline, comme une conclusion à ce qu'il vit depuis près d'un an : " Je vais partir, ça c'est déjà sûr. Ostende ne veut pas me conserver et je n'ai pas l'intention de rester, donc mon départ sera une situation de win-win. "

Son calvaire est aujourd'hui terminé. Zinho Gano a été dragué par le Standard, il était sur le point de signer là-bas, puis il s'est ravisé au tout dernier moment et il a choisi de se poser à Genk. Tout le monde est content ? En tout cas, on comprend qu'il ne laissera pas des souvenirs pour la vie au littoral.

" Je ne l'ai connu que pendant deux mois, mais dès les premiers jours, j'ai senti qu'il n'était pas content ici ", dit Hugo Broos, désigné directeur sportif du club au début du mois de mars. " Il faut dire qu'il n'a pas fait une très grosse saison non plus... "

Sur un plan purement comptable, c'est mitigé : 11 buts en 34 matches avec une équipe qui n'a pas arrêté d'être à la ramasse, il y a pire. Mais lui, à côté de ses statistiques moyennes, il retient d'autres choses qui n'ont pas marché.

" Normalement, une équipe comme Ostende doit aborder des play-offs 2 avec une étiquette de favorite, mais on s'est retrouvés presque tout en bas. Ce n'est pas normal. J'avais quitté Waasland Beveren après quelques matches de championnat parce qu'on m'avait détaillé un projet ambitieux. Si Nicolas Lombaerts a signé à Ostende, c'est pour les mêmes raisons. On a vu le résultat final. "

Pas faits l'un pour l'autre

Il s'était taillé de Beveren après trois matches et quatre buts. Il était l'attaquant hot du moment. Ostende était le cancre du même moment. Tout ça avait joué. Sur le prix du transfert : près de deux millions et demi. Gano ne le savait pas, à l'époque, mais cette dépense allait le poursuivre pendant toute la saison.

" Quand je suis arrivé, je me suis renseigné sur les salaires des joueurs ", explique Hugo Broos. " J'ai été fort surpris ! Je ne vais pas mentir : si on a collaboré au départ de Gano, il y a des raisons financières. Un club comme Ostende, avec ou sans Marc Coucke, n'est pas fait pour attirer des joueurs comme Gano, Silvio Proto et Nicolas Lombaerts.

Coucke peut toujours faire des exploits avec son argent mais Ostende reste Ostende. L'équipe avait très mal commencé, ça a été la panique ici, les décideurs du club ont estimé qu'il leur fallait très vite un attaquant confirmé, Waasland Beveren en a profité. "

Alors qu'Ostende n'avait jamais déboursé autant pour un joueur entrant, le club du Pays des Waes en a profité pour réaliser l'opération sortante la plus lucrative de son existence. Le record, qui était la vente de Renaud Emond au Standard, a été pulvérisé.

Mais pourquoi le plan Zinho Gano n'a jamais marché ? On a rapidement eu l'impression qu'ils n'étaient pas faits l'un pour l'autre. " Dès le mois d'août, j'ai senti qu'on ne formait pas une vraie équipe ", nous dit le joueur. " La crise sportive a continué après son arrivée.

" Quand tu commences ton championnat en prenant deux points sur vingt-quatre, ça ne peut pas aller, ça ne peut qu'avoir des répercussions négatives sur l'ambiance. Après ça, on s'est un peu redressés au niveau des résultats mais je n'ai jamais vraiment senti un changement d'atmosphère. "

Forcément, on en attend plus d'un footballeur qui a coûté cher en transfert et qui coûte forcément bonbon à l'entretien. " La relation de Zinho Gano avec les supporters n'était pas bonne ", entonne Broos. " Ça n'a rien arrangé. Il y avait aussi le fait qu'il avait commencé la saison en boulet de canon avec Waasland Beveren, ça mettait encore un peu plus d'attentes.

