Saint-Trond, un mardi matin de vacances de carnaval, ce n'est pas vraiment Time Square. Les rues sont désertes, les Trudonnaires se remettent doucement du week-end festif qui a précédé, comme en témoignent les confettis qui jonchent encore les trottoirs çà et là. Pourtant, pas question de grasse matinée pour Yannick Ferrera, le coach du STVV local, qui nous a donné rendez-vous dès huit heures au centre d'entraînement. Ponctuel, il débarque en compagnie de son adjoint irlandais Chris O'Loughlin.
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Saint-Trond, un mardi matin de vacances de carnaval, ce n'est pas vraiment Time Square. Les rues sont désertes, les Trudonnaires se remettent doucement du week-end festif qui a précédé, comme en témoignent les confettis qui jonchent encore les trottoirs çà et là. Pourtant, pas question de grasse matinée pour Yannick Ferrera, le coach du STVV local, qui nous a donné rendez-vous dès huit heures au centre d'entraînement. Ponctuel, il débarque en compagnie de son adjoint irlandais Chris O'Loughlin. La veille, l'équipe réserve a rencontré l'Antwerp, et plusieurs joueurs du noyau A étaient de la partie : l'ancien coach des Zèbres n'est pas rentré chez lui à Vilvorde et a préféré loger à l'hôtel du Stayen, histoire de gagner du temps. Il faut dire qu'après trois jours de congé, il est temps de remettre la machine en marche. Les Canaris disposent alors de douze jours pour préparer leur prochaine rencontre, capitale, face à Eupen, leur plus proche poursuivant. Alors que l'on s'attable pour le petit-déjeuner, le reste du staff arrive au compte-gouttes et une chose nous frappe d'entrée : sa jeunesse. Plus jeune coach de D1 lorsqu'il a pris les rênes du Sporting Charleroi en 2012, Ferrera n'a toujours que 34 ans. " Quand je suis arrivé à Saint-Trond, j'ai eu carte blanche pour former mon staff ", explique-t-il. " Mon T2, Chris O'Loughlin a 36 ans, je l'ai rencontré via le réseau social Linkedin, il a déjà bien bourlingué puisqu'il a été adjoint en Afrique du Sud et en Australie et coach principal au Congo, à l'AS Vita Club. Rudy Kalema, le coach physique, a 34 ans, on se connaît depuis qu'on a 13 ans, on a été à l'école ensemble. On a failli bosser ensemble à Al-Shabab mais je suis parti pour Charleroi cinq jours après qu'il n'arrive. Il y a aussi Philippe Bormans, le manager, qui n'a que 27 ans, Will Still (22 ans), l'analyste vidéo et notre doyen est Patrick Nys, 46 ans, entraîneur des gardiens. Sans oublier le team-manager, Peter Delorge (34 ans), une véritable légende ici. On est tous jeunes mais on a surtout la même vision du foot. On est ambitieux et motivés, on ne compte pas nos heures. " Une proximité d'âge qui aide dans les relations avec les joueurs ? " Oui, le staff est proche des joueurs mais moi un peu moins. Je reste le méchant, celui qui prend les décisions finales. Je suis plus distant par rapport à ma première expérience de T1 à Charleroi ". Il est temps de vérifier les derniers détails pour l'entraînement du jour dans les bureaux communs du staff. Après discussion, il est décidé de ne pas ménager les joueurs qui ont pris part au match de la veille. Après tout, ce n'était qu'une rencontre de Réserves. Ça discute ferme de l'actualité du moment : la faillite de Mons, la mauvaise passe de Mouscron. Mais les têtes sont déjà tournées vers le match face à Eupen. La défaite 3-0 au match aller reste en travers de la gorge. " On a pris les trois goals sur phases arrêtées, donc il faudra absolument travailler ça ", signale le coach. " Eupen est l'équipe qui joue le mieux au foot de D2. On a pour l'instant huit points d'avance sur eux. Si on ne perd pas, rien ne sera fait mathématiquement, mais un grand pas vers la promotion sera quand même réalisé dans les têtes. Je signe pour un nul. " Invaincu depuis le match aller chez les germanophones, 16 matches sans défaite, Saint-Trond a aligné de nombreuses clean-sheets mais remporte la plupart de ses matches avec un petit but d'écart : " On joue façon Atlético Madrid, on domine tout le match mais on ne le tue jamais. Ça nous a parfois joué des tours mais en général ça passe. La moyenne d'âge du noyau n'est que de 22 ans, c'est très jeune. Et puis, on n'a pas de véritable tueur devant. Notre meilleur buteur, Piotr Parzyszek, n'est qu'à neuf buts et Joeri Dequevy et Hilaire Momi sont à sept. Ce n'est pas plus mal, on n'est pas dépendant de la forme d'un seul joueur. " Il est neuf heures, on commence à entendre du bruit dans les couloirs, les joueurs arrivent pour le petit-déjeuner et certains passent nous saluer. Le défenseur burundais Solomon Nirisarike ne s'entraînera pas aujourd'hui. Il a mal aux dents et va être emmené chez le dentiste par Peter Delorge qui a une petite mine, lendemain de carnaval oblige. Chacun est concentré sur son écran. On analyse des rencontres précédentes, visionne des phases eupenoises ou précise l'un ou l'autre exercice prévu aujourd'hui. A 10 h 30, tout le monde est prêt, chaussures aux pieds, et les premiers joueurs pénètrent sur l'un des trois terrains d'entraînement. Pendant que Kalema prend en charge l'échauffement, Ferrera et O'Loughlin disposent le matériel sur un second terrain quadrillé façon Pep Guardiola au Bayern Munich. A l'échauffement comme au sein du staff, tout se fait en trois langues, on switche du français au néerlandais en passant à l'anglais sans difficulté. Malgré le froid et une fine pluie désagréable, deux jeunes observent l'échauffement, protégés par leur casquette. Le terrain est visible depuis la route adjacente et de temps à autre un automobiliste lâche un coup de klaxon en direction des joueurs. " J'aimerais bien être un peu moins visible quand on travaille ", reconnaît Ferrera. " Il n'y a pas moyen de faire de huis-clos ici, n'importe qui peut venir voir ce qu'on prépare. " Après 30 minutes d'échauffement et d'étirements, les gardiens partent travailler avec Nys pendant que les joueurs de champ rejoignent le terrain quadrillé. On distribue les chasubles et l'exercice peut commencer. Pressing, lignes de course, centres et finition : tout y passe. Les joueurs semblent impliqués et Alessandro Iandoli peste contre lui-même après un centre au troisième poteau. Il vaut en effet mieux ne pas se relâcher. Ferrera n'hésite pas à arrêter l'exercice et à pousser une gueulante quand ce qu'il voit ne lui plaît pas. " J'étais au stage du STVV à San Pedro del Pinatar en janvier ", nous glisse notre photographe. " Le Standard y était aussi et autant on n'entendait jamais Ivan Vukomanovic, autant Yannick Ferrera savait donner de la voix. " Après 40 minutes, nouvel exercice. Quatre joueurs sont au pressing face à huit autres. Les fréquences sont courtes mais intenses et les joueurs tournent. Il faut tout donner " comme en match ". 12 h 30, l'entraînement touche à sa fin. Chacun passe ses crampons au jet d'eau et Dequevy ne se prive pas pour chambrer David Habarugira : " Il est là, c'est pour lui que vous êtes venus, non ? " Après avoir évoqué son week-end à Paris pour la Saint-Valentin, il précise qu'il a été courir la veille, bien qu'il était en congé : " Notez-le bien : Dequevy est professionnel ! " " Il est temps à 26 ans ", rétorque Ferrera. L'ambiance est bon enfant. Après le passage à la douche, Ferrera semble satisfait : " Il faut un peu les réveiller après trois jours sans entraînement mais ça va, c'était bien ". Il est temps de passer à table. Le placement est libre et joueurs et staff se mélangent. Une seule règle : pas de GSM à table. Notre photographe se fait taper sur les doigts. Au menu du jour, poulet pané ou poisson accompagné de pommes de terre et de légumes. Le T1 se contente de deux patates et un peu de poisson avant de filer dans son bureau faire le point avec le docteur : Sacha Kotysch, un pion important de la défense est légèrement blessé et ça inquiète le staff. Dans la salle des joueurs, c'est quartier libre jusque 14 h 30 et le départ pour le stade et la séance de musculation. Les joueurs néerlandophones, minoritaires à Saint-Trond, jouent aux cartes tandis que les autres discutent autour d'un café. Dequevy, décidément loquace, nous interpelle à nouveau : " Vous êtes déjà allé au stade ? C'est vraiment le top avec le sauna, la salle de muscu et la piscine. Saint-Trond doit être en D1. La D2 c'est mortel, il suffit de voir Mons. On est bien parti mais