Il y a meilleur théâtre pour se faire remarquer. Marcus Ingvartsen attend huit joutes et une visite au Kehrweg pour enfin montrer signe de vie. Après une première banderille, inscrite en un temps, du plat de sa patte gauche, il égalise à un petit quart d'heure de la fin d'une somptueuse reprise du pied droit. La balle file dans les airs pour aller frapper la barre d'Hendrik Van Crombrugge, défait. 3-3 : Genk repart d'Eupen avec le point du partage. Mis à part un retour à force de caractère, la prestation des Limbourgeois n'a rien de très excitant.
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Il y a meilleur théâtre pour se faire remarquer. Marcus Ingvartsen attend huit joutes et une visite au Kehrweg pour enfin montrer signe de vie. Après une première banderille, inscrite en un temps, du plat de sa patte gauche, il égalise à un petit quart d'heure de la fin d'une somptueuse reprise du pied droit. La balle file dans les airs pour aller frapper la barre d'Hendrik Van Crombrugge, défait. 3-3 : Genk repart d'Eupen avec le point du partage. Mis à part un retour à force de caractère, la prestation des Limbourgeois n'a rien de très excitant. Elle permet au moins à son gamin danois, 21 ans, de se dépuceler sur les terres de l'Est. Un cadre pas vraiment idyllique, mais qui a le mérite d'agrémenter le décor de sa présentation. Depuis, Ingvarsten n'a retrouvé le chemin des filets qu'une seule fois, contre Mouscron, pour un bilan statistique de treize matches, dont neuf titularisations, et trois buts. Un poil pauvre. " Il progresse de match en match, ça se voit. Pour moi, il est encore dans une phase d'adaptation ", assure Dimitri De Condé, directeur technique de Genk. Pourtant, le Racing Genk aligne presque cinq millions pour s'attacher ses services, mi-juillet. Le KRCG, plutôt habitué à des achats calculés et des ventes boostées, se permet un " extra ", au vu de la bonne santé de ses caisses. " J'étais surpris ", dit l'international slovaque Stanislav Lobotka, qui côtoie l'attaquant de 2015 à 2017, à Nordsjaelland, et qui rallie, cet été, le Celta Vigo. " Il est encore jeune, mais je le voyais plutôt partir en Allemagne, dans une meilleure équipe et un meilleur championnat. " Mais c'est qu'en plus d'avoir de l'or dans les pieds, Marcus a du plomb dans la cervelle. Marcus Ingvartsen verse sa première larme à Farum, à une vingtaine de minutes de la capitale du Danemark, Copenhague. Logiquement, il effectue ses classes au Farum Boldklub d'abord, puis rejoint, à 16 ans, la grosse écurie du coin, le FC Nordsjaelland. Deux printemps plus tard, il connaît ses premières joies chez les pros. Il s'aguerrit la saison qui suit, avant d'être stoppé par une blessure au ménisque alors qu'il commence à s'installer dans le onze de base des Tigres sauvages. Jonathan Vervoort, produit de Neerpede, passé par Charleroi et le chômage, retrouve un emploi chez les Danois lors de l'exercice 2015/2016. Touché à un orteil, il ne joue que six minutes mais a le temps d'observer la détermination du petit prodige du cru. " Il était souvent blessé, mais il a bossé, beaucoup. Il avait cette envie de réussir, de rentrer sur le terrain pour gagner sa place. Dès que je voulais aller à la muscu pour travailler, il était déjà là, appliqué. " Véritable force de la nature, du haut de son mètre 87, Ingvartsen pousse la fonte jusqu'à atteindre ses objectifs. " J'ai vu des capacités de leader en lui. Il prenait déjà ses responsabilités et il jouait pour l'équipe ", poursuit Vervoort, actuellement au FCV Dender, en D1 amateurs. " Il n'est pas centré sur lui-même et c'est finalement assez rare, surtout pour un attaquant. " Parce que l'homme comprend le projet de son club : jouer bien, en équipe, et avec des jeunes du cru. Si Lobotka crève davantage l'écran, Emre Mor reste l'une des sensation de l'époque, puisqu'il ne lui suffit que d'une grosse douzaine de rencontres pour se retrouver à Dortmund. Lobotka : " Avec Marcus, on se comprenait bien, on avait une bonne relation sur et en dehors des terrains. Il voulait toujours jouer, il avait toujours envie de se battre pour l'équipe. " Ingvartsen ne respire pas l'air du commun des attaquants. Il sent le jeu, voit avant les autres. Il inspire, puis explose. " Il marquait presque à chaque match. Je savais qui si je lui mettais un bon ballon, il allait le mettre au fond. " La saison dernière est celle de sa révélation. Si Lobotka délivre cinq assists, Marcus Ingvartsen massacre les filets 23 fois et s'assoit sur le trône du meilleur buteur de Superligaen. " Il est simplement le parfait exemple du professionnel qui sort de notre formation. Il a toujours été très impliqué, jusqu'à ce qu'il parte ", se félicite Carsten Jensen, le patron sportif du Farum Park. Très tôt, les recruteurs abondent. Ceux du KRC Genk en pole position, dès octobre 2016. " Les matches sont très lents, très tactiques au Danemark ", analyse