Il n'a pas réussi à marquer directement avec Ostende, les supporters n'ont pas tardé à le critiquer pour ça. Et en fin de saison, quand il rentrait en cours de match, il fallait entendre les réactions dans les tribunes. Ce n'était vraiment pas positif. Ici, les gens ne voulaient plus le voir. "

" Il n'avait plus le feu "

Le patron sportif du KVO trouve des circonstances tactiques atténuantes à son ancien attaquant. " Il a besoin de bons joueurs sur les flancs pour être alimenté, il a besoin de ballons qui viennent devant le but. On n'avait pas de vrais ailiers, capables de lui expédier des centres calibrés. Ça a joué contre lui. "

Plus les semaines sans marquer passaient, plus sa relation avec Adnan Custovic se détériorait. Ça a débouché sur une mise à l'écart pure et simple pour deux matches, fin octobre / début novembre. Il s'était plaint de son temps de jeu, le coach l'avait mal pris et avait répliqué publiquement : " Personne n'est plus important que l'équipe. "

En décembre, Ghano s'est emparé du ballon sur un penalty contre Charleroi et il l'a raté. Custovic a signalé ce soir-là qu'il ne figurait même pas sur la liste des tireurs, Ghano s'est excusé devant tout le groupe, mais le ver était encore un peu plus loin dans le fruit.

Quand on a interviewé le joueur en fin de saison, on a bien compris que le mal était profond, que la relation entre les deux hommes était détestable : " Entre Custovic et moi, on ne peut pas dire que ça se soit toujours bien passé. Parfois, ça a même été très compliqué. Donc, permets-moi de ne pas trop m'exprimer publiquement sur son cas. "

" Il a su bien avant la fin des play-offs 2 que Custovic ne resterait pas, donc ce n'est pas la question de l'entraîneur qui devait l'inciter à partir ", nous dit Broos. " Il y avait plusieurs autres explications. Je pense qu'en janvier, il avait déjà pris la décision de quitter Ostende. Tu voyais ça dans la façon dont il se comportait au quotidien.

Je ne dis pas qu'il ne s'entraînait pas bien mais j'avais l'impression qu'il ne se sentait plus vraiment concerné. Ostende ne l'intéressait plus trop. C'était frappant dans les exercices de finition devant le but. Il n'avait plus le feu, ce n'était plus le tueur qu'on avait connu à Beveren. Le plus surprenant pour moi, c'est qu'il n'a jamais été capable de faire pour Ostende ce qu'il avait fait là-bas.

Quand on a eu une longue discussion, peu de temps après mon arrivée, je lui ai surtout parlé de ça. Il était bien d'accord avec moi et c'était, pour lui, un autre argument qui l'encourageait à partir. Il aurait pu s'asseoir sagement sur son salaire, privilégier l'aspect financier. Il ne l'a pas fait, c'est respectable. "

Le salaire ostendais de Gano n'a jamais filtré mais Hugo Broos lui a dit : " Si tu pars, avec le budget consacré à ton salaire et à celui de Lombaerts, je pourrais entretenir cinq joueurs. " A Genk, il retrouve Philippe Clement qui l'a coaché lors des trois premiers matches de la saison passée à Waasland Beveren. Pour rappel, Zinho Gano avait marqué quatre buts.

Le saviez-vous ? Non, sans doute pas...

Le père de Zinho Gano provient de Guinée-Bissau, il est musicien.

Après la séparation de ses parents, quand il avait trois ans, il a été élevé par ses grands-parents. Son père est rentré en Afrique. Zinho ne sait pas exactement combien de soeurs, frères, demi-soeurs et demi-frères il a - il estime le nombre à sept ou huit.

Ses modèles étaient le Brésilien Ronaldo et Didier Drogba.

Chez les jeunes, il a passé trois ans au Lierse et son compère d'attaque était Romelu Lukaku. Ensemble, ils ont marqué jusqu'à 150 buts sur une même saison. Il a quitté le Lierse lorsque le club a été explosé par l'affaire Ye.

Son bilan pro au Club Bruges, où il est resté de 2009 à 2013, est de deux présences sur le banc. La première avec Adrie Koster, la seconde avec Christoph Daum.

Il a travaillé avec deux entraîneurs spécifiques qui ont illuminé notre championnat : ErwinVandenbergh à Westerlo, Kenneth Brylle à Bruges.

Son premier but en D1 remonte à avril 2015 avec Mouscron en PO2. Ce jour-là, il a scoré trois fois. Mais il ne garde pas un bon souvenir de son aventure mouscronnoise. Il a vite compris qu'il avait été loué, avec deux autres joueurs de Bruges, pour atteindre le quota de joueurs belges sur la feuille de match.

