Son chemin est passé par le foot. Concentré de vie par excellence. La passion est ardente, à l'image de la ville où tout a commencé. " Je suis de Sclessin. Je regardais le foot de loin et puis j'ai assisté au titre en 2008. Là, il s'est passé quelque chose de trop puissant. De viscéral. Quand tu es supporter du Standard, tu vis par procuration à travers ton équipe. La relation est tellement passionnelle. Quand il gagne, c'est toi qui gagnes dans ta vie ".
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Son chemin est passé par le foot. Concentré de vie par excellence. La passion est ardente, à l'image de la ville où tout a commencé. " Je suis de Sclessin. Je regardais le foot de loin et puis j'ai assisté au titre en 2008. Là, il s'est passé quelque chose de trop puissant. De viscéral. Quand tu es supporter du Standard, tu vis par procuration à travers ton équipe. La relation est tellement passionnelle. Quand il gagne, c'est toi qui gagnes dans ta vie ". Une vie qui te met souvent la tête sous l'eau, surtout en bord de Meuse. Mais il y a ces instants qui peuvent mettre fin à 25 ans d'apnée collective. " Ce test-match contre Anderlecht, c'était une tragédie Shakespearienne. Quand l'arbitre siffle la fin, c'est une transe collective. C'est pas que les 14 joueurs, le coach, le staff qui ont gagné, c'est tout le monde. C'est nous ". De la tragédie au tragique, il l'a connu, un soir de mai 2011, du côté de la Cristal Arena de Genk. " Par la faute d'un Kung Fu Man on a frôlé la mort de Mehdi Carcela. Et à cause d'un Superman, on n'a que frôlé le titre. Tu ne peux que t'incliner devant le talent de Thibault Courtois et en même temps tu te dis sur le moment : c'est qui ce mec ? C'est qui ce grand échalas ? Et puis t'apprends qu'il est là un peu par accident, qu'il était le troisième gardien, qu'il a profité des blessures. Les blessures après ce match, c'était pour nous. C'était horrible ". De spectateur qui souffre, il peut devenir acteur qui offre. Chanteur-joueur, scène-terrain, les émotions sont parfois les mêmes. " Lors de mon dernier concert à Bruxelles, au Botanique, le public est à ta hauteur ou en hauteur. C'est déstabilisant. Tu n'es plus " là-haut " sur scène. D'ailleurs, un de mes musiciens s'est carrément liquéfié. Il vient de Bruxelles, jouait chez lui et la pression l'a submergé. C'est comme en foot, faut pas que l'enjeu dépasse le jeu. Cela dit, le public qui va au concert cherche d'autres choses. Au foot, il y a un côté plus guerrier. Au concert, il est déjà séduit. Il connaît ta musique. En même temps, mon guitariste qui est le doyen avec ses 69 ans, me dit toujours : notre adversaire, c'est le public et notre but, c'est de le convaincre. " Les similitudes se trouvent aussi dans l'aspect " direct " de l'événement. Les impondérables jamais prévisibles. " Les footeux glissent, sont gênés par le vent, sont victimes d'un faux bond. Nous, c'est un câble qui s'arrache, c'est une corde qui casse. Mais quoi qu'il arrive, le but c'est toujours d'aller au bout du show. De tout donner, quel que soit le contexte. Même quand la salle est à moitié remplie. C'est dans ces moments-là que tu apprends le mieux ". Autre similitude, le public, parfois, te remet sur le droit chemin. " Les parois entre les tribunes et le terrain sont poreuses. Exemple : à Charleroi, ce sont les supporters du Standard qui ont gagné le match. Mettre le boxon en tribune pour remettre de l'ordre sur le terrain. Et à la fin, il y a le summum de l'émotion. Les vies compliquées reçoivent ce sentiment de réussite. L'osmose est parfaite, tout le monde est en lévitation. Il y a aussi des choses qui deviennent évidentes avec l'âge. En musique ou en foot, c'est 20 % de talent et 80 % de travail. J'ai longtemps habité dans la même rue que beaucoup de joueurs du Standard. Ils avaient une vie pas possible. Si t'as pas une rigueur de vie, c'est impossible. Beaucoup ont disparu de la circulation ". D'autres sont là et bien là. Baloji aime les mecs hors normes. " Luis Suarez du Barça est génial. Je retiens ses buts pas ses morsures. Quelle générosité, dans le positif comme le négatif. C'est comme EricCantona. J'en reviens pas que les Français n'en parlent pas comme ils parlent de ZinédineZidane. Canto a une aura, une folie. Avec lui, tout est marquant. C'est le Denis Rodman du foot avec le génie créatif en plus. J'aime aussi les Sud-Américains, comme Alexis Sanchez. Il y a, certes, un folklore religieux un peu pompeux mais cela génère aussi beaucoup d'émotion. Les Brésiliens exagèrent avec ça. Mais c'est dans leur nature. Y a trois ans, j'ai fait une tournée là-bas et j'ai assisté à un match de Santos. C'est encore plus fort qu'en Europe. Ils jouent leur match comme si leur vie en dépendait. " Le plus fort de tous ? " J'ai envie de dire LionelMessi mais il n'a pas d'aura. Va pour Thomas Muller. Quel joueur, quelle merveille. Il est trop sous-estimé. Ce mec sait tout faire et surtout il a tout compris du foot. Cristiano Ronaldo est trop bourgeois, à l'image du public de Bernabeu qui vient au match comme au théâtre ". " Question coach, je dirais José Mourinho. Il est d'une mauvaise foi incroyable mais en même temps, il amène de l'émotion. Le foot en a besoin. Tout le contraire d'un Arsène Wenger qui est plat. Qui donne les mêmes réponses depuis 15 ans. Y a trop d'uniformité dans le foot. Mais le plus grand il vient du basket. C'est Phil Jackson. J'ai lu son livre. J'ai eu l'impression de lire la Bible. La classe à l'état pur. D'ailleurs, Pep Guardiola le cite tout le temps comme une référence. Il s'est beaucoup inspiré du basket pour ses systèmes. " La conclusion ne pouvait que tourner autour de l'amour. " Il en faut dans une équipe, ou du moins du respect. Y a deux ans, je suis certain que le Standard en a manqué et il n'a pas été champion. Les joueurs se détestaient cordialement. Pourquoi MichyBatshuayi n'a plus marqué ?... OK, il faut être narcissique, être sûr de soi dans le foot comme dans la musique. Etre convaincu que tu vas apporter quelque chose à ta discipline. Et, en même temps, DiegoMaradona et les Beatles sont déjà passés avant toi... PAR FRÉDÉRIC WASEIGE - PHOTO BELGAIMAGE - YORICK JANSENS" Les joueurs du Standard se détestaient cordialement pour être champions en 2014. " - BALOJI