faut pas qu'on se relâche, rien n'est fait. " Dans le bureau du staff, Ferrera lit les journaux. Il est depuis peu consultant pour La Dernière Heure/Les Sports et jette un oeil à la première de ses chroniques. Il donne également son avis sur Proximus TV lors du multilive Ligue des Champions. Ce soir, PSG-Chelsea et Shakhtar-Bayern Munich sont au programme. Il est temps de parcourir les infos envoyées par la chaîne. " Je reçois un briefing sur les rencontres du jour, les blessés, les suspendus, quelques stats. Je vois ici que le meilleur buteur de CL, Luiz Adriano, du Shakhtar, a marqué 9 fois en seulement 11 tentatives. J'aimerais bien en avoir un pareil ici ". " Ici, c'est plutôt 47 goals en 650 frappes ", rigole Will, l'analyste vidéo. Alors que les joueurs s'en vont vers le Stayen avec le coach physique, le reste du staff prépare l'entraînement du lendemain et discute de la défense à aligner face à Eupen en cas de forfait de Kotysch. Chacun a son avis, il reste du temps pour trancher. Si le noyau est parti, on peut toujours le suivre via Facebook où Edmilson Junior poste un selfie en compagnie de Mergim Vojvoda. " Imprime-le et punaise-le un peu partout, qu'on rigole ", dit Ferrera à Still. 16 h, tout est prêt pour le lendemain. Après être allé chercher son costume au pressing, Yannick Ferrera nous emmène vers Bruxelles et les studios de Proximus TV, à Evere. On fait le plein de choses à grignoter à la pompe à essence, la soirée va être longue. Le trafic est fluide ce mardi et on arrive à l'avance sur Bruxelles, l'occasion de passer chercher une paire de chaussures de foot. " Il me faut une paire de Copa Mundial. Mon père, Cisco, ancien joueur du Crossing, travaille pour la marque de ballon Select donc je connais bien le gérant de ce magasin à Evere. " L'accueil est chaleureux et les questions fusent : " Combien de points d'avance ? C'est pour quand la montée ? Et ça va avec Duchâtelet ? " Duchâtelet ? Officiellement, le boss du Standard n'a plus rien à voir avec Saint-Trond mais certains s'interrogent déjà sur la probable présence des deux clubs en D1 l'an prochain. " Je comprends qu'on se pose la question de l'extérieur ", répond Ferrera. " Mais moi je n'ai aucun contact avec lui. Mon président c'est Bart Lammens. On a eu des joueurs en prêt de Liège mais si vous regardez leur temps de jeu ce n'est vraiment pas énorme. Duchâtelet n'influence pas Saint-Trond. A chaque argument, il y a un contre-argument. " On débarque enfin à Proximus TV, bien à l'avance. On discute avec l'équipe technique et les chroniqueurs arrivent petit à petit. Ce soir, Marc Delire sera aux commandes, accompagné de Benoît Thans, Vincenzo Ciuro et Johan Walem sont à Paris, tandis que Quentin Volvert et Alexandre Teklak commenteront Shakhtar-Bayern. Yannick Ferrera sera chargé de l'analyse de PSG-Chelsea. Le temps d'avaler un sandwich et de passer au maquillage, il est déjà l'heure pour lui de rejoindre le plateau pour l'avant-match tandis que nous restons en régie. Une fois les rencontres débutées, le coach de Saint-Trond nous retrouve pour sélectionner les phases qu'il analysera à la mi-temps et après match avec Olivier, l'opérateur LSM : " C'est toujours chouette de bosser avec lui, il sent bien le foot. " Le travail défensif d'Eden Hazard, l'omniprésence de Zlatan Ibrahimovic, tout est passé en revue tandis que Branislav Ivanovic ouvre le score pour Chelsea avant la mi-temps. La seconde période est bien pâle malgré l'égalisation d'Edinson Cavani. Ça n'empêche pas Ferrera d'en tirer des enseignements pour l'après-match. Il est 23 h 15, Delire rend l'antenne. On se congratule en régie, tout a bien fonctionné ce soir. Dans l'ascenseur, on croise Wesley Sonck et Franky Van der Elst, consultants néerlandophones. C'en est fini de cette journée marathon mais c'est rebelote demain. 12 jours plus tard, Saint-Trond bat Eupen devant plus de 9.000 personnes au Stayen, grâce à un but du capitaine Rob Schoofs. Si rien n'est encore mathématiquement fait, Saint-Trond a d'ores et déjà un pied en D1... PAR JULES MONNIER - PHOTOS: BELGAIMAGE/ WAEM" A Saint-Trond, je suis plus distant par rapport à ma première expérience de T1 à Charleroi. "