Dirk Schoofs, le chef du scouting genkois. " On voyait que Marcus avait les qualités intrinsèques qu'on recherchait, même si parfois, au premier tour, c'était difficile pour lui de se montrer. Avant janvier, on savait déjà que c'était le profil qu'on voulait, c'était clair. " Genk embraye et passe à la vitesse supérieure, au mercato hivernal. Nikos Karelis vient de laisser ses croisés en chemin et il faut un tueur du même calibre pour reprendre la route des PO1. Jensen : " Genk était le premier club à faire une offre concrète. Mais on ne voulait pas le laisser partir trop tôt, il était en train de réaliser une grande saison. On a continué à discuter avec Genk, mais ils n'étaient pas seuls... " Refroidis, les Limbourgeois se rabattent sur l'Espagnol Naranjo. Sauf que sur le second tour, Ingvartsen continue d'affoler les compteurs et les cellules de recrutement. Les scouts d'Arsenal, d'Everton, du Milan, de la Juve, de la Roma, de Nice, du Werder, de Francfort, de Mönchengladbach, mais aussi de Bruges et d'Anderlecht, se cachent derrière des grosses jumelles. " On a eu peur de ne jamais pouvoir l'attirer parce qu'il y avait beaucoup d'intérêts autour de lui ", rembobine De Condé. " Finalement, ça a joué qu'on soit là assez tôt. " L'EURO U21, qui fait escale en Pologne, constitue un tournant. Carsten Jensen, malin, joue la montre jusqu'à la compétition, synonyme d'une potentielle montée des enchères. Avant son coup d'envoi, le prix pour Ingvartsen est fixé à huit millions d'euros. Une somme qui calme quelques clubs, notamment du côté des Italiens. Schoofs et De Condé se rendent sur place. Le Danemark hérite de deux cadors, l'Italie et l'Allemagne, et s'incline à chaque fois. Amené à remplacer le prodige Kasper Dolberg, déjà réquisitionné par l'équipe A, Ingvartsen joue avec une douleur aux ischios et se montre à la peine, seul en pointe. Il marque seulement contre la République tchèque, dans les arrêts de jeu. Schoofs se frotte les mains. " Pour nous c'était bien, parce qu'il y avait beaucoup de monde sur lui. " Jensen converge : " S'il avait marqué quatre ou cinq buts à l'EURO, Genk n'aurait pas eu la moindre chance. " Deux semaines et demi après sa mauvaise performance avec sa sélection, Ingvartsen choisit la Luminus Arena pour nouveau terrain de jeu, théoriquement jusqu'en 2021. Il refuse au passage des ponts d'or vers la Russie, des autoroutes toutes tracés vers la Bundesliga et ne s'emballe pas pour le discours anderlechtois, qui conditionne son arrivée à un départ de Lukasz Teodorczyk. " J'étais surpris, mais ça montre qu'il a choisi le projet, pas l'argent ", remarque Jonathan Vervoort. De Condé se félicite d'avoir su trouver les bons mots. " Il a compris que Genk est un club qui peut lui permettre de franchir un palier. C'est un excellent tremplin pour les jeunes joueurs. Il pouvait aller partout, mais il a préféré nous rejoindre. Ça montre qu'il sait ce qu'il fait et où il va. " Il s'installe également dans un environnement propice, où évoluent des jeunes Scandinaves, comme Sander Berge, Jere Uronen ou Joakim Maehle, qui lui adresse d'ailleurs l'assist synonyme d'égalisation à Eupen. " Pour le moment, il doit encore apprendre. On n'a pas changé d'avis, c'est de lui dont on a besoin. On a regardé partout, même en Amérique du Sud... Marcus était le meilleur, celui qui se rapprochait le plus du profil qu'on recherchait pour le jeu qu'on veut mettre en place ", détaille Schoofs, comme pour justifier un transfert onéreux mais ambitieux. Si son rendement reste pauvre pour l'instant, le club ne peut pas lui reprocher son implication. Selon l'hebdomadaire danois Tipsbladet, Ingvartsen se coucherait à la mi-temps des matches de Ligue des Champions pour garder la forme. Un bon gamin. " Il a une bonne mentalité, c'est un vrai travailleur. Il est super professionnel même s'il exagère un peu parfois. Il ne se concentre que sur le foot ", souligne Dimitri De Condé, qui rappelle au passage que son protégé doit encore s'adapter. " La Jupiler Pro League est meilleure que le championnat danois. Il y a moins d'espaces et la plupart des équipes qui jouent contre nous sont défensives. Sa gêne au niveau des ischios pendant l'EURO U21 lui a aussi fait manquer une partie de la préparation. On aurait pu forcer, mais on a été intelligents. " Comme souvent. Si Nordsjaelland s'est garanti un certain pourcentage à la revente, Genk pourrait tripler son investissement si Marcus Ingvarsten venait à concrétiser tous les espoirs placés en lui. Mais De Condé le martèle, il n'y a " aucune pression ". Ou presque... " Pour nous, c'est un gros investissement. Le plus important, c'est que le joueur réussisse à évoluer. On a le temps. Je reste persuadé qu'il sera un jour le meilleur buteur du championnat, ici, en Belgique. " PAR NICOLAS TAIANA - PHOTOS BELGAIMAGEAnderlecht a songé à Marcus Ingvartsen pour remplacer Lukasz Teodorczyk.