Sur l'ensemble de la phase classique, il a joué à peine plus que l'équivalent de deux matches complets. " Quand je suis arrivé au premier entraînement, Rachid Chihab, l'entraîneur, m'a demandé : Tu t'appelles comment ? Tu joues à quelle place ? J'avais compris. "

Genk a payé environ 1,8 million pour l'arracher à Ostende, qui pourrait recevoir un demi-million supplémentaire s'il est revendu avec une plus-value. Cela permettrait tout juste au club côtier de récupérer son investissement de 2017.

A Genk, Zinho Gano retrouve l'entraîneur qui l'a eu sous ses ordres à Waasland Beveren : Philippe Clement., belgaimage
A Genk, Zinho Gano retrouve l'entraîneur qui l'a eu sous ses ordres à Waasland Beveren : Philippe Clement. © belgaimage
On discute le coup avec Zinho Gano en mai. De sa saison à Ostende, surtout. De son avenir, aussi. On comprend vite son ressenti, surtout que la perche (193 cm) n'a pas l'habitude de parler pour ne rien dire. Sur le terrain, cet attaquant fonce droit devant. A l'interview, c'est un peu la même chose. Et donc, il nous explique que " depuis le départ de Marc Coucke, on se retrouve avec plein de points d'interrogation ", que " c'est lourd à vivre ", que " tout le monde est déjà un peu en vacances et c'est illogique ", que dans ce club " il y a des groupuscules, pas un groupe ". Il y a aussi cette punchline, comme une conclusion à ce qu'il vit depuis près d'un an : " Je vais partir, ça c'est déjà sûr. Ostende ne veut pas me conserver et je n'ai pas l'intention de rester, donc mon départ sera une situation de win-win. " Son calvaire est aujourd'hui terminé. Zinho Gano a été dragué par le Standard, il était sur le point de signer là-bas, puis il s'est ravisé au tout dernier moment et il a choisi de se poser à Genk. Tout le monde est content ? En tout cas, on comprend qu'il ne laissera pas des souvenirs pour la vie au littoral. " Je ne l'ai connu que pendant deux mois, mais dès les premiers jours, j'ai senti qu'il n'était pas content ici ", dit Hugo Broos, désigné directeur sportif du club au début du mois de mars. " Il faut dire qu'il n'a pas fait une très grosse saison non plus... " Sur un plan purement comptable, c'est mitigé : 11 buts en 34 matches avec une équipe qui n'a pas arrêté d'être à la ramasse, il y a pire. Mais lui, à côté de ses statistiques moyennes, il retient d'autres choses qui n'ont pas marché. " Normalement, une équipe comme Ostende doit aborder des play-offs 2 avec une étiquette de favorite, mais on s'est retrouvés presque tout en bas. Ce n'est pas normal. J'avais quitté Waasland Beveren après quelques matches de championnat parce qu'on m'avait détaillé un projet ambitieux. Si Nicolas Lombaerts a signé à Ostende, c'est pour les mêmes raisons. On a vu le résultat final. " Il s'était taillé de Beveren après trois matches et quatre buts. Il était l'attaquant hot du moment. Ostende était le cancre du même moment. Tout ça avait joué. Sur le prix du transfert : près de deux millions et demi. Gano ne le savait pas, à l'époque, mais cette dépense allait le poursuivre pendant toute la saison. " Quand je suis arrivé, je me suis renseigné sur les salaires des joueurs ", explique Hugo Broos. " J'ai été fort surpris ! Je ne vais pas mentir : si on a collaboré au départ de Gano, il y a des raisons financières. Un club comme Ostende, avec ou sans Marc Coucke, n'est pas fait pour attirer des joueurs comme Gano, Silvio Proto et Nicolas Lombaerts. Coucke peut toujours faire des exploits avec son argent mais Ostende reste Ostende. L'équipe avait très mal commencé, ça a été la panique ici, les décideurs du club ont estimé qu'il leur fallait très vite un attaquant confirmé, Waasland Beveren en a profité. " Alors qu'Ostende n'avait jamais déboursé autant pour un joueur entrant, le club du Pays des Waes en a profité pour réaliser l'opération sortante la plus lucrative de son existence. Le record, qui était la vente de Renaud Emond au Standard, a été pulvérisé. Mais pourquoi le plan Zinho Gano n'a jamais marché ? On a rapidement eu l'impression qu'ils n'étaient pas faits l'un pour l'autre. " Dès le mois d'août, j'ai senti qu'on ne formait pas une vraie équipe ", nous dit le joueur. " La crise sportive a continué après son arrivée. " Quand tu commences ton championnat en prenant deux points sur vingt-quatre, ça ne peut pas aller, ça ne peut qu'avoir des répercussions négatives sur l'ambiance. Après ça, on s'est un peu redressés au niveau des résultats mais je n'ai jamais vraiment senti un changement d'atmosphère. " Forcément, on en attend plus d'un footballeur qui a coûté cher en transfert et qui coûte forcément bonbon à l'entretien. " La relation de Zinho Gano avec les supporters n'était pas bonne ", entonne Broos. " Ça n'a rien arrangé. Il y avait aussi le fait qu'il avait commencé la saison en boulet de canon avec Waasland Beveren, ça mettait encore un peu plus d'attentes. Il n'a pas réussi à marquer directement avec Ostende, les supporters n'ont pas tardé à le critiquer pour ça. Et en fin de saison, quand il rentrait en cours de match, il fallait entendre les réactions dans les tribunes. Ce n'était vraiment pas positif. Ici, les gens ne voulaient plus le voir. " Le patron sportif du KVO trouve des circonstances tactiques atténuantes à son ancien attaquant. " Il a besoin de bons joueurs sur les flancs pour être alimenté, il a besoin de ballons qui viennent devant le but. On n'avait pas de vrais ailiers, capables de lui expédier des centres calibrés. Ça a joué contre lui. " Plus les semaines sans marquer passaient, plus sa relation avec Adnan Custovic se détériorait. Ça a débouché sur une mise à l'écart pure et simple pour deux matches, fin octobre / début novembre. Il s'était plaint de son temps de jeu, le coach l'avait mal pris et avait répliqué publiquement : " Personne n'est plus important que l'équipe. " En décembre, Ghano s'est emparé du ballon sur un penalty contre Charleroi et il l'a raté. Custovic a signalé ce soir-là qu'il ne figurait même pas sur la liste des tireurs, Ghano s'est excusé devant tout le groupe, mais le ver était encore un peu plus loin dans le fruit. Quand on a interviewé le joueur en fin de saison, on a bien compris que le mal était profond, que la relation entre les deux hommes était détestable : " Entre Custovic et moi, on ne peut pas dire que ça se soit toujours bien passé. Parfois, ça a même été très compliqué. Donc, permets-moi de ne pas trop m'exprimer publiquement sur son cas. " " Il a su bien avant la fin des play-offs 2 que Custovic ne resterait pas, donc ce n'est pas la question de l'entraîneur qui devait l'inciter à partir ", nous dit Broos. " Il y avait plusieurs autres explications. Je pense qu'en janvier, il avait déjà pris la décision de quitter Ostende. Tu voyais ça dans la façon dont il se comportait au quotidien. Je ne dis pas qu'il ne s'entraînait pas bien mais j'avais l'impression qu'il ne se sentait plus vraiment concerné. Ostende ne l'intéressait plus trop. C'était frappant dans les exercices de finition devant le but. Il n'avait plus le feu, ce n'était plus le tueur qu'on avait connu à Beveren. Le plus surprenant pour moi, c'est qu'il n'a jamais été capable de faire pour Ostende ce qu'il avait fait là-bas. Quand on a eu une longue discussion, peu de temps après mon arrivée, je lui ai surtout parlé de ça. Il était bien d'accord avec moi et c'était, pour lui, un autre argument qui l'encourageait à partir. Il aurait pu s'asseoir sagement sur son salaire, privilégier l'aspect financier. Il ne l'a pas fait, c'est respectable. " Le salaire ostendais de Gano n'a jamais filtré mais Hugo Broos lui a dit : " Si tu pars, avec le budget consacré à ton salaire et à celui de Lombaerts, je pourrais entretenir cinq joueurs. " A Genk, il retrouve Philippe Clement qui l'a coaché lors des trois premiers matches de la saison passée à Waasland Beveren. Pour rappel, Zinho Gano avait marqué quatre buts.