Est-ce parce qu'il a perdu sa paire de gants noirs porte-bonheur que Majid Oulmers (26 ans) a été stoppé en plein vol par une rupture des trois ligaments de la cheville gauche ? Le médian marocain s'est fait facilement reconnaître sur les pelouses belges par son talent mais également par ses gants et son maillot à courtes manches.
...

Est-ce parce qu'il a perdu sa paire de gants noirs porte-bonheur que Majid Oulmers (26 ans) a été stoppé en plein vol par une rupture des trois ligaments de la cheville gauche ? Le médian marocain s'est fait facilement reconnaître sur les pelouses belges par son talent mais également par ses gants et son maillot à courtes manches. " J'avais ces gants depuis ma période lensoise ", explique Oulmers, " Je ne suis pas frileux. D'ailleurs, je joue toujours en manches courtes et je suis le seul à m'entraîner encore en short à cette période-ci de l'année. Mais ces gants, j'y tiens. Je lance d'ailleurs un appel car je les ai perdus à Mouscron ". Depuis lors, l'infatigable travailleur a connu un périple marocain pour le moins mouvementé. Retenu pour la première fois en sélection nationale, il fêta sa première apparition sous le maillot des Lions de l'Atlas en montant au jeu à la mi-temps contre le Burkina Faso le 17 novembre dernier. Huit minutes plus tard, il quittait le terrain, victime d'un tackle pour le moins désespéré du défenseur anderlechtois Lamine Traoré. D'autant plus désespéré qu'Oulmers avait pris la peine de déjà pousser le ballon dans le but. Une première sélection, un premier but et une première opération à l'hôpital militaire de Rabat. " Traoré m'a passé un coup de fil le lendemain pour s'excuser. Le Sporting Charleroi s'est également manifesté immédiatement pour me soutenir et j'ai reçu la visite de deux de mes oncles prévenus par ma mère affolée. Je n'ai pas pu fêter ce premier but. J'avais pourtant préparé un t-shirt spécial pour l'occasion. Au moment du tackle, je me suis tout de suite rendu compte que c'était grave. J'espérais simplement qu'il ne s'agissait pas d'une fracture. Mais ce sont les risques du métier. Cela aurait pu m'arriver à Charleroi ". Trois jours plus tard, il rentrait en Belgique, se faisait retirer son plâtre pour une attelle spéciale. " Je me suis rendu à Anvers dans la clinique du Dr Martens où on a constaté le bon travail des médecins marocains. Je devrais être écarté des terrains durant deux mois. Dans quelques jours, on me retirera les fils et commencera déjà la rééducation ". En attendant, Oulmers prend son mal en patience, lui qui habite dans le même immeuble qu'un certain Mogi Bayat. " Il ne passe pas prendre l'apéro mais il est déjà venu partager le thé lorsque ma famille était venue me rendre visite ". Difficile pourtant de ronger son frein après un tel début de saison. Car si le Sporting a accumulé les victoires grâce à un esprit de groupe, il le doit également à la nouvelle stature du Marocain de poche. Repositionné dans une position plus axiale, Oulmers n'a plus quitté le groupe depuis son entrée au jeu à Mons. " Sous Robert Waseige, je ne devais pas bouger du côté gauche. Il y avait Gregory Dufer à droite et moi à gauche. Il n'y avait pas d'autres possibilités à cette place. Désormais, on peut compter sur Toni Brogno et Gregory Christ sur les flancs, ce qui a permis à Jacky Mathijssen de me recentrer ". Il alimente désormais les attaquants, tout en devant veiller sans cesse à ne pas casser le triangle dont il occupe la pointe la plus avancée. " Le triangle doit toujours rester en place au centre du jeu. On doit sans cesse être en mouvement tout en respectant les positions. Mathijssen a insisté pour que je ne parte plus avant le ballon. J'avais trop tendance à rechercher la profondeur. En agissant de la sorte, je mettais Laurent Macquet et Sébastien Chabaud dans l'embarras. Maintenant je tente d'abord de donner le ballon aux flancs avant de partir demander le ballon soit en profondeur, soit en retrait ". Le système mis en place par Mathijssen demande aux médians une grande débauche d'énergie, ce que symbolise parfaitement Majid Oulmers. " J'ai toujours possédé une bonne condition physique. J'évoluais déjà dans cette position à Lens alors qu'à Wasquehal, je me situais plus dans le rôle de relayeur. J'ai donc appris à courir et à défendre. Cependant, c'est vrai que je ne me ménage pas. Contre Anderlecht, j'étais vraiment cuit à la fin du match. J'ai même sollicité mon changement mais j'avais oublié qu'il y en avait déjà eu trois car Thierry Siquet avait dû sortir dès la troisième minute. On a connu la même situation contre Beveren. On a sans cesse couru après le ballon. Mais cela vaut la peine puisqu'on a battu ces deux équipes ". Une nouvelle place sur le terrain mais une meilleure forme également. " La saison passée, j'avais raté la préparation. A ce moment-là, on peut être bien trois ou quatre matches mais on s'écroule sur la longueur. Cette année, j'ai pu effectuer tout le travail avec le groupe... " Pourtant, Oulmers sait que le renouveau du Sporting ne tient pas qu'à son repositionnement. " En arrivant, Mathijssen a directement mis l'accent sur la rigueur et le stage d'avant-saison a servi de point d'appui pour former un groupe soudé. L'année passée, lorsque un joueur perdait un ballon, on ne faisait pas l'effort pour le récupérer. On essaie également de corriger toutes nos faiblesses des années précédentes. Ainsi, on a travaillé énormément nos phases arrêtées car on s'était rendu compte que l'on obtenait beaucoup de possibilités sur ces phases mais qu'on n'arrivait jamais à les concrétiser. Pendant des semaines, Mathijssen a enfoncé le clou. Il nous plaçait par groupe de trois pour ébaucher un mouvement avec débordement, centre et tir. On ne rentrait au vestiaire qu'une fois l'action transformée en but. Du coup, Bertrand Laquait râlait car il se voyait parfois fusiller à deux mètres. Ces petits exercices nous permettent d'améliorer la concrétisation dans un contexte de jeu. Et cela porte ses fruits puisque contre le Cercle, quatre des cinq buts sont tombés sur phases arrêtées ". De la rigueur offensive avec de plus en plus de mouvements construits. Tel est l'objectif du groupe actuel. " La semaine est préparée d'après l'adversaire qu'on aura à rencontrer le week-end. On suit des séances tactiques avec l'entraîneur qui nous parle des défauts et qualités de l'opposition. Lors de certains matches, on insiste sur le fait qu'il ne faut pas prendre de risques et du coup on manque d'initiatives car on a peur que cela se paie cash. Au fil du temps, on va apprendre à le faire. Depuis quelques semaines, on tente déjà plus de choses. Le match contre le Cercle fut révélateur puisqu'on a pris la totalité du jeu à notre compte ". Oulmers ne veut pas trop insister sur sa progression personnelle. " De la ligne défensive à l'attaque, tout le monde s'est amélioré. Je suis impressionné par les progrès de Badou Kere et la régularité de Bertrand Laquait. Mais il faut veiller à ne pas tomber dans l'autosatisfaction. Pour cela, on peut compter sur les conseils de notre capitaine Frank Defays. Il cerne bien le groupe. Contre Saint-Trond, dès l'entraînement, il avait senti que l'on était endormi. Thierry Siquet est également très présent. Il parle énormément aux jeunes ". Parler des autres fait partie de sa manière de vivre. On a beau se déplacer chez lui pour en savoir plus, on repart avec autant d'informations sur sa fratrie que sur lui... En insistant, on apprend que sa notoriété va grandissante tant il est désormais surveillé par les défenses adverses, que son efficacité actuelle (4 buts, un assist) le surprend quelque peu même s'il savait qu'en jouant plus près des attaquants, il allait bénéficier de davantage d'occasions et que s'il lit bien le jeu de ses compères du milieu, c'est surtout Gregory Christ qu'il trouve les yeux fermés. Pour le reste, il en revient sans cesse au jeu de ses équipiers en évoquant les différences de comportement des attaquants (" Orlando préfère la profondeur, il n'aime pas trop décrocher ; Izzet Akgül aime jouer dans les pieds alors que Giovanni Cacciatore alterne les deux "). La modestie n'empêche pas l'ambition. Or, comme l'appétit vient en mangeant, le groupe carolo se met à rêver d'un championnat enfin réussi. " On prend les matches un par un mais il faut toujours rester ambitieux et tenter de conserver cette place en haut de classement. Pour le moment, tout ce que l'on tente réussit. Mais la chance fait partie intégrante du jeu. De plus, l'entraîneur arrive à prédire ce qui va arriver. Pas seulement les victoires. Contre Gand, il n'avait pas prévu la défaite mais bien la difficulté. Résultat : 3-1 pour les Buffalos ". Oulmers assiste désormais aux prestations en tribune avant de rejoindre sa chaise roulante, conduite à l'occasion par Laurent Macquet. Philosophe, il prend bien son épreuve. Sans lui, les Zèbres continuent à gagner et cela le satisfait. " Les remplaçants ont bien fait le travail. Le système continue à fonctionner... ". Un de ces jours, il fera quand même la causette avec Mogi Bayat devant la boîte aux lettres pour parler de son contrat qui arrive à échéance en juin. Stéphane Vande Velde" BLESSé AVEC LE MAROC, je n'ai pas pu fêter mon premier but. J'avais pourtant un t-shirt